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LE DISTRAIT

Le bon père Sylvain, ayant bu sa chopine,

Des bras et du bonnet opine

Pour le patron du cabaret Qui vient de l'appeler en riant : « Vieux distrait ! »

« C'est ben vrai ! Je l'dis sans mystère,

Si j'suis l'plus fin buveur de vin

J'suis aussi l'plus distrait d'Ia terre, Fait, goguenardement, le vieux père Sylvain.

En viir, cheux nous, où que j'me mouve,

Quoi que j'dise ou que j 'fasse', y a pas !

Mêm' dans les afïair' du trépas,

J'suis toujours distrait, et j'ie prouve :

Il faut dir' que c'jour-là, ma foi !

Les gens fur' coupab' autant q'moi.

L'nouveau-né d'ma voisine étant donc mort-défunt,

J'fus à l'enterr'ment comm' chacun.

Asseyez-vous! qu'on m'dit, pèr' Sylvain! J'prends une chaise,

J'étais pas mal, sans être à l'aise...

C'était par un cli'ti temps d'décembre Qui brouillait l'jour gris dans la chambre ; Les uns étaient en réflexion, D'aut' pleuraient, sans faire attention.

V'ià q'celui qui port' les p'tits morts Arrive et dit : « Où donc q'ya l'eorps? » On cherch' partout, à gauche, à droite, Tant qu'enfin l'pèr', v'nant à trouver, M'fait signe en colèr' de m'iever :

J'm'étais ben assis d'sus la boîte! »

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