‹ Paysages et marinesChapitre 8 sur 20 · CHOIX DU POINT DE VUE · texte numérisé non relu

CHOIX DU POINT DE VUE

voir autour de nous des tableaux tout faits, tout composés, et que l’on n’a qu’à copier.

La nature nous en offre, certes, une infinité et des meilleurs, mais il faut savoir les y trouver, et prendre, pour cela, la peine de les chercher et d’en faire un choix judicieux.

A quoi bon étudier et reproduire ce qui est laid ou repoussant de forme ? Or, la nature, comme l’humanité, est belle en général, ce qui ne l’empêche pas de produire parfois des laideurs monstrueuses : la terre a ses gibbosités, comme l’humanité a ses types à la Quasimodo.

Donc il faut choisir ses modèles, ce qui n’est pas toujours facile ; mais il est des règles de goût qui découlent du jugement et dont les conditions matérielles peuvent se résumer comme suit :

Enirous trouvant devant un paysage dans lequel nous cherchons un modèle de dessin, nous devons considérer à l’heure du jour, le temps qu’il fait, la saison ; si nous sommes en plaine ou sur la montagne ; si la distance de l’objet principal est convenable; si les lignes des fonds se construisent bien avec celles des plans intermédiaires et celles des premiers plans, et autres circonstances que l’expérience seule peut apprendre.

Cadre fictif. — Pour apprécier mécaniquement ces divers points, on se place juste en face de la scène qu’on a choisie, et on l’encadre mentalement comme on encadrerait un tableau.

Avec un peu d’habitude, on arrive facilement à ce résultat, et voici comment on procède :

LE PAYSAGISTE EN CAMPAGNE

Une fois installé à l’endroit adopté pour faire le dessin, on ferme un œil et l’on promène l’autre sur la Nature, en portant en avant de chaque côté de l’œil ouvert ses deux mains, les doigts joints et tendus, le bout vers le ciel les pouces contre le visage et les auriculaires avancés de manière que les mains, en se rapprochant ou en s’éloignant, limitent la vue dans le sens de la largeur sur la Nature.

Lorsque l’espace que l’on a ainsi embrassé, paraît satisfaisant, on le limite, par le haut et par le bas.

Pour cela il suffît d’abaisser brusquement la main gauche en pliant le poignet, de manière à ce qu’elle soit parallèle avec la bouche. On porte, en même temps et par un mouvement analogue la main droite au dessus des yeux, parallèlement aux •sourcils.

Le regard se trouve ainsi limité, en haut par la main droite, en bas, parla main gauche.

En exécutant vivement et autant de fois que cela peut être nécessaire, cette manœuvre, on a une sorte d’encadrement mobile, que l’on peut élargir ou rétrécir, augmenter ou diminuer de hauteur à volonté, jusqu’à ce qu’ob soit satisfait de ce que l’on fait entrer dans ce cadre, en le promenant, comme nous l’avons dit, sur la nature.

Ce moyen, on le voit est simple et toujours à la disposition de l’artiste.

Quelques personnes le remplacent par un carton découpé.

Formes des surfaces. — Généralement les vues prises dans les montagnes doivent être exécutées

Page 1