‹ Paysage et sentimentsChapitre 6 sur 11 · VA · texte numérisé non relu

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son strictement pratique. Je ne sais jDas ce que j'aurais pensé des cyprès de la Palestine ; je n'aime pas l'Orient.

L'Attique n'a rien d'oriental... Je me suis promené cette après-midi à Colone, peut-être non loin de l'endroit où 1 aveugle Œdipe s'arrêta, appuyé sur Antigone. Là, dans lair subtil, s'élèvent de beaux cyprès sans lourdeur,, de ces c}-près dont vraiment la cime s élance hors de la Parque.

J'ai revu la ville du Pirée sans horreur. C'est que, sans doute, je commence à en vouloir à la beauté inutile...

A la devanture d une épicerie pendent de lourdes grappes de raisins cramoisis, des nattes d'oignons et de figues sèches. De fraîches grenades y pendent aussi, avec des piments rouges et verts. Les radis de toutes les formes, les aubergines, les petites courges, les tomates, déjà flétries, les pommes, les poires, les oranges, les citrons amers, les prunes, les coings s'y entassent dans de hauts paniers...

Dans une autre boutique le gaz clignote sur des harengs, sur des olives vertes, noires ou roussâtres, sur des saucisses entourées de larges feuilles de choux.

Un peu plus loin, des lumignons de pétrole fument au-dessus d'une poêle où l'on fait frire des poissons minces et longs...

J'admire un étalage de fichus multicolores : je m'arrête devant les changeurs.

Sur les trottoirs flânent de gros hommes à la tête crépue, qui me font songer étrangement aux marchands génois des contes de Boccace...

Tournons les yeux vers le port où tombe le calme de la nuit. Des mâts inégaux se balancent, la cheminée d'un bâtiment se couronne d'un panache de fumée. Le bruit de la vague est imperceptible...

Au pied d'une colline qui n'empêche point de contempler le Parthénon, des porchers mènent leurs troupeaux. Le sol est pierreux, grisâtre, rugueux : une lèpre sur un visage fait au compas.

... Un âne dresse les oreilles à l'orée d'un champ. Deux minuscules ânes se tiennent le long d'une clôture, côte à côte au soleil, sans bouger. Ils sont chargés de paniers tressés avec des roseaux. Les paniers sont vides. Personne ne garde ces petits. ânes, qui semblent très doux, et sans rancune.

... J'ouvre une fenêtre; je monte en voiture, j'en descends ; je sors d'un café ; je tourne le coin d'une rue, je me promène sur la place ; je quitte un importun ; — les montagnes de l'Attique sont là : sous le soleil, sous la pluie, couronnées de nuages ; le matin, au crépuscule. C'est sur ces pentes que le déclin du jour marqua pour Socrate l'heure de la ciguë...

0 monts de l'Attique^ ô Phalère aux blancs rivages ! Il sied que je vous admire sans tendresse désormais. Je touche à la perfection et à la mort. Mais la mort est une sottise.

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