‹ Paysages et paysans; poésiesChapitre 9 sur 123 · LE VIEUX PATRE · texte numérisé non relu

LE VIEUX PATRE

(( C'est par mon métier, dit le vieux pâtre aux traits rudes, Qu'h fore' de vous cercler les oreill' et les yeux. Dans l'song' de votre esprit rentr' et rêvent le mieux Ces grands espac' q'ont l'air de prend' vos habitudes.

Vos chants bourdonn' comm' ceux des gross' mouch' dans l'air de Tel que l'cœur sous l'soleil la bell' verdur' se pâme. L'horizon comm' vot' corps d'vient la prison d'une âme. Et les nuag' ramp' dans l'ciel comm' les pensers en vous.

L'ventd'orag' vous agit', vous bouscul' comm' les choses. Surprend vot' limousin' commMes feuillag' dormants : A l'ordinair', leurs gest' s'accord' à vos mouv'ments. Et. quand vous n 'bougez pas, vous avez leurs mèm' poses.

PAYSAGES ET PAYSANS Ho

Ces chos'qui dur' toujours ou qui meur' ben anciennes.

On voitqu'eirchang',comm'rhomm',leurhumeur,leurs façons,

Q'Ia Nature, ainsi q'voiis, a tristess' et chansons.

Et q'ies vôt' tomb' souvent ben juste avec les siennes.

Nuancés, brum', pluie et vent, la plein' lumière, l'ombre, Compos' le sentiment des form', des teint', des bruits. Qui s'communique au vôt't . . . tell'mentlq'par un'bell'nuit. Des fois, vous et' plus gai que lorsqu'i n'fait pas sombre.

J'rèv' le rèv' de tout ça, j'suis en pierr' com.m' la roche, En végétal comm' l'herbe, en liquid' comme l'eau, J'rumin' l'engourdiss'ment ou l'frisson du bouleau... Et sauf que j'écris pas sur un agenda d'poche.

v^ue j'erains pas tant l'soleil, et que j'suis pas si blmêe, J'song' comm' ceux gens d'Paris, bien vêtus, aux blanch' mains. Qui, t'nant un bout d'crayon, caus' tout seuls dans les ch'mins. L'œil ouvert droit d'vant eux, mûis qui plonge en eux-mêmes.

L'éternité s'ennuie aussi ben q'moi qui passe, Des moments que j'suis là si triste à la sonder, J'ia surprends, elle aussi, ben triste à me r'garder : Alors, je m'sens l'cœur vide aussi profond q'I'espace! »

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LES GRANDS LINGIlS

Le magique soleil sur les hauteurs pensives Fait luire et triompher tous ces grands linges blancs Qui, chevauchant leur corde au sortir des lessives, Y sèchent, tour à tour inertes et tremblants.

Ils apparaissent purs, ardents, frais et joyeux, Au loin, flottant rappel des gloires printanières, Bleutés, rosés, baignés d'azur et de lumière, Fêtant le paysage, ébouissant les yeux.

Mais le soir, c'est l'horreur suprême! car, alors

On dirait invisible un long troupeau de morts,

Spectres rampants enfouis dans leurs grands draps funèbrei

Pendant que tout noircit, — là ! restant blancs eux seuls, Ces linges ne sont plus qu'un rideau de linceuls Barrant l'horizon vague où montent les ténèbres.

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