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LA MENDIANTE

Bissac vide, et pas un petit sou dans les poches, La mendiante, au soir, traîne un pas de crapaud, Comme un fantôme lent sous son mauvais capot Que, de chaque côté, vont tirochant ses mioches.

Et puis, tout s'enténèbre. Elle tremble effarée ; Ses petits, s'envasant, s'accrochent à ses bras, Et, dans l'obscur opaque, au sein du limon gras, L'horreur suprême étreint la famille égarée.

Soudain, l'ombre s'entr'ouvre aux glissantes lueurs De la lune. La mère a souri dans ses pleurs Au bon astre livide et jaune...

Et dit: « Personn' n' nous fut pitoyable aujourd'hui! C'est p'tét' pour ça q' la km', dans 1' si noir de la nuit, D'un bout d' clarté nous fait l'aumône. »

LA A'EUVE

Hélas oui ! longtemps, son malheur Lui fut prédit par ses alarmes. Mais, par ce temps ensorceleur De bruine dans la chaleur, Elle pose un peu sa douleur Comme un soldat pose ses armes.

De l'azur moite il pleut des charmes ! L'arc-en-ciel étend ses couleurs Sur la molle extase des fleurs, De l'eau, des frênes, et des charmes.

Et, tendrement, aux longs vacarmes Des oiseaux plaintifs et siflleurs, La veuve sourit dans les pleurs Au soleil qui luit dans les larmes.

LE BOy CURE

Le fossoyeur me dit : « Cerf ! je n'suis pas dévot. ''WÊii

Mes sentiments là-d'sus sont quasiment les vôtres, i

Ça n'empêch' que, comm's-ous, j'ai le m'surag' qu'i' faut. Et que j'sais rend' j ustice aux prètr' tout comme aux autres.

On avait d'ia r'iigion naguère!

La faute à qui si c'est pt-rdu?

J'm'en dout'l mais j'sais q'pour êtr' bien vu,

Gomm' not' curé, yen n'a pas guère.

C'est pas un pâlot d'presbytère.

C'est un fort rougeaud qu'aim' le vin ; C'qui prouv' que s'i' tient au divin r n'mépris' pas non plus la terre.

r faut deux homm' dans un' commune :

L'mair' qui doit toujours, à ses frais. Aller, v'ûir pour nos intérêts, Fair' les act' de chacun, d'chacune.

Puis un autr', not' cœur en plus bon, Qui jamais n'accuse et n'maudisse.

Ayant plus d'pardon que d'justice.

Et mêm' plus d'oubli que d'pardon.

Eh ben! lui, sans bruit, sans éclat, Doux, simprcomm' l'enfant qui vient d'naître, Not' curé qui reste homm' sous l'prètre, De tous points, c'est c'te conscienc'-Iàl

La politique et les familles r leslaiss' fair', s'en occup' pas.

C'est pas lui qui défend aux gars D'hoir' ni d'danser avec les filles.

Ses manier' ma foi ! sont les noires, En plus civilisé, plus doux.

C'est censément un comm' nous autres Qu'aurait son àm' meilleur' que nous.

Qu'on n'iui caus' pas ou qu'on lui cause. Croyez pas c'qui prêcb', croyez-y, II est vot' ami,, sic ainsi, r vous oblig'ra la mêm' chose.

Ni son gesl', ni son œil vous couvent. C'est l'homm' natur', ni suer', ni miel. Pas plus qu'i' n'est vinaigr', ni fiel. C'est toujours simple et net qu'on l'trouve.

Démarch' d'aspic ou d'écrevisse, Manèg' soupl', finassier, adroit?

C'est pas son affaire ! F marcli' droit Et pens' tout uniment sans vice.

11 a beau n'pas fair' de promesse, On peut toujours compter sur lui.

Pour rend' service, en plein minuit.

Toujours prêt, comm' pour dir' sa messe.

Fdit, pour excuser les bommes,

Qu'ya des crim' qui vienn' de not' sang,

Et q'sans les Esprits malfaisants

On s'rait pas si mauvais q' nous sommes.

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C'iui-là! c'est l'plus vrai des apôtres : Pas seul'ment i' l'parle et l'écrit, Mais i' l'pratiq' comm' Jésus-Christ Son aimez-vous les uns les autres !

La ment'rie est pas un' ressource Pour ce cœur qui, n'pensant pas d'mal, R'iuit si clair dans son œil égal, Comm' du sable au carreau d'un' source.

Sans jamais rien qui vous accroche Dans son air qu'est toujours pareil, D'ia main, d'Ia bourse, et du conseil, r vous aide, et jamais d'reproche !

r nous aim' ben tous, en ayant Pour les pauv' plus d'soUicitude, Comm' font les bonn' mèr', d'habitude, Pour leur petit qu'est l'moins vaillant.

L'méchant journalier qui bricole, Pâtr', braconniers, lui tend' la main.

r rit, d'vient enfant, par les ch'mins. Avec les p'tits garçons d'I'école.

A tous ceux passants cUmauvais' mine r caus', donn' de bons expédients, Trait' les ch'mineaux. couch' les mendiants, Sans peur du vol et d'ia vermine.

Au r'bours de ses confrèr' pat'lins r n'dit pas un' parole amère A l'épous' trompeuse, aux fiU' mères.

r les s'court autant qu'i' les plaint.

r n'souhait' pas du malheur aux riches, Mais, chez eux, i' n'prend pas d'repas, Avec eux aut' qu'i' n'fréquent' pas D'ses compliments s'rait plutôt chiche.

Eux? n'est-c'pas ? i's ont ben d'quoi faire Avec leur science et leur argent !

Mais rhumb' méprisé, l'indigent, Et Isimpr d'esprit : vlà son affaire !

Ça fait qu'on a tell'ment Idésir De s'racquitter, qplus d'un qui nie Assiste à ses cérémonies.

Tout bonn'ment pour lui fair" plaisir.

r saitq'yen a que l'destin visse Au mal comme au malheur tèlu, Qu'vaut mieux trop d'compassion du vice Que trop d'encens'ment d'ia vertu.

C'est pour ça qu'i' n'a d'bl;\me à dire Que cont' ceux, gens secs et railleurs Qui, s'croyant toujours les meilleurs, Trouv' toujours q'ies auf sont les pires.

Un cœur, à la longu', laisse un' teinte Sus l'vùt', soit en mal, soit en bien. Ceux qu'ont l'bonheur d'battr' près du sien Un jour ou l'aut' prenn' son empreinte.

C'est pas c'qui nous dit dans son temple Qui nous rend plus just' et moins r'tors. C'est l'brave homm' qu'il est au dehors Qui nous touch' par son bel exemple.

G't'homm' noir qu'est bâti d'not' argile r nous donn' plus d' moralité Avec les act' de sa bonté Qu'avec ses lectur' d'évangile.

Pour finir, vlez-vous que j vous dise ? A partir du jour d'aujourd'hui, Q'tôus les curés soient tels que lui... Faudra ragrandir les églises ! »

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