NOSTALGIE DE SOLEIL
Quel poêle évoquera le rose des bruyères. Le lézard des vieux murs, la mouche des étangs, Et le petit rayon qui vient, tout le beau temps, llire au carreau crasseux de la vieille chaumière?
Les végétaux chambrés, le fleuri, la verdure De ces jardins vitrés plus chauds que des maisons Et tout le trompe-l'œil des tapis, des tentures Voulant singer les rocs, les arbres, les gazons, Accusent mieux, l'hiver, leur piteuse imposture Alors que l'on regrette avec tant de douleur Le soleil qui faisait éclater la couleur, Flamber le verdoîment dans toute la nature !
Hélas ! bien avant l'heure où l'astre-roi, Tété, De sa pourpre de sang rend les plaines rougies, Dès l'automne déjà s'impose la clarté Des mélancoliques bougies.
Tout seul, à leur lueur si blême, On a l'air de veiller un mort.
Sans compter que, parfois encor, On (lirait presque — horreur suprême!
Que ce défunt-là c'est soi-même.
Chaque retour d'iiiver cause un frisson nouveau
Avec ce jour de crépuscule,
Ce sol humide de caveau
Où nul insecte ne circule Et qui paraît sous l'ombre abaisser son niveau.
Au dur tic tac de la pendule Le corps moisit, se caille ainsi que le cerveau, A'os jours plus obscurcis devant le bois qui brûle Dévident l'incertain de leur maigre écheveau.
Mais que le froid sèche ou s'endorme,
Et que le ciel s'allume, alors! tout se transforme
En notre àme, ce sphinx inquiet, noir problème,
Louche énigme pour elle-même
Dans sa prison d'humanité! Pour cette renfermée, au ténébreux martyre,
Le Soleil, c'est le bon sourire,
C'est l'œil compatissant de la Fatalité!
PAYSATiES ET PAYSANS 151>