LE VAGABOND
Tombé, le vagabond qui rampe avec effort, S'arrête et gît agonisant Dans de la boue, Et sur sa joue De grosses larmes vont glissant; Voilà ce qu'il marmotte avant sa triste mort :
(( A jeun, des heur', puis des heur', pieds nus J'ai marché Sous l'orage grondant des cieux Couleur de suie, Et sous la pluie, Et sous l'éclair brûlant mes yeux, A travers les ajoncs, la ronce et le rocher.
Je n'peux pas plus app'ler que fair' sign' de ma main, Et voici qiin le soir élend
Son drap fantôme Sus l'bois, sus l'chaume, Sus l'guéret, l'pacage et l'étang ; r n'ya donc plus q'ia mort qui pass'ra dans mon ch'min !
Je lutt' cont' le trépas, tel que l'jour à sa fin, Comm' lui, je m'sens me consumer.
Tremblant, livide.
Mon bissac vide N'a pas de quoi me ranimer ! »
— Et la nuit, dans les trous, le pauvre est mort de faim.
LE GRAND-PEIIE
La fille au père Pierre, avec ses airs de sainte, A si bien surveillé son corps fallacieux Que sa grossesse a pu mentir à tous les yeux ; Mais son heure a sonné de n'être plus enceinte.
Dans la grand' chambre on dort comme l'eau dans les trou Tout à coup,, elle geint, crie et se désespère. On se lère, on apprend la chose. Le grand-père Continue à ronfler sous son baldaquin roux.
Mais le bruit à la fin l'éveille, et le voilà Clamant dii lit profond d'où sa maigreur s'arrache : a PieiT , quoi q'ya? - Pèr', ya rin ! - Si î s'passe un'chos' qu'on m'ta EtmapHil' fiir se plaint, j' l'entends ben! quoi qu'elle a? »
— Elle a qu'elle va faire un champi ! — Le bonhomme
Prend son bâton ferré qu'il brandit en disant :
« Dans not' famill' yaura l'déshonneur à présent!
La gueus' ! vous voyez ben tous quT faut que j'i'assomme ! »
Et, solennel, tragique, il marche d'Un pas lourd Jusqu'à la pâle enfant... mais, pendant qu'il tempête. Tendre, il lève et rabat le gourdin sur sa tète. Bien doux, frôleusement, d'un geste plein d'amour.
« R'commenc'ras-tu? fait-il, ou là, comme un' vipère,
J'te coupe en deux! j't'écras' la cervell' sur ton drap ! »
Elle gémit : (( Jamais, grand-père ! »
Alors, le jeune frère égrillard qui ricane. Glapit : «Oh! q'si fait ben, grand-père, a r'commenc'ra Puisqu'elle est chaude comme un' cane! »