‹ PaysageChapitre 22 sur 30 · TROYON · texte numérisé non relu

TROYON

Troyon est aussi un disciple de Decamps. Jusqu^à rage de trente-cinq ans il appliqua à ses œuvres de paysagiste les découvertes du maître; mais il le fit avec pesanteur. Sa peinture avoit ce je ne sais quoi d'engorgé que Ton signale chez les êtres qui se développent tard. Ces ciels étoient lourds et moutonneux, ses arbres patauds, sa coloration, quoique bonne, étoit commune; son dessin ne s'affirmoit pas et restoit comme taillé à coups de bâche; enfin, toutes ces brutalités pittoresques sembloient lui donner, parmi ses contemporains, une place secondaire.

Mais un jour, ce peintre fit un ingénieux emploi de ses facultés : de paysagiste il devint animalier, et ses lourdeurs se transformèrent en rusticités pleines de charme.

Ce n^est pas un poète, mais c'est un vrai peintre dans toute Tacception du mot. Il est plantureux par tous les pores, sa touche est grasse et pleine de sève, tout en lui dénote la santé, on ne rêve pas dans les pays qu'il représente, mais on y respire un air fortifiant, on y hume la vie, et sur ces bons gros terrains herbeux, couché près de ces bœufs puissants on mangeroit volontiers de ce bon pain de ménage enfariné.

Cette transposition le rend paysagiste de premier ordre; il devient souple et même délicat dans ses fonds. De ces ciels moutonneux descendent des troupeaux véritables, et de ces arbres un peu bœufs , sortent des taureaux mugissants.

Ciels et arbres semblent soulagés par cet enfantement; les nuages courent légers dans l'espace, et les feuillages, débarrassés de leur

fardean, prennent leurs ébats dans Tair

Le soleil paroît à son tour pour égayer des gris trop plombés et chanter la délivrance (1).

(1) On m'accuse d'être injuste pour Cuyp; je dois dire que je le juge sur ses tableaux du Louvre qui, au dire des connoisseurs, sont inférieurs à la moyenne de ses œuvres.

P. Potter semble partager les mêmes désavantages.

Je voudrois, pour établir une comparaison entre ces talents et ceux de notre peintre, les connoître dens leur force comme dans leur faiblesse : c'est ce que je ne puis faire, mais ce que je puis dire, c'est que je préfère de beaucoup les bons morceaux de Troyon aux Cuyp et aux P. Potter qui sont dans notre galerie.

L'administration des Beaux-Arts continue sans doute ses traditions animalières, en plaçant dans la galerie du Luxembourg un mauvais Troyon.

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