SALAIRES DES OUVRIERS DE MÉTIER (I6OO-I8OO) 4 H
tuer, dans le sein de chaque industrie, une aristocratie de maîtres et d'interdire, à la plèbe des salariés, l'accès du travail indépendant. Une statistique de la population parisienne faite en 1637 par les commissaires au Cbâtelet — commissaires de police actuels — nous apprend que les 112 corps de métiers se composaient de 13 500 maîtres, contre 39 000 compagnons âgés de plus de vingt ans et de 5 600 apprentis; soit 3 ouvriers adultes seulement pour 1 patron. Il y a proportionnellement aujourd'hui dans la capitale, sous le régime de la liberté — même dans la petite industrie, — deux ou trois fois moins de « maîtres » qu'il n'y en avait voici deux cent soixante ans. Une profession présentement encombrée est celle des boulangers; j'ai cité, dans un chapitre précédent, les chiffres excessifs qu'ils atteignent en certaines localités. Or cet excès jadis était bien plus grand. Pour 2 500 000 âmes le Paris de 1899 contient \ 522 patrons boulangers; pour 500 000 âmes, le Paris de 1721 en contenait 757; ce qui revient à dire que, pour 10 000 habitants, il se trouvait 15 boulangers sous le Régent, et qu'il s'en trouve moins de 7 sous la troisième république.
Mêmes différences en province : la ville de Sens, qui possède aujourd'hui deux fois plus d'habilanls qu'il y a cent trente ans, renfermait en 1767, dans la plupart des métiers, beaucoup plus de patrons qu'en 1899; 25 cordonniers naguère au lieu de 13 maintenant, 11 marchands de draps au lieu de 8,
24 menuisiers au lieu de 9, et ainsi de suite pour les autres corps d'état.
La ville de Périgueux, dont la population est en 1899 de 29 000 habitants et qui n'en possédait pas plus de 6 000 en 1801, n'en avait peut-être que 4 000 en 1674. Toutefois, il y a deux cent vingt-cinq ans, elle comptait 30 boulangers et présentement elle en compte 36; elle avait 24 cordonniers et n'en a plus que 10; 18 tailleurs jadis, aujourd'hui 15; 14 chapeliers, dont il ne reste que la moitié; elle contenait 4 arquebusiers et 9 fourbisseurs contre 5 armuriers actuels, etc., etc. Quelques branches de commerce ou d'industrie sont de nos jours plus remplies; il existe un plus grand nombre d'épiciers, d'imprimeurs, d'horlogers; mais la consommation des montres, des journaux et des « denrées coloniales », n'étant pas comparable à ce qu'elle était il y a deux siècles, cette augmentation ne peut tirer à conséquence. Certaines professions se ressentent de la révolution causée par les manufactures. Le Périgueux de Louis XIV avait 12 drapiers-merciers et 15 tisserands; le Périgueux d'aujourd'hui n'a plus de tisserands mais il a 16 merciers et 14 drapiers ou marchands de nouveautés, en gros et en détail.
Bref, malgré les entraves plus apparentes que réelles dont l'organisation du travail entourait jadis le patronat, il y avait beaucoup plus de maîtres autrefois que de nos jours. Et s'il n'y en avait pas davantage encore, ce n'est pas à cause des reslric-