‹ Paysages et paysans; poésiesChapitre 79 sur 123 · L'ORMEAU · texte numérisé non relu

L'ORMEAU

D'un branchii semblant un grand fagot qui s'évase, 11 végète sa mort — à jamais défeuillé; Pourtant, sous tous les ciels, dans l'air sec et mouillé, Son très étrange aspect vous met l'œil en extase!

C'est que, depuis l'énorme et ronde fourmilière Grouillant au pied pourri de ce petit ormeau, Tout son tronc est moussu comme un toit de hameau, Soutaché de lichen, et festonné de lierre:

Donc, il cumule ainsi la double vétusté

De l'horreur et de la beauté.

Que de neige ou de fleurs la terre soit couverte...

Lui seul ne change pas! — Seul, toujours il fait voir Sa vieille tète en fouillis noir Et son vieux corps en robe verte.

2*20 paysa(tEs et paysans

LA RESSUSGITEUSE

Je dis à la bergère : a Où donc est ta bessonne!

Oh! mais, comme tu lui ressembles! »

La fille soupira : « Ma sœur est mort' ! personne

N'nous verra plus jamais ensemble.

C'est vrai que j 'suis son doub', son r'venant qM'on dirait.

Celui-là qui me r'gard' la voit.

De visag', de parler, d'taiir, j'suis tout son portrait :

J'suis elle, comme elle était moi.

Je m'ia ressuscit' ben souvent.

J'prends tout c'quell' portait d'son vivant,

A sa façon, j'm'en habill' telle,

Et puis, d'vant un' glac', pour tout d'bon, J'y cause... et, lorsque j'y réponds, Je me figure que c'est elle! »

L'AVEUCfLE

L'humble vieille qui se désole

Dit, gémissant chaque parole :

« Contr' le sort j'n'ai plus d'résistance.

Que l'bon Dieu m'appelT donc à lui !

La tomb' s'ra jamais que d'ia nuit

Ni plus ni moins q'mon existence.

Mais la fille s'écrie, essuyant une larme : Parlez pas d'ça ! J'vas dire un' bell' complaint' d'aut'fois, » Et, quenouille à la taille, un fuseau dans les doigts, Exhale de son cœur la musique du charme.

La vieille aveugle, assise au seuil de sa chaumière.

Ecoute avidement la bergère chanter,

Au son de cette voix semblant les enchanter

On dirait que ses yeux retrouvent la lumière.

tl2 PAYSAGES ET PAYSANS

Tour à luur die rit, parle, soupire et pleure, ElenJ ses maigres doigts d'un geste de désir Vers quelque objet pensé qu'elle ne peut saisir, Ou, comme extasiée, immobile demeure.

Et, lorsque la bergère a fini sa chanson, Elle lui dit : « Merci! tu m'as rendu l'frisson, La couleur, et l'bruit du feuillage,

Tu m'as fait r'voir l'eau claire et i'beau soleil luisant. Mon enfanc', ma jeuness', mes amours! A présent J'peux ben faire le grand voyage. »

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