II UN MOT DE PRÉFACE
voyagent le Bœdeker ou le Murray à la main en suivant docilement l'itinéraire et les indications du guide, en évoquant, à point nommé, les sensations qu'il leur suggère. Vous n'êtes pas sans avoir rencontré, dans Paris, de ces voyageurs en tutelle qui commencent par consulter leur guide, avant de regarder le monument devant lequel ils débouchent. Ils lisent consciencieusement ce que leur auteur raconte de Notre-Dame ou du Louvre, et c'est après s'être ainsi préparés à l'admiration qu'ils admirent. Il y a, par exemple , au Mont Saint-Michel, un guide qui met une grande complaisance à illustrer les beautés qu'il montre. Parfois, lorsqu'il est arrivé au bout de sa notice historique, il fait une pause, puis ajoute, d'un ton pénétré : — Ça, c'est beau !... Eh bien, la troupe des visiteurs qui le suit ne reste jamais indifférente à cet appel. Us écarquillent les yeux, s'arcboutent dans une attitude d'attention plus prononcée et font visiblement sur eux-mêmes un effort admiratif. Ce sont des voyageurs qui voient avec les yeux d'autrui, et n'emmagasinent dans leur mémoire que des sensations d'emprunt.
Au contraire, ceuxqui voient avecleurs yeux, qui sentent avec leur âme, s'approprient la