FORÊT BRULEE
On voit ce grand fond de vallée Fuligineux sous les cieux ronds :
Là, terrain, herbes, rameaux, troncs.
Toute une foret fut brûlée !
D'elle, si verte et si peuplée, Qui, si fière, portait son front, Narguait le vent, raillait laffront Du tonnerre et de la gelée,
Il reste la place... raclée.
Croupissante et noire, meublée D'un seul arbre, cuit tout de bon :
Un paysage de charbon Dans un gouffre de la vallée !
LE DIGTAxME
Ruminant au logis tout un passé funèbre Où des ferments aigris de haine et de remord Joignaient leur goût de fiel à des saveurs de mort, J'entrais dans cette horreur où 1 esprit s'enténèbre.
Quel qu'il fût, l'être humain, rien qu'avec sa présence M'évoquant tant de mal que j'ai souffert par lui, M'aurait envenimé. Contre un si noir ennui Ma révolte grinçait de son insuffisance.
A la fin, je m'enfuis, je courus les vallées : La paix de la lumière et de l'ombre mêlées Noyait troupeau, feuillage, aux creux, sur les penchants ;
Et, guéri comme par un magique dictame,
Je compris, ce jour-là, que le calme des champs
Ramène à leur néant les chimères de l'âme.