CHAPITRE I
Salaires des paysans et des domestiques de 1200 à 1626.
Par quel moyen peut être amélioré le sort des classes laborieuses. — Le témoignage du passé, en ces matières, mérite d'être entendu. — L'histoire des salaires est proprement l'histoire de la « question sociale ». — Distinction entre la civilisation morale et le bien-être matériel. — Le serf du moyen âge, comparé à cet égard au sujet de l'ancien régime et à l'ouvrier libre d'aujourd'hui.
Valeur de la journée du manœuvre, mesure universellement admise du prix de travail. — Au xii^ siècle, peu de domestiques indépendants, peu de laboureurs ou d'ouvriers payés en argent. — Services fieffés; le féodalisme a tout envahi. — Les contrats de ce genre sont résiliés plus tard; le mouvement continuel des prix empêchait ces salaires immuables de satisfaire longtemps les seigneurs et les vassaux. — Le travail fieffé est alors très largement rémunéré. — La terre qui en forme le prix a déjà augmenté depuis la concession originair*.
Le travail libre est lui-même bien payé au xni* siècle. — Gages des moissonneurs, laboureurs, vendangeurs et des manœuvres de toutes catégories, dans les diverses provinces. -- Salaires au xiv* siècle jusqu'à 1315, par rapport à ce qu'ils sont
PAYSANS ET OUVRIERS. i
de nos jours. — Traitement des journalières nourries et non nourries aux mêmes dates. — Ce qui serait advenu des salaires au xiV siècle, sans la guerre de Cent Ans. — Hausse considérable des prix du travail des deux sexes au xV siècle, à mesure que le pays se dépeuple. — Rétribution des ouvriers agricoles de 1376 à 1525. — Paye des journalières. — Le nombre des journées de travail n'était, au moyen âge, que de 250 par an. — Une preuve de ce fait est tirée de la comparaison du salaire quotidien des manœuvres nourris avec les gages annuels des domestiques de ferme. — Rapport qui a dû exister de tout temps entre ces deux rémunérations.
Gages des domestiques à la campagne : charretiers, valets de charrue, porchers, bergers, etc., de 1200 à 1525. — Ils s'habillent à leurs frais, ainsi que de nos jours. — Domesticité des enfants au xv* siècle. — Comparaison des salaires moyens du journalier et du serviteur rural de 1200 à 1525, avec leur salaire de 1899. — De 1476 à 1525 la situation du premier est pécuniairement meilleure qu'elle n'est aujourd'hui; celle du second est presque aussi bonne. — Gages du domestique citadin, ou attaché à la personne de son maître. — Il est moins payé que celui des champs, si l'on excepte les valets de chambre des seigneurs, et les emplois spéciaux de cuisinier, cocher, forestier, portier, etc.
Traitement des domestiques femmes à la campagne et à la ville : chambrières, filles de basse-cour, femmes de ménage» cuisinières, nourrices. — Ces gages suivent les mêmes fluctuations que ceux des hommes. — Comparaison de ceux de la servante avec ceux de la journalière nourrie; ces derniers sont proportionnellement beaucoup plus élevés. — Rapprochés de leurs appointements actuels, ceux des servantes des xiv» et XV* siècles sont inférieurs de moitié et d'un tiers. — Rapport très variable du salaire des hommes à celui des femmes, de 1200 à 1600.
L'histoire des salaires, c'est l'histoire de ces quatre cinquièmes de la nation qui sont tenus de signer en naissant un pacte avec le travail manuel, qui vendent leur vie pour avoir de quoi vivre, pour jouir seulement d'un nécessaire plus ou moins strict, semblables en cela à des marchands qui se donneraient beaucoup de mal pour revendre leur
marchandise au prix coûtant. Un des problèmes dont notre époque s'honore de rechercher la solution est celui de savoir par quels moyens peut être amélioré le sort de cette majorité laborieuse qui n'a pas d'héritage à léguer ni à recueillir, qui n'a point ou presque point de part à la possession du capital, et ne saurait même, dans son ensemble, en avoir qu'une très faible. Car si, par l'épargne persévérante, le cuivre en ses mains devient or, l'or aussitôt « devient à rien » ou à peu de chose, précisément à cause de son abondance qui fait à la fois baisser le taux de l'intérêt et augmenter le prix de la vie. Et plus elle épargne, cette classe des travailleurs, pour parvenir à cesser son travail, plus elle élève le chiffre minimum du revenu indispensable à l'homme qui veut demeurer les bras croisés, plus elle accroît aussi l'écart entre le loyer de l'argent et sa valeur. C'est un nouveau rocher de Sisyphe, qui ne roule plus au bas de la montagne lorsqu'il en touche le sommet, comme celui de la mythologie antique, mais devant lequel le sommet se dérobe comme si la montagne ne cessait de se hausser à mesure qu'on la gravit.
C'est le côté insoluble de ce qu'on nomme la « question sociale ». Les réformateurs les plus utopistes veulent bien reconnaître que dans aucun temps, proche ou lointain, l'universalité des hommes ne pourront vivre de leurs rentes; c'est donc à augmenter les salaires qu'ils entendent s'appliquer. Mais le prix du travail, non plus que celui de la
terre ou celui de l'argent, n'obéit à personne. Sur lui les lois n'ont guère de prise. Que ces lois émanent d'un monarque, en pays despotique, ou d'une assemblée populaire en pays démocratique, il leur échappe et s'en joue. Par contre, il a ses règles qui lui sont propres et il y demeure soumis, en tous les temps, sous toutes les latitudes, de quelque manière que les sociétés soient construites et que les individus soient groupés. « Au fond de l'histoire intérieure et de l'histoire extérieure des nations, a dit quelque part Victor Hugo, il n'y a qu'un seul fait : la lutte du malaise contre le bienêtre. A de certains moments les peuples mal situés dérangent l'ordre européen, les classes mal partagées dérangent l'ordre social. » Il est vrai, mais ni les invasions ne changent les lois géographiques, ni les révolutions les lois économiques. On pourra plusieurs fois bouleverser le monde avant de faire que le nord ait autant de soleil que le midi et que le travail soit bon marché là oii il sera rare.
A l'appui de cette observation, banale et pourtant méconnue, le témoignage de l'histoire mérite d'être recueilli. Pour dissiper l'obscurité qui règne encore dans ces régions de la science, on nous pardonnera l'accumulation des chiffres, froids et nus, qui se succèdent dans cet ouvrage. Le lecteur se souviendra que chacun de ces chiffres, dont la longue suite forme un texte rebutant, recouvre mille émotions secrètes de nos pères, que ces hausses ou ces baisses de quelques centimes sur la
journée du manœuvre cachent cent plaisirs et cent peines ignorés, qui n'ont point trouvé place dans les chroniques. Tout au plus les annalistes leur consacrent-ils quelques lignes s'il s'agit d'une catastrophe fameuse, d'une famine bien caractérisée, 011 la plèbe silencieuse est morte par grands las. L'intimité des petits foyers, des petits budgets, les salaires nous la révéleront, et seuls ils peuvent nous la révéler.
Longtemps nos yeux dans le passé n'ont aperçu que l'écorce des choses, les modifications tout extérieures des royaumes, les têtes qui dépassaient le niveau des foules, les faits qui contrariaient le cours ordinaire de la vie. Mais le champ des études historiques s'est élargi de nos jours; il s'élargira encore. Les mesquines affaires des grands de ce monde, le récit de leurs passions, de leurs intrigues, de leurs vertus ou de leurs forfaits n'ont plus le don de nous intéresser uniquement. On s'est lassé d'admirer les stratagèmes des généraux, de compter les cadavres sur les champs de bataille. Les finesses des diplomates qui amènent la guerre pour profiter de la paix et profitent de la paix pour préparer la guerre, l'élargissement des empires qui soudent les hommes en grosses masses, leurs morcellements qui divisent les citoyens en minces troupeaux, ne sont-ce pas là des matières à réflexions qui vieillissent et qui s'usent? Au contraire, pour cette foule intelligente que nous sommes, passionnés pour nos destinées
de demain, est-il rien dans les siècles d'hier qui mérite mieux de fixer notre attention que la marche du progrès moral et matériel, que l'histoire de ces deux biens dont la possession est en somme le seul objectif de l'humanité : la liberté et le bienêtre?
Or ces deux biens n'ont entre eux aucun lien positif; ils ne s'appellent pas, ils ne s'engendrent pas l'un l'autre : les temps passés le démontrent clairement. Dans une société civilisée, il peut arriver, il arrive quelquefois, qu'un homme meure de faim; cela n'arrive jamais à un cheval. Sans aller jusqu'au décès par inanition, il est des misères dont souffrira maint électeur et que n'endurera jamais un bœuf. Les conditions économiques dans lesquelles ces animaux sont placés les préservent, durant la vie, de certaines privations dont la civilisation ne préserve pas toujours des hommes. Un esclave que son maître peut battre ou tuer est plus à l'abri de certains dénûments que bien des travailleurs maîtres de leur existence.
Prenons le serf du moyen âge : il vit dans un pays où la population est rare, où la plupart des produits de la terre sont à bas prix. Il jouira donc, tout serf qu'il est, d'un nombre de kilogrammes de pain ou de viande, de laine ou de bois, comparativement plus grand que le journalier libre des xvn*" et xvHi'' siècles, qui doit partager, avec vingt millions de concitoyens, des denrées dont la somme n'a pas augmenté autant que le nombre
des bouches à nourrir. Est-ce à dire que le moyen âge, dans son ensemble, vaille mieux que les temps modernes? La civilisation, en créant l'épargne, en morcelant le sol et en consacrant la propriété exclusive de quelques individus, en multipliant les habitants surtout et en faisant par là renchérir les vivres, a été jadis défavorable à Têtre qui n'avait que ses deux bras pour toute fortune. Chaque paire de bras représentait une bouche; la bouche de ce nouveau convive qui arrivait ainsi, lorsque déjà tant d'autres étaient à table qui avaient peine à se suffire, paraissait de plus en plus importune; ses bras semblaient de moins en moins nécessaires. Notre XIX'' siècle a trouvé le moyen d'accueillir beaucoup de nouvelles bouches et d'utiliser beaucoup de nouveaux bras. Il a su renouveler, au profit des travailleurs, le miracle de la multiplication des pains. Les bras et les bouches ne se déclarent pas encore satisfaits, puisque les premiers trouvent qu'ils ont trop à faire et les secondes qu'elles n'ont pas assez à manger; mais qui donc est jamais satisfait en ce monde? On verra si nos contemporains, comparés à leurs aïeux immédiats, sont bien fondés à se plaindre.
La mesure universellement admise des prix du travail, c'est la journée du manœuvre, la rémunération de la force brutale, dépouillée autant que possible de science et d'inlelligence. Les exemples des salaires de ce genre sont rares au xiii® siècle. Presque tous les journaliers sont alors, ou des
serfs qu'on ne paie point ou des vassaux que l'on a, une fois pour toutes, payés en terres. Les relations d'homme à homme étaient alors exclusivement féodales; le féodalisme s'était fourré partout. L'on prêtait hommage-lige à un voisin pour cinq cents francs dont il vous faisait cadeau en espèces — féodalité financière. — Ile même on s'assurait les services perpétuels d'un boulanger ou d'un charron moyennant l'octroi de quelques hectares labourables — féodalité ouvrière. — Brasseur, berger, messager, forgeron, tous sont fiefs. Toute besogne, tout achat, apparaissent ainsi sous forme fieffée aux gens du moyen âge. Au lieu de payer son cordonnier ou son tailleur, le rentier, laïque ou clerc, passe avec eux des contrats à perte de vue, compliqués et éternels. Chacune des parties concédait des avantages et se soumettait à des obligations qui parurent peu à peu aussi gênantes aux employeurs qu'aux employés.
Si ces derniers ont une postérité abondante, la terre qui constitue leur rétribution passe à une collectivité assez nombreuse : le fief du vacher de telle abbaye normande est représenté, en 1400, par sept personnes, celui du vigneron par quatorze, celui du maréchal par plus de vingt. En ce cas. l'aîné du fief en rend le service, taille les vignes, ferre les chevaux. Avec ces emplois héréditaires il arriva, au bout de plusieurs générations, qu'une charge incombant dans le principe à un chevalier échut à des paysans, qu'au contraire un métier peu
illustre, comme celui de portier, ou exigeant un minimum de compétence, comme celui de cuisinier, vint en partage à des bourgeois qui se substituèrent des remplaçants quelconques. Mieux valait, en pareil cas, se rendre mutuellement sa liberté. C'est ce que firent, du xm^ au xvi'' siècle, des conventions intervenues pour détruire ce que les conventions antérieures avaient cru organiser à jamais. Un « queu » fieffé se libère, en 1524, par une rente en argent, de l'office dont il est encore tenu.
Aucune époque ne s'est plus efforcée de combiner entre les individus des rapports immuables; aucune n'a été ensuite plus embarrassée de son œuvre et n'a plus souffert pour Tanéantir. Les prix de toutes cboses étant dans un mouvement perpétuel, ces marchés permanents qui avaient satisfait, le jour de leur conclusion, l'intérêt réciproque des deux parties, cessaient, au bout de très peu de temps, de plaire à l'une ou à l'autre. Tantôt le maître estimait payer trop cher, tantôt le travailleur se jugeait payé trop bon marché. Le travail fieffé était, autant qu'on en peut juger, très largement rémunéré au xiii^ siècle; non pas que les particuliers de ce temps fussent plus généreux que ceux d'aujourd'hui, mais simplement parce qu'ils en avaient fixé, à l'origine, le prix invariable en une monnaie — la terre — qui avait, depuis, augmenté de valeur. Un terrassier qui jouit d'un fief de 7 hectares et demi, en 1270, doit, comme rede-
vancc, labourer, ensemencer de blé et moissonner 54 ares de terre, faucher et engranger le foin de 27 ares de pré. Au prix actuel ces diverses façons agricoles représentent une centaine de francs^ si le cultivateur fournit la semence; tandis que le revenu de 7 hectares et demi, par lequel ce travail est jadis rétribué, correspond présentement à un chiffre moyen de 37o francs. L'écart entre la valeur de la main-d'œuvre et celle de la terre était donc ici, au xm^ siècle, trois fois moindre qu'il ne l'est de nos jours.
Ces inféodalions s'étant faites librement, il avait fallu, pour que le seigneur et le vilain tombassent d'accord qu'à une heure donnée la possession des 7 hectares et demi fût aussi avantageuse à l'un que l'était à l'autre l'exploitation des 80 ares en blé et en herbe. C'était le résultat d'une situation économique qui s'imposait. On ne saurait en faire honneur politiquement au régime féodal, pas plus qu'on ne serait fondé à louer la générosité du gouvernement des Etats-Unis d'avoir vendu, depuis cinquante ans, pour 10 francs Theclare, nombre de surfaces fertiles aux colons européens. Seulement il n'est pas niable que la condition de l'ouvrier fieffé du xui*' siècle ait été avantageuse et que son salaire, évalué en argent, ait à cette époque singulièrement progressé. Ce qui le prouve, c'est que les maîtres d'alors offrent fréquemment aux prolétaires ruraux une prime pour annuler les anciennes conventions. Un monastère rachète ainsi, sous
Philippe le Hardi, les emplois de charretier, de gardeur de porcs, de fournisseuse héréditaire du fil à coudre — moyennant 560 francs, — afin de supprimer en même temps les distributions de lin et de chanvre qui constituaient le paiement de cette dernière. Il fallait que les propriétaires, pour agir ainsi, eussent la certitude de se faire servir à meilleur compte, soit par des paysans affieffés à des conditions nouvelles, soit par des colons indépendants.
Cependant ce travail libre était lui-même bien payé : un faucheur gagne, en 1200, o fraucs par jour de notre monnaie, en tenant compte et de la valeur intrinsèque du métal et de sa valeur relative par rapport au prix de la vie — de la puissance dCachat de l'argent, — ainsi que seront établis tous les chiffres qui vont suivre*. Les journaliers de Languedoc et de Normandie reçoivent, en 1240, 2 francs; et si, à Paris, la journée des porteurs d'eau de saint Louis n'est que de 1 franc, c'est qu'ils sont nourris et logés au palais royal et qu'il s'agit de gages assurés pour toute l'année. Comparées aux salaires actuels, que Ton évalue, pour le manœuvre non nourri, à 2 fr. 50, et pour le
1. Ce procédé a pour but d'épargner au lecteur des calculs perpétuels et fastidieux. Voyez notre Histoire économique de la propriété, t. I, p. 27 et 62. Ainsi le journalier touche 6 deniers tournois en 1240; ces 6 deniers valent intrinsèquement 0 fr. oO, parce qu'ils signifient 2 grammes et demi d'argent fin, et comme ces 2 grammes et demi d'argent fin ont une puissance d'achat quatre fois plus forte que celle qu'ils ont aujourd'hui, les iiO centimes de 1240 correspondent à 2 francs de 1899.
manœuvre nourri, à 1 fr. 50 par jour, les rétributions du XIV® siècle ne leur sont pas inférieures. Celles que nous avons recueillies fournissent une moyenne de 2 fr. 34 entre 1301 et 1325, de 2 fr. 80 de 1326 à 1350, de 2 fr. 70 de 1351 à 1375, pour la journée des laboureurs, vendangeurs, bûcherons, batteurs en grange. Les plus heureux vont jusqu'à 4 fr. 20; les moins favorisés descendent à 1 fr. 40; on constate, dans notre France de 1899, des différences semblables , et même de plus grandes, suivant les départements et les saisons. Or les moyennes qui précèdent, résumés de chiffres venus des quatre points cardinaux et puisés à mille sources diverses, s'appliquent à V ensemble de Vannée. On tomberait dans de singulières exagérations, si l'on ne prenait pas garde que les salaires de moisson ou de vendange — les plus nombreux et aussi les plus hauts de ceux que l'on rencontre dans les comptes, parce qu'en ces périodes beaucoup de gens embauchaient des ouvriers supplémentaires — ne sont pratiqués que durant des moments assez courts.
Le traitement de l'homme le plus bas placé dans la hiérarchie laborieuse était donc égal à ce qu'il est aujourd'hui et certainement plus avantageux qu'il n'a été de 1801 à 1840. Il était impossible qu'il en fût autrement, si l'on se reporte aux conditions de la France entre 1301 et 1350. Les causes qui favorisaient alors le travailleur rural sont analogues à celles qui faisaient payer, il y a
trente ans, un manœuvre du Far-West 12 et 15 francs par jour. Quand on peut devenir propriétaire sans bourse délier, comme au temps de Philippe de Yalois, et cultiver son propre fonds, personne ne veut plus cultiver la terre d'autrui. Pour que ce serf affranchi, à qui son maître d'hier, devenu simplement son seigneur, « accensait » le sol à discrétion, consentît à travailler à la tâche, il fallait qu'il n'eût pas en poche les quelques dizaines de francs indispensables à l'achat du matériel sommaire d'une petite exploitation. C'est pourquoi les services de l'ouvrier agricole furent à plus haut prix sous Jean le Bon que sous Louis XVI. Il en est de même des femmes employées aux besognes des champs, dont on évalue aujourd'hui le salaire moyen à 90 centimes, quand elles sont nourries, et 1 fr. 50 quand elles ne le sont pas. Elles gagnaient en moyenne, au xiv^ siècle, i fr. 80 sans nourriture, en Normandie ou en Champagne; et les faneuses de FAnjou n'ont que 1 fr. 50, mais les vigneronnes de la Lorraine ont 2 fr. 10.
Que serait-il advenu de cette prospérité d'un pays que Froissart nous dit être « gras, plein et dru, les gens riches et possédant de grands avoir », si la guerre de Cent Ans ne fût venue brusquement l'interrompre? Sans doute la population eût continué à s'accroître, le sol eût été rapidement utilisé. Le contraire arriva; avec la fin du xiv^ siècle commence une ère navrante où la civilisation, rudement, fut refc^lée en arrière; la terre tomba
au XV® siècle à moins du cinquième des prix qu'elle avait naguère atteints. Mais les salaires augmentèrent à mesure que le pays se dépeuplait. Au lieu de 2 fr. 70 sous Charles V, le manœuvre gagna 3 fr. 15 sous Charles VI et 3 fr. 60 sous Louis XI. De son côté la journalière rurale qui recevait, en 4326-1350, 1 fr. 80, acquiert, de 1401 à loOO, une paye normale de 2 fr. 25 à 2 fr. 30. Les hras mâles ou femelles, les simples bras du xvc siècle sont moitié plus rémunérés que ceux du xix% si Ton n'envisage que le taux de la journée.
Les travaux auxquels s'appliquent les chiffres qui précèdent sont tous de la nature la moins compliquée, travaux des champs pour la plupart : tasseurs de foin, hotteurs de raisins, scieurs de bois, faucheurs ou laboureurs, les moindres d'entre eux touchent 1 fr. 20 s'ils sont nourris, et 2 fr. 40 s'ils ne le sont pas; les mieux rétribués ont jusqu'à 3 francs avec nourriture et jusqu'à 6 francs lorsqu'ils se nourrissent à leurs frais. Les femmes occupées à cueillir du lin ou des pommes, à sarcler ou à blanchir le linge, touchent de 1 fr. 25 à 3 fr. 50. Et cela dans les diverses provinces, au nord ou au sud de la France, sans que l'on puisse discerner une supériorité quelconque du journalier urbain : en efïet les hommes de peine — « sommeliers du corps » — de la maison royale ne reçoivent pas plus de 1 fr. 50 en 1380; les balayeurs de Paris n'obtiennent pas davantage au début du règne de François P'; les uns et le? autres étant, bien
SALAIRES DES DOMESTIQUES DE i200 A 1525 15
entendu, nourris. Le journalier de Bayreuth, en Bavière, recevait, dans les mêmes conditions, un salaire identique ; celui d'Augsbourg avait 3 francs, mais sans aliments, et ceux d'Angleterre un salaire un peu plus élevé, 3 fr. 50 à 3 fr. 80, qui se rapprochait par conséquent beaucoup de notre moyenne française. Ce n'est pas une des moindres singularités du moyen âge que le faible écart de ces chiffres, d'un pays à l'autre, au xv^ siècle.
Par combien de jours faut-il multiplier cette paie quotidienne pour connaître le salaire annuel? Le nombre des jours chômés a beaucoup varié sous Tancien régime suivant les siècles, les régions et, dans chaque région, suivant la nature du travail. Si l'on en croyait Boisguillebert, il n'y aurait pas eu dans l'année plus de 200 jours où il fût permis de se livrer aux « œuvres serviles ». Les magistrats, à en juger par leur calendrier, respectaient avec scrupule 89 fêtes d'obligation, en plus des dimanches; mais de tout temps, les administrations publiques chôment plus volontiers que la classe ouvrière. Il est par exemple inadmissible que le paysan ait jamais consenti à se croiser les bras au mois d'août, en pleine récolte, pendant les quinze jours que les gens du Tiers État classaient comme « non ouvrables ». Mais on peut considérer que, sur les onze autres mois, étaient répartis, en susdes jours où le cultivateur se repose aujourd'hui volontairement, une cinquantaine de jours de chômage obligatoire : soit 250 jours de labeur par an.
La comparaison du salaire des Journaliers nourris avec celui des domestiques de ferme tend à prouver que la durée du travail était autrefois moindre que de nos jours : il a dû exister de tout temps, entre ces deux salaires, une marge représentant la somme des dépenses incombant au journalier et non au domestique, telles que le loyer, l'éclairage, le chauffage; et Técart n'a jamais pu représenter beaucoup plus que ces dépenses. La journée du manœuvre nourri, à 1 fr. 50, donne aujourd'hui, multipliée par 300, 450 francs par an, soit 400 francs de plus que le salaire du domestique, évalué à 350 francs. Proportionnellement le journalier semble moins payé que le domestique. Il a pu Tètre davantage au temps jadis. Le service personnel était aussi honorable et noble, aux xiv^ et xv« siècles, qu'il est discrédité dans l'esprit de nos travailleurs contemporains, et si l'état de domestique s'est depuis cent ans amélioré plus que tous les autres, sous le rapport du salaire, c'est précisément parce qu'il a été moins recherché par les salariés.
Mais en admettant l'influence de ce courant d'opinion qui a dû faire monter les gages du serviteur rural et baisser ceux du journalier, il serait toutefois inexplicable que les propriétaires d'il y a quatre et cinq cents ans se fussent plu à donner bénévolement aux seconds le double de ce que leur eussent coûté les premiers. Si le manœuvre nourri du XIV® siècle, payé 4 fr. 40 par jour, eût travaillé trois cents jours, il aurait eu au bout de Tannée
420 francs, tandis que le valet de ferme n'avait alors que 192 francs. Le salaire moyen du domestique de 1899 représente deux cent trente trois journées du manœuvre nourri : jamais cette proportion n'a été atteinte au moyen âge. Du xiii^ siècle au xvi« le salaire du domestique équivaut au maximum à cent quatre-vingt-sept journées et au minimum à cent cinquante journées de manœuvre nourri. De sorte qu'en attribuant au manœuvre nourri, comme revenu annuel, le produit de deux cent cinquante jours de travail seulement dans les siècles passés, on trouve encore, entre ce revenu et les gages du domestique, un écart plus grand qu'aujourd'hui. Le fait est d'autant plus notable que les dépenses incombant au journalier et non au domestique, notamment le chauffage et le loyer, sont au nombre de celles qui ont le plus augmenté. Cette observation confirme ce que je disais tout à l'heure, que la condition du journalier était meilleure autrefois que celle du domestique, tandis que c'est le contraire en 1899. Il y avait pourtant, j^roportionnellement au nombre d'hectares cultivés, plus de bras dans les campagnes : d'abord parce qu'il en fallait davantage pour la culture — le batteur au fléau avait en grange de la besogne pour une partie de l'hiver; — ensuite parce que beaucoup des moissonneurs et des faneuses étaient des ouvriers de métier, fileuses ou tisserands souvent, qui quittaient le rouet ou la navette pour la fourche ou la faucille. S'il y avait aujourd'hui, avec les
machines agricoles et rorganisation mécanique de l'industrie textile, autant de monde aux champs qu'il y en avait au xv'' ou au xvi® siècle, comme le souhaitent ceux qui se plaignent de la dépopulation des campagnes, les malheureux laboureurs, privés d'ouvrage, crèveraient de faim durant dix mois de Tannée.
Pas plus que ceux de 1899 les domestiques de ferme d'autrefois n'étaient habillés aux frais de leurs maîtres; la preuve, c'est que, dans un bon nombre de contrats, il est stipulé que ces derniers fourniront aux hommes une robe, un chaperon, aux femmes une jupe, un surcot, aux uns et aux autres quelques aunes de toile ou quelques livres de laine, mais les gages monnayés subissent toujours une réduction proportionnée à l'importance de ces objets de toilette, et il importe peu qu'ils soient remis en nature par le maître, du moment oii le serviteur paie leur prix en argent.
Comme les salaires des manœuvres, les gages des domestiques ruraux s'élevèrent du xni" au XV® siècle : de 1276 à 1323, la moyenne est de 180 francs par an; de 1326 à 1350, elle fut de 192 francs; dans la seconde moitié du siècle, elle se hausse à 242 francs; puis, en 1401-1450, elle passe à 320 francs, et à 342 francs en 1451-1475. Ces gages étaient, comme on voit, presque équivalents à ceux de nos jours; ce fut, on vient de le dire, le point culminant de la courbe des prix du travail; mais à cette même date le journalier, avec
ses 3 fr. 60 par jour, se faisait 900 francs avec un labeur de 250 jours par an, c'est-à-dire 20 p. 100 de plus que le journalier de 1899 avec un labeur de 300 jours.
Les moyennes qui précèdent recouvrent naturellement de grandes inégalités : nous ne regarderons pas, il est vrai, comme des domestiques, ces « charretiers à pied », ou à cheval, dont les uns reçoivent 5 francs et les autres 10 francs par jour pour convoyer l'armée de Louis IX en 1231, ou celle de son fils en 1285; il s'agit ici d'un service militaire — le train des équipages, — non d'un service agricole, et tout ce qui a trait à la guerre est fort bien payé en ce temps-là. Nous ne comprendrons pas non plus, dans la catégorie des adultes employés à l'exploitation rurale, les bambins auxquels on ne donnait que 20 francs par an et quelquefois 12 francs. Le besoin de bras, la hausse des gages, multiplia, dès la fin du xiv*' siècle, les embauchages de petits êtres saisis par le travail à des âges invraisemblables. Tel père loue pour un an et demi, comme servante, sa fille âgée de huit ans; tel autre « baille » pour neuf ans, à un fermier voisin, « le corps d'une sienne fille âgée de qualre ans ». Les liens de famille ne sont pas un obstacle à ces engagements : des fils se louent comme serviteurs chez leurs pères, avec leurs femmes et leurs enfants, au nom desquels ils se portent garants. Dans les mœurs d'une époque qui sortait à peine du servage, il ne pouvait s'attacher
aucune idée humiliante au service domestique. Le peuple des campagnes, au sein duquel le mouvement des idées s'opère avec plus de lenteur, n'a pas encore là-dessus la même manière de voir que celui des villes : il est aujourd'hui nombre de métayers et de curés de village qui ont chez eux leur sœur comme servante appointée. Les valets ne mangent-ils pas à la ferme à côté des maîtres, dont la prérogative est seulement d'occuper à table le « haut bout »?
Dans la hiérarchie du faire-valoir rural, le petit berger, le gardeur de porcs, le « petit valet pour les chevaux » tiennent le plus bas degré : ils touchent 80 à 100 francs par an. Beaucoup de ceux d'aujourd'hui, à âge égal, n'ont pas autant. Les « bons valets de charrue », bouviers, vachers, domestiques, batteurs en grange, constituent le gros de l'efTectif; leurs gages variaient de 200 à 350 francs suivant la capacité; enfin, au haut de l'échelle, sont les charretiers — comme de nos jours, d'ailleurs, le « fin charretier » était un personnage rare, — on lui donnait jusqu'à 400 et 500 francs par an.
Comparera-t-on à ces valets rustiques les serviteurs attachés, dans le « plat pays » ou dans une « bonne ville », non à la terre, mais à la personne d'un bourgeois ou d'un châtelain? Si l'on néglige ceux qui ont une aptitude spéciale, cochers, cuisiniers, etc., et si l'on ne s'occupe que de la province — les gages des hommes à ParifS étant aujourd'hui
oxceptionnellement élevés, — on remarque que les domestiques de l'intérieur ressortent à fheure actuelle en moyenne à 370 francs, contre 3o0 francs pour ceux de la ferme. La même analogie de traitement se retrouve au moyen âge. Il faut naturellement laisser de côté les privilégiés : le valet de chambre de saint Louis payé 728 francs, ou le barbier-valet de Charles le Sage qui recevait 2 000 francs; comme aussi les valets de princes, bien que celui du comte d'Artois ne soit pas appointé plus de 550 francs au xiv^ siècle, et celui de la comtesse de Savoie plus de 316 francs en 1299. Encore moins doit-on ranger dans la simple domesticité les semi-fonctionnaires auxquels incombent les emplois cynégétiques des châteaux opulents : un fauconnier qui touche 3 300 francs, un veneur qui touche i 500 francs. On pourrait plutôt y faire rentrer les pages — à 190 francs par an en 1313, — puisque aux xiv* et xv^ siècles ces jeunes gens, poétisés par le roman et le théâtre, joignaient à leur service d'honneur les tâches les plus vulgaires, voire les plus malpropres. Le valet d'un rentier urbain, d'un curé, d'un marchand, d'un notaire, avait des gages peu différents de ceux du domestique de ferme, un peu plus bas cependant, tandis qu'aujourd'hui ils sont un peu plus hauts. On en rencontre depuis 150 francs au XIV* siècle, et les plus favorisés vers la fm du XV* siècle ne dépassaient pas 300 francs dans les familles bourgeoises. Des gages de 500 francs,
comme en donne la comtesse d'Angoulême, mère de François I", en 1497, ou 600 francs, ainsi que paye à la même époque la vicomtesse de Rohan, sont vraiment hors de pair.
On en peut dire autant des « valets de chariot » — cochers — et palefreniers, des cuisiniers à la journée qui se font 5 francs par jour à Paris, au xni® siècle, ou des « queux » de grande maison, auxquels on paye jusqu'à 600 francs de gages chez le duc d'Orléans fils de Philippe VI, et jusqu'à 1 000 francs chez le prince de Piémont. Ceux des simples particuliers ont depuis 500 francs jusqu'à 300, chiffre dont se contente le chef de cuisine de l'évêque de Troyes. Si THôtel-Dieu de Paris paye ce dernier prix, d'autres hospices trouvent à meilleur marché à qui confier la direction de leurs casseroles. Quant aux aides, aux « valets d'escuellerie », ils descendent à 100 francs et ne dépassent jamais 250. On rencontre même en Allemagne des marmitons à 40 francs par an. Le reste du personnel qu'ahritait le manoir féodal et dont l'effectif variait selon le rang et la richesse des maîtres, depuis une douzaine de personnes chez des seigneurs ordinaires jusqu'à deux cents chez la duchesse de Bourgogne, avait une condition analogue. La diversité de leur traitement en numéraire vient de l'importance plus ou moins grande de leurs loisirs et des bénéfices en nature qui leur sont concédés.
Pour les domestiques femmes, la distinction
entre celles des fermes et celles des bourgeois offre moins d'intérêt que pour les hommes; non seulement parce que les salaires des unes et des autres se ressemblent, mais aussi parce que leurs fonctions, du xiu® au xvi® siècle, différaient peu dans les petits ménages urbains, oij elles traient la vache et font la litière du cochon, de leur emploi aux champs, oii elles poussent le rouet et remplissent la marmite dans l'âtre. La moyenne des unes et des autres, servantes de ferme et d'intérieur, « chambeliëres » ou filles de basse-cour, balayant la salle ou battant en grange, bonnes à tout faire, suivant l'expression moderne, est de 108 francs de gages au xiv^ siècle, de 145 francs au xv% où, comme les hommes, elles ont enchéri. La moins payée ne touche qu'une soixantaine de francs chez un charretier; une vachère, « servante à la cour », près d'Orléans, n'a guère davantage; mais une chambrière de chanoine a 135 francs; une lavandière de ville en a 200. Au-dessus de cette plèbe de la domesticité est l'élite, naturellement peu nombreuse, les « femmes de chambre » des châtelaines, dont les gages n'ont pas de règles et vont à 500 francs et même à 750 chez une princesse, belle-sœur du roi. Les cuisinières, quelexix® siècle traite avec une faveur marquée, étaient à peu de chose près sur le même rang que les autres servantes. Quant aux nourrices, leur lait est payé suivant sa destination : celles de l'Hôtel-Dieu de Paris n'ont que 45 francs sous Louis XII, celle d'un
bourgeois d'Angers avait 110 francs, tandis que la nourrice d'une princesse avait 500 francs et que le sein qui alimente, au xm^ siècle, un frère de Philippe le Bel est appointé à 9 francs par jour, allaitement exceptionnellement coûteux, puisqu'il ferait ressortir l'année entière à 3 285 francs.
Si nous rapprochons le salaire des servantes de celui des journalières nourries, nous voyons que l'écart entre ces deux catégories est très certainement supérieur à la somme des dépenses dont la première est dispensée et qui incombent à la seconde. On en doit conclure que journalières ou manœuvres, travaillant 250 jours par an, ont été beaucoup mieux rétribués au moyen âge que les domestiques des deux sexes; ce qui est le contraire aujourd'hui, quoique les manœuvres travaillent 300 jours. Il y a là un phénomène positif, quoique singulier : les servantes de ce temps étaient moins payées que celles du nôtre, les journaliers l'étaient davantage qu'aujourd'hui.
Autre matière à réflexion : la proportion variable du salaire des hommes à celui des femmes, dans la suite des âges. On évalue en 1899 la journée des uns à 2 fr. 50, celle des autres à 1 fr. 50, c'est-à-dire aux trois cinquièmes — GO p. 100; — mais il s'en faut de beaucoup que ce rapport soit uniforme sur tout le territoire de la République. Ceux d'entre nous qui habitent la campagne peuvent s'en rendre compte par leur expérience personnelle. Les salaires masculins
sont plus élevés dans tel département où les salaires féminins sont bas, que dans tel autre où les femmes sont mieux rénumérées. Quelle est la cause de cette anomalie? Les ennemis du travail féminin se hâteront de répondre que la faute en est au sexe faible, qui fait, par sa concurrence, baisser le prix du travail des hommes. Mais comment se pourrait-il faire alors que, dans les districts où un plus grand nombre de femmes travaillent, elles soient mieux rétribuées que dans ceux où il y en a peu à aller en journée; qu'en un mot leur travail soit plus cher quoique plus abondant?
Nous venons de dire que la journée de femme équivaut aujourd'hui à GO p. 100 du prix de la journée d'homme. Dans l'espace de quatre cents ans (1200-1600) le rapport entre les bras mâles et femelles varia au point de faire estimer ceux-ci jusqu'aux trois quarts du prix de ceux-là, à la fin du xiv^ siècle, et de déprécier ensuite au xv^ le labeur des femmes jusqu'à près de moitié seulement de celui des hommes. Quelle a été la cause de ce changement, et ne faut-il pas dire, en retournant l'argument de ceux qui cherchent de nos jours à entraver le travail féminin pour faire hausser le masculin, que c'est au contraire la baisse de la paie masculine, provoquée far des causes indépendantes des salariés^ qui, amenant la gêne du ménage, contraignit un plus grand nombre de femmes à solliciter de l'ouvrage et à en restreindre la valeur par leur mutuelle concurrence?