‹ Paysages et paysans; poésiesChapitre 59 sur 123 · LES TROIS NOYERS · texte numérisé non relu

LES TROIS NOYERS

Qui les planta là, dans ces llaques.

Au cœur même de ces cloaques?

Aucun ne le sait, mais on croit Au surnaturel de l'endroit.

Narguant les ans et les tonnerres.

Les trois grands arbres centenaires Croissent au plus creux du pays.

Aussi redoutés que haïs.

A leur groupe un effroi s'attache.

Nul n'oserait brandir sa hache Contre l'un de ces trois noyers Qu'on appelle les trois sorciers.

Car, si le hasard les rassemble.

Il fait aussi qu'ils se ressemblent ; Ils sont d'aspect énorme et rond, Jumeaux de la tête et du tronc.

Us ont la même étrange mousse.

Et le même gui monstre y pousse.

Us sont également tordus, Bossues, ridés et fendus.

Et, de tous points, jusqu'au gris marbre De leur écorce, les trois arbres Pour les yeux forment en effet Un trio sinistre parfait.

Par le glacé de leur ombrage Us rendent à ce marécage L'humidité qu'y vont pompant Leurs grandes racines-serpent.

Au-dessus du jonc et de l'aune Leur feuillage verdàtre et jaune Tour à tour fixe et clapotant Est tout le portrait de l'élan g.

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On ne voit que le noir plumage Du seul corbeau dans leur branchage; Et c'est le diable, en tapinois, Oui, tous les ans, cueille leurs noix.

On dit qu'ils ont les facultés.

Les façons de l'humanité',

Qu'ils parlent entre eux, se déplacent,

Qu'ils se rapprochent, s'entrelacent.

On ajoute, même, tout bas, Qu'on les a vus, du même pas.

Cheminer roides, côte à côte.

Dressant au loin leur taille haute.

Et l'on prétend que leurs crevasses, Autant d'âpres gueules vivaces.

Ont fait plus d'un repas hideux Des pâtres égarés près d'eux.

Enfin, tous trois ont leur chouette Qui, le jour, n'étant pas muette, Pousse des plaintes de damné Dès que le ciel s'est charbonné.

Et chacune prédit un sort :

L'une clame la maladie, Une autre annonce l'agonie, La troisième chante la mort.

C'est pourquoi, funeste et sacrée.

L'horreur épaissit désormais Leur solitude. Pour jamais On se sauve de leur contrée!

LA TAClir: P.LANCIIE

Dure au mordant soleil, longtemps épanouie Aux grands effluves lourds et tièdes du vent plat, La neige, ayant enfin fléchi, perdu l'éclat. Venait de consommer sa fonte sous la pluie.

L'espace détendu! le bruit désemmuré!

Et les cieux bleus, enfin ! pour mes regards moroses.

Avides de revoir le vieil aspect des choses,

Tout surgissait nouveau du sol désengouffré.

Soudain, au creux d'un ravin noir, Un soupçon de neige fit voir Sa tache pâle, si peureuse

Que je me figurai, songeur, Un dernier frisson de blancheur Au fond d'une ûme ténébreuse!

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