APRES-MIDI
Les derniers rayons que cette aprèsmidi claire d'hiver envoie à mes croisées, pénètrent jusqu'à ma table de travail. Celte lumière qui ne brûle point et qui égaie avec modération, voue un instant sur les boiseries et sur le papier des murs.
Ainsi, pour conserver sa grâce, la vie k son déclin doit flotter sur les accidenta du monde, légère et transparente.
... Je suis revenu habiter, — après neuf ans bientôt, — une maison où s'écoulèrent mes heures de poésie, non les plus fortes, mais les plus pures et les plus aimables.
Il est pour le poète une douce saison, celle où la dernière fleur s'effeuille et le premier fruit commence à se nouer. Alors, le destin, qui me-
nace déjà, empreint l'inspiration d'une gravité suffisante, tandis que Tart continue encore ses mille coquetteries.
Plus tard l'harmonie résonne profondément, mais les cordes de la lyre laissent tomber des gouttes de sang^ réel, qui, peut-être, font horreur aux Muses.
Si j'avais la folie d'espérer une longue existence, j'oserais me flatter de concilier un jour la Douleur et l'Art.
. . . L'aile de mes plus beaux rêves a frémi sous ce toit qui m'abrite de nouveau. Ils ne furent pas. toujours exempts de lassitude ; mais comme ils savaient retomber gentiment sur la terre !
Je veux me plonger dans mes souvenirs, lorsque je monterai, au milieu de la nuit, 1 escalier connu, lorsque je marcherai dans mon cabinet d'étude, en quête de vers, devant le brasier de coke, à la lueur de la lampe palladienne. Et quand reviendra l'automne, si je rentre un jour au matin levant, je traverserai encore le cher jardin qui est le plus beau de Paris, et je prendrai dans mes mains,
comme autrefois, les belles feuilles mortes entassées dans les allées humides.
Mais je ferai tout cela par jeu, car il est malplaisant de porter le joug des émotions avec un vieux cœur dans la poitrine...
îi
^^.WMm^^-