LE ROI DES BUVEURS
Tenez ! fit le squlard à bonnet de coton, Allumant ses yeux ronds dans sa figure en poire, J'ai connu plus buveur que moi. Voilà l'histoire De celui qu'on appelait l'maître ivrogn' du canton
(( Puisque ma femme est mort', moi j 'suis, dit l'pèr' Baraille,
Excusab' en bonn' vérité, Si, c'te malheureus' fois, encor ben plus j'déraille
D'ia lign' de la sobriété ! ))
On change la défunte ? i' va boire I — on la veille ?
D'temps en temps i' s'en vers' deux doigts. L'cercueil arrive et l'trouve à sucer la bouteille :
Pendant l'ensev'lis'ment? i' boit !
Dans rcheniin. à l'église, et jusque dans l'cimetière, r tèt' sa fiol' d'eau-d'-vie! Enfin, v'ià donc q'ia bière Est ben douc'ment glissée où doit descend' chacun : L'ivrog' gémit, et comm' le fossoyeur qui s'gausse Lui di t : (( Tant d'regrets q'ça ? fourrez-vous dans sa fosse ! Ça m'coût' pas plus d'en couvrir deux q'd'en couvrir un ! » Lui, répond, grimacier, larmochant rigolo : «Non! après tout,j'veuxviv'pour la pleurer... j'préfèrel Et jVous jur' que mes larm' ça s'ra ben la seule eau Que j'mettrai jamais dans mon verre ! »
PAYSAGES ET PAYSANS xl^
LE MAQUIGNOiN
Ballonné de partout, englouti par la graisse
Se façonnant en plis, fanons et bourrelets,
Il portait gai, pesant ses trois cents bien complets,
Le vineux monument de sa personne épaisse.
Court, nez plat, petit œil encor rapetissé.
Lobe d'oreille monstre, un teint violacé.
Et, bossuant sa blouse, un vrai poinçon pour ventre :
Tel était ce Merlot, maquignon, ancien chantre.
C'est lui qui me disait : « P't'ét* à part les verrats, Si boudinés mastoc qu'on n'ieur voit pas la tête, Sans m'êt' mis à l'engrais, c'est toujours moi l'plus gras Comm' le mieux arrondi d'mes bêtes I
Mais, c'est trop d'iard tout d'mêm' ! Ça m'en rend estropié : Mes bras r'tirés, plus d'cou, ma pans' cachant mes pieds, G'estplus un homm' que j'suis ! jo m'figureêtre uneboule ! Et que je n'march' plus, mais que j'roule!
Bah ! j'suis l'plus fin dans ma gross' taille. Avec moi les malins fil' doux.
L'maigre est mis d'dans par le saindoux, Comm' le baril par la futaille. »