‹ Paysages et paysansChapitre 31 sur 121 · PETIT LOUP · texte numérisé non relu

PETIT LOUP

Portant sur lui de grosses sommes,

Tard, le maquignon s'en revient, Lorsque, soudain, il est attaqué par deux hommes. D'un coup de voix stridente il appelle son chien :

« Vite à moi, Petit-Loup! » — mais rien!

Son compagnon musarde en route.

Et la lutte s'acharne, affreuse, on n'y voit goutte. Un dernier appel rauque : — et le marchand de hœufs Tumbe et trépasse au fond du grand chemin bourbeux. Mais, d'un train haleté que le silence écoute. Le dogue accourt, se rue, étrangle un assassin: L'autre ajuste le temps de grimper dans un arbre. Et, stupéfaits d'horreur, les gens du bourg voisin Trouvaient, le lendemain, un chien entre deux morts, Surveillant, crocs baveux, sur un vieux chêne tors Quelqu'un juché livide et roide comme un marbre.

PAYSAGES ET l'AYSANS

L'ENJOLEUR

Loin des oreilles importunes, Le gars mangeant avec le vieux, D'un ton lier et malicieux Lui conte ses bonnes fortunes, De quelle sorte il fait sa cour, Et ce qu'il pense de l'amour.

« Oui! j"ai tout' les fill', mon pèi'' Jacques! N'import' laquell', quand j'ia veux bien! L'ignorant', l'instruit', cell' qui s' tient, Comm' la dévot' qui fait ses pàques.

()\a soit l'cœur ou l'Diab' qui s'en mêle. L'amour comm' la mort prend chacun.

Si deux corps d'vaient pas en fair' qu'un Vaurait pas des mAl' et des f'mcUes!

Cont' le sang, s'i' veut qu'on s'unisse, Tout' les plus bonn' raisons val' rin : 1 mèn' le gars comme un taurin Et la puceir comme un' génisse.

Yen n'a pas un' qui n'rèv' d'un homme, D'un qu'ell' connaît pas, mais qu'ell' sent: Pas un' qui n's'endorme y pensant.

Et qui n'y r'pense après son somme!

Les difficil' sont cell' qui s'parent, Dans' entre ell', s'distraient des garçons, Les accueiir avec des chansons, Comme avec des rir' s'en séparent.

Oui! mais aux sons d'ia cornemuse, J'balifole à leur volonté...

Et j'mets tant leur mine en gaieté Que jTinis par la rend' confuse.

En fait d'pucelT, viv' l'eau dormante La courant' n'a pas l'temps d'songer, Tandis que l'aut', sans s'défiger.

Ça n'pens' qu'au mal qui la tourmente.

PAYSAGES ET PAYSANS ^i)

L'désir amoureux s'y mijote, Quoiqu'eir u'en desserr' pas les dents... On verrait d'sus c'qu'ell' pense en d'dans : C'est pour ça q'si ben ça s'cachotte.

C'est s'ion, c'est moins ou davantage, Mais tout' fiir, son sexe la tient.

L'amour y dort : un garçon vient...

Qui l'éveille à son avantage.

C'est c'que j'fais! Ell's ont beau s'défendre, Moi, j'ai la natur' dans mon jeu, J'gratt' la cendre et j'découv' le feu; Seul'ment i' faut savoir s'y prendre.

Faut choisir son jour et son heure, La saison, l'endroit, pas s'presser.

Ça dépend! yen a q'faut forcer!

Ces fois-là sont p'ièt' les meilleures.

A la façon d'trousser sa jupe, D'arranger ses ch'veux sous Tbonnet, A la mardi', surtout, on r'connaît L'temps qu'on mettra pour faire un' dupe.

Avec les joj-eus' je sais rire, Avec les trist' je sais pleurer, Tout en m'taisant, j'sais soupirer Avec ceir qui n'ont rien à dire.

J'not' leur air franc ou saint'nitouche, Leur genre de silence ou d'caquet, L'sec ou i'mouillé d'ieurs deux quinquets, Comm' l'ouvert ou l'pincé d'ieur bouche.

J'examin' cell' qui sont heureuses D'porter, au cou, des p'iits enfants. L'instinct d'êt' mèr' suffit souvent Pour qu'un" fill' devienne amoureuse.

J'suis timide avec la pimbêche, Rapide avec cell' qu'a du sang, Et, toujours, les contrefaisant, Ya pas d'danger q'j'évent' la mèche!

J'prends leur humeur, j'tlatt' leur manie, EU' chang' d'avis, moi pareiirment.

Je n'ieur donn', sans jamais d'gèn'ment, Q'du plaisir dans ma compagnie.

PAYSAGES ET l'AYSAXS 01

Au fond, je mVlis ot (;a m'amuse :

Que j'suis pas plus menteur, vraiment!

Qu'ell's autr' qui m'voudraient pour amant Et qui font cell'-là qui me rTusent.

C'est mes r'gards seuls qui leur demandent C'quc jdésir' d'ell'. Ma bouch', ma main, Seul'ment commcnc' admettre en ch'min.

Quand leurs yeux m'dis' qu'ell' les attendent.

Dans ma priinell' qui leur tend l'piège R'culant d'abord ell' veul' pas s'voir, Et puis, eir s'y mir", sans pouvoir S'désengluer du sortilèçe.

La berger' sag', la moins follette, J'I'endors! qu'elle en làch' son fuseau.. Comm' l'aspic magnétis' l'oiseau, Comme un crapaud charme un' belette.

C'est pourquoi, la pauvress', la riche, Tout' fille, à mon gré, m'donn' son cœur! Ma foi ! j'me fie à ma vigueur, J'en ai ben trop pour en ètr' chiche !

D'autant plus que j'peux pas leur nuire. Personn' sait q'moi q j'ai leur honneur Et j'ai la chanc', pour leur bonheur, De libertiner sans r'produire! »

Et le bon vieux dit : « Tu caus' ben...

Quoiqu'ça peut ètr' de la vant'rie.

Moi non plus, pour la galant'rie,

A ton âg' j'étais pas lambin.

Aussi vrai q'tous deux on déjeune

Tu t'amus'ras jamais plus jeune!

Ta folie est c'que fut la mienne.

Tu brûl'j mais glaçon tu d'viendras.

Crois-moi : prends-en l'plus q'tu pourras!

Ça t'pass'ra avant q'ça m'revienne! «

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