SYMÉTRIE ET BEAU DÉSORDRE
devra faire entrer dans le tableau que les objets qui peuvent concourir à l’effet désiré.
Qu’on ne nous dise pas que ces observations ne sont pas applicables au dessin d’après nature, puisqu’il ne doit que copier ce |que l’on a devant les yeux.
Nous prouverons facilement qu’elles s’adressent aussi bien à l’artiste reproducteur direct de la nature, qu’à celui qui s’en fait l’interprète dans une composition exécutée de mémoire ou d’après des études.
S’il est indispensable de conserver, pour l’une ou l’autre de ces opérations, une entière concordance dans les diverses expressions de la forme, comme silhouettes, dimensions et comme direction dans le mouvement, il y a, dans le même ordre d’idée, une autre loi qu’on appelle la symétrie.
La symétrie parfaite n’est admise, dans les arts, que pour les sujets pompeux ; mais pour les autres, on se contente, avec raison, de la symétrie des masses , qui donne à la composition une certaine assiette et une certaine majesté, et n’est, d’ailleurs, nullement exclusive de la diversité du détail.
En tout cas, la liberté d’allure nous semble toujours préférable, car c’est elle qui donné les effets les plus pittoresques ; ceçi n’implique pas que plus une composition s’éloigne de la symétrie parfaite ou de celle des masses, plus elle a de valeur ; mais en faire la clef de voûte d’un système artistique, ce serait se condamner à une impuissance relative.
LE PAYSAGISTE EN CAMPAGNE
La symétrie fut, en effet, un des premiers pas de l’art dans son enfance.
Souvent un beau désordre est un effet de l’art.
Le beau désordre de Boileau concerne aussi bien le peintre que le littérateur ( Ut pictura poésis!)-, et pour l’obtenir tel que le veut l’auteur de Y Art poétique, il faut des qualités nombreuses.
La meilleure de toutes c’est le génie !... mais elle est aussi la plus rare.
En attendant, le seul moyen d’y suppléer et d’arriver le plus possible, à trouver ces combinaisons ingénieuses et délicates qu’il inspire spontanément à ses élus, pour jeter dans leurs œuvres ce beau désordre auquel tendent les vrais artistes, c’est de s’habituer à observer, à létudier sérieusement les sciences qui se rattachent à l’art ; c’est de se mettre en communication avec les maîtres de toutes les époques et de toutes les écoles.
La comparaison de leurs chefs-d’œuvre, et l’effort que vous ferez pour deviner les procédés qu’ils ont créés dans le but de produire certains effets qui révèlent leur touche personnelle et leur manière originale, donneront à votre intelligence un surcroît d’activité, tout en épurant votre goût.
Maintenant, ainsi préparé, que doit faire notre touriste placé en face de la nature ?
Choix du point de vue. — Nous l’avons dit déjà, et nous le répétons à dessein : on tomberait dans une erreur complète si l’on s’imaginait qu’il n’y a qu’à ouvrir les yeux, si grands qu’ils soient, pour