LES VAGUES. LES TEMPÊTES
teurs et aux peintres de tous les genres car elles sont le corollaire de l’art en général.
Les ciels, les nuages, les eaux, doivent être traités comme nous l’avons expliqué pour le paysage; nous ajouterons pourtant quelques mots pour ce qui concerne
Les vagues. — On les dessinera d’abord avec de la craie sur une toile à fond gris tendre.
Le bas du ciel étant légèrement ébauché, on fondra sur lui les lointains en arrivant graduellement aux vagues.
Dans celles du premier plan, on commence à coucher le ton le plus foncé, qui se trouve à la crête de la vague, puis on descend le long de son élancement presque vertical, en exprimant sa transparence^ des couches horizontales achèvent de peindre l'eau, en simulant, au besoin, par de sobres empâtements les effets de l’écume.
L’habileté de main contribue beaucoup au succès en permettant de jeter aisément et sans retouches, ces chaînes de monts liquides différant presque tous de forme et de hauteur.
Les tempêtes ne peuvent guère se peindre que de mémoire quand on les a souvent étudiées, autant qu’il est, possible d’approcher de la mer à cette heure où les vents et les ondes balayent le rivage.
Ces effets sont souvent plus faciles, plus intéressants à rendre à cause justement du contraste de la mer éclairée et de ses vagues blanches se détachant crûment au premier plan sur la noirceur du ciel.
EXPRESSION DES COULEURS
Par un beau temps , l’eau est généralement plus foncée que le ciel ; mais quand le vent, le soleil et les nues projettent l’ombre sur les ondes, çà et là, les tons se transforment et confondent le ciel et l’eau.
Les plages et les dunes, les roches, les falaises et les îlots se dessinent et se peignent comme les terrains et les fabriques du paysage.
Il en est de même des figures.
Les rateaux si var iés de formes et d’allures, demandent des études réitérées faites d’après nature et ce n’est qu’après les avoir croqués quand ils sont au repos, amarrés à la côte ou dans le port, qu’on peut les suivre au large, saisir leur ligne de flottaison par rapport aux vagues et bien rendre les mouvements que leur imprime le vent en les balançant en tous sens.
VIL — EXPRESSION DES COULEURS
PAR LE DESSIN MONOCHROME
Si l’œil et si la main, même très exercés, éprouvent des difficultés à rendre, en dessin, les formes les contours et le modelé des objets en relief, plus grand encore est l’embarras quand il s’agit d’imiter aux regards la coloration naturelle desdits objets.
Le travail s’accroît alors de la recherche des procédés qui peuvent aider l’artiste à donner à sa copie la valeur relative des tons de couleur différents du modèle.
PAR LE DESSIN MONOCHROME
Quoiqu’on fasse, quand on n’a à sa disposition que du papier blanc, un crayon noir ou un fusain, de la craie ou de la sanguine ou autre subtance monochrome , il est tout à fait impossible d’exprimer la gamme infinie des nuances; mais il est cependant possible de déterminer d’une manière précise l’intensité relative de chacun des tons des couleurs qui se trouvent rassemblées sur la peinture ou sur la nature que l’on veut reproduire.
Pour nous faire comprendre, nous allons essayer de donner un exemple :
Supposons que l’on mette devant les yeux du dessinateur une femme posée et éclairée comme l’est la Joconde de Léonard de Vinci, (que tout le monde connaît), que l’on imagine que ce modèle a les cheveux, les sourcils et les prunelles noirs ; que son teint est animé ; que depuis les clavicules jusqu’à la poitrine, elle est vêtue d’une chemise d’un blanc éclatant; que son corps est enfermé dans un corset rouge cerise ; que plus bas passe un châle violet foncé et qu’enlin tout cet ensemble se détache sur un fond grisâtre plus foncé que la partie éclairée des chairs et moins vigoureux que leurs ombres.
L’élève qui copierait assez facilement un buste de plâtre ou de marbre d’une seule couleur, disposé, quant aux formes et à l’attitude, comme celui de cette femme vivante, aura d’abord toutes ses idées bouleversées en cherchant à faire, d’après son nouveau modèle, un emploi rigoureux des principes établis pour modeler en. dessinant.
EXPRESSION DES COULEURS
C’est le cas de faire observer qu’il en est des couleurs en peinture comme des sons en musique, dont les uns sont graves, les autres aigus, et le grand nombre intermédiaires; et qu’en prenant successivement l’une des couleurs depuis les plus sombres jusqu’aux plus éclatantes, on pourra faire" de chacune d’elles en peinture comme de la note choisie pour tonique en musique, un point de départ pour parcourir dans un autre mode, la même succession de rapports.
A l’appui de cette comparaison, offrons-en une autre tirée de la science des nombres.
Après avoir bien observé quelle est la portion de l’objet à copier dont le ton de couleur paraît le plus vigoureux, le plus grave, on reconnaîtra que ce sont les cheveux.
Isolant alors cette partie du tout par la pensée, on verra que la lumière se dispense sur ces cheveux si bruns absolument de la même manière que sur une forme semblable mais qui serait blanche.
Onverraaussique, depuis la plusgrande lumière, en passant par des demi-teintes jusqu’à l’ombre, en coniprenant la série des reflets, on observe la même dégradation systématique de lumière sur le noir que sur le blanc.
Il sera donc possible de figurer l’intensité relative de l 'ombre, des demi-teintes et du clair de ces cheveux, par des nombres, comme ceux-ci, par exemple :
95 représentant l'ombre et 90, le clair.
PAR LE DESSIN MONOCHROME
Ceci constaté, on dirigera successivement son attention sur les parties du modèle dont le ton de couleur paraît le plus éclatant.
Donc, en portant la vue sur la poitrine couverte d’un vêtement blanc , et frappée d’une vive lumière, onne tardera pas à reconnaître que, sur cette partie blanche , l’ombre, les demi-teintes, le clair et les reflets se développent dans le même ordre que sur une partie noire.
C’est pourquoi l’on figure cette nouvelle gradation par les chiffres :
En renouvelant l’expérience sur le châle, sur le corset, sur les chairs, on exprimera le passage de l’ombre au clair par des successions de nombres en ayant soin de les mettre en rapport Je mieux qu’il sera possible, avec l’intensité relative de la coulëur de ces différentes parties:
Pour le châle violet foncé : 85, 84, 83, 82, 81, 80.
Pour le corset rouge cerise : 50, 49, 48, 47, 46, 45.
Pour les chairs du visage : 9, 8, 7, 6, 5,. 4.
Exprimant ainsi l’intensité du ton de couleur plus ou moins sombre ou plus ou moins éclatant, par des séries de nombres plus forts ou plus faibles, mais se suivant dans le même ordre, et ayant entre eux les mêmes rapports.
En répétant plusieurs fois cet exercice, on acquerra la certitude que tous les corps, quelle que soit leur couleur, offrent aux yeux des gammes , des séries de tons dégradés plus vigoureux et plus
EXPRESSION DES COULEURS
éclatants, de même qu’en musique, l’oreille admet des gammes de tons plus graves et plus aigus, mais dont les rapports entre eux sont rigoureusement mêmes, qu’on les prennent à une octave ou ou à une autre.
Lejeune peintre sentira qu’en modelant les plis d’une draperie blanche ou ceux d’un vêtement brun , il change non pas de système, mais de mode ; le rapport des parties entre elles est toujours le même, la dimension seule varie*
Ce que nous venons de dire, en prenant pour exemple un modèle vivant convient tout aussi bien pour le dessin d’un paysage où les ciels, les eaux, les fabriques, les arbres, etc., offrent des gradations variées de tons et de nuances, dontun crayon monochrome peut rendre l’intensité relative de chacune.
Il suffit pour cela d’indiquer avec des touches plus foncées les clairs et les ombres des objets vigoureux de tons et de tenir tout le système du modèle beaucoup plus faible quand la couleur de l’objet est faible de ton et qu’il est entouré de lumière.
La grande difficulté consiste, en dessinant d’après nature, des figures ou des sites coloriés, à bien saisir, abstraction faite de la couleur, le rapport d’intensité de ton de ce que l’on copie.