‹ Paysages parisiensChapitre 9 sur 9 · HL VE H · texte numérisé non relu

HL VE H

sinistre que l’on se rend à la gare Paris-Lyon- Méditerranée, la gare d’hiver.

A travers l’hémicycle du grand vitrail, on aperçoit, comme deux gros yeux pales, les deux lampes voltaïques. C’est ici la route menant vers le midi, vers le soleil ! Ces gens frileux vont prendre le ticket qui leur permettra, au bout de quelques heures, de savoir exactement comme les nuits d’hiver respectent les palmiers de Nice ou les orangers de Cannes.

Les nuits mornes ou joyeuses finissent par finir, les hivers aussi. Mais une fièvre d’attente prend le Parisien, quand les nuits durent trop, ou quand les hivers s’allongent. 11 lui tarde de chanter la chanson du renouveau, la délicieuse aubade au soleil levant. 11 veut après les Heurs de neige voir les fleurs de pêcher; après les distractions ou les terreurs nocturnes, il réclame le palpitant éclat du jour.

NUIT

— Joli Printemps, revenez ici, dit le poète.

— Belle Saison, sois nous rendue, songe le îégociant .

Le soleil, avec des rayons tentants Cognant aux croisées,

•le suis allé voir le nommé Printemps Aux Champs Elysées;

Les femmes étaient toutes déguisées En roses rosées

Et les amoureux avaient tous vingt ans.

Dans l’or et l’azur les bébés marchaient Comme des gens ivres;

Les cafés-concerts grands ouverts crachaient Les notes des cuivres,

Sonnant l’hallali des vents et des givres,

Et, loin de leurs livres,

Des négociants rêveurs chevauchaient.

A de certains signes on sent venir l’aube trochaine, malgré la nuit qui continue.

A des effluves particuliers chacun prévoit la

naissance du printemps, maigre les deinieis efforts tout en g 1 a c é moins I o urd.

va fuir, nouveau naître.

Malgré d’âpres retours d e 1 a gelée, v o y e z

sur le quai de voyez

qliai aux Fleurs, les violettes qui reviennent; voici de précoces lilas, lies Ileurs ambassadrices annoncent le Printemps, appelé par le poète:

NUIT

comme aussi une aurore légère, toute frissonnante, qui teinte le ciel en rose, présage un nouveau soleil.

Salut prochain Printemps! Salut, Jour naissant !

Vers les Halles, les misérables vont, aux approches du jour, afin de glaner, non plus des bouts de cigarettes, mais des reliefs de choux et de carottes. La hideur de ces visiteurs disparait dans le tumulte de l’immense gardemanger de Paris. Et, sons la lumière électrique, tandis que fume la haute cheminée d’usine qui domine les Halles, les maraîchers, les poissonniers et les bouchers apportent le repas de la Mlle qui va s’éveiller dans un grand bâillement de toutes ses portes et de toutes ses fenêtres....

Saint, Matin! Salut, reprise de la Vie!

Ainsi recommence, sur ce Paris bien-aimé, le cycle perpétuel des Heures et des Saisons, parmi les changeants paysages en lesquels on

HIVER

trouve, pleins de délicatesse ou de force, poussés au sublime de la joie ou de l’horreur, renouvelés à rinlini, des spectacles que ne rencontreront nulle part les plus intrépides investigateurs du Globe.

Car nuis paysages exotiques en l'Univers ne valent, aux yeux des fils de la Grande Ville, les Paysages parisiens !

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