‹ Paysages et paysansChapitre 107 sur 121 · LE VIEUX PÉCHEUR · texte numérisé non relu

LE VIEUX PÉCHEUR

Au fil de l'eau coulant sans bruit, Triste et beau comme un vieux monarque, Perche en main, debout dans sa barque, Le pêcheur aspirait la nuit.

Son extase mal contenue Rivait, pleins de larmes, ses yeux Au grand miroir mystérieux Où tremblait l'ombre de la nue.

L'astre pur, à frissons follets, Jetait prodigue ses reflets A cette transparence brune ;

J'entendis l'homme chuchoter :

a C'te nuit! fait-i' bon d'exister!

Pour voir l'eau s'ens'mencer d'ia lune. >>

VERS L'ENCAVEMENT

Le cadavre du grand cheval Traîné par deux bœufs, dans la nuit.

Racle et bat les pierres du val, Epine et broussaille après lui.

Roide, en ce bas-fond sépulcral, Va squelette, d'horreur enduit, Le cadavre du grand cheval Traîné par deux bœufs, dans la nuit.

Un falot, dansant, fantomal, Comme un feu follet, le conduit, Et, d'arbre en arbre, un hibou suit De son cri strident et fatal Le cadavre du grand cheval.

PAYSAGES ET PAYSAXS 295

Page 1