‹ Paysans et ouvriers depuis sept cent ansChapitre 24 sur 52 · SALAIRES DES OUVRIERS DE MÉTIER (I6OO ISOO · texte numérisé non relu

SALAIRES DES OUVRIERS DE MÉTIER (I6OO ISOO

nous voyons au xvii'' des apprentis de six ans. Les statuts des « maîtres et marchands tapissiers » ont soin d'interdire de les prendre au-dessous de cet âge. Si leurs débuts ont été plus tardifs, ceux que Ton nomme encore « apprentis » gagnent à la fin quelque demi-salaire, et ne diffèrent que par l'étiquette du garçon actuel de moins de quinze ans, dont la journée dans la grande industrie est de 1 fr. 30, tandis que celle des adultes de quinze à vingt et un ans est de 2 fr. 50 et celle des individus majeurs de 3 fr. oO.

Puis, et c'est là une remarque capitale, qui ressort de la comparaison des divers contrats, les longs apprentissages sont ceux qui ne coûtent rien aux parents. Ceux pour lesquels on payait aux patrons des sommes équivalentes à celles de 1899, ne sont pas plus longs que les nôtres. Seulement un grand nombre de familles, ne disposant que d'un pécule insuffisant, préféraient sans doute abandonner pendant un ou deux ans de plus les services gratuits de leurs enfants. Aujourd'hui la durée moyenne de l'apprentissage d'un maréchal est de vingt-cinq mois, son coût moyen est de 162 francs. En 1610 un maître maréchal de Seine-et-Oise prend un apprenti qui restera chez lui trois ans, mais qui ne lui paiera rien. Un autre reçoit un apprenti qui s'engage à demeurer quatre ans, mais qui, à la fin des quatre ans, touchera 1 08 francs. Ne veut-il passer, comme maintenant, que deux ans chez son maître? l'apprenti maréchal devait lui verser 200 francs.

L'apprentissage du tailleur coûte présentement 133 francs et dure vingt-sept mois; celui d'un couturier de Soissons sera de deux ans en 1547 et coûtera 120 francs. De nos jours la couturière paie 94 francs pour apprendre son métier en deux ans; la durée est la même en 1611 et le prix est d'environ 144 francs. L'apprenti cordonnier passe aujourd'hui vingt -six mois avant de devenir ouvrier et il débourse 134 francs; au xvn" siècle le cordonnier des environs de Paris donnait trois ans de son temps et seulement 108 francs d'argent. Ceux qui ne passent que deux ans au xvui" siècle versent en moyenne 175 francs. L'apprentissage du tapissier monte aujourd'hui à 192 francs, a Maître Jean Poquelin le jeune », un frère de Molière, se montrait plus exigeant en 1655; il prenait 326 francs. Mais de simples passementiers dressaient en ce temps-là des élèves pour 124 francs — toujours en monnaie de nos jours.

Pour faire un bon boulanger il suffit maintenant de seize mois et d'une somme de 136 francs; leur apprentissage variait autrefois de six mois à deux ans; dans le premier cas le néophyte devait verser 225 francs, tandis que dans le second il n'en donnait que 64. Le futur boucher reste aujourd'hui dix-sept mois chez son maître etlui paie 182 francs; au xvii" siècle il restait parfois trois ans, mais il ne payait rien. Il semble oiseux de multiplier les exemples; on voit clairement l'économie de ces conventions : l'apprenli pauvre s'acquittait en ira-

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vail au lieu de s'acquitter en espèces. Mais ni la durée ni le coût de l'apprentissage ne subissaient vraiment le joug des lois restrictives de la liberté. Les salaires des ouvriers de métier ne le subissaient pas davantage. Et plus on allait pourtant, plus on restreignait, plus on prohibait, plus on tyrannisait! Outre les privilèges des corporations, il faut compter avec la toute-puissance des conseils de ville. Le travail est un domaine dans lequel toutes les autorités possibles sont chez elles et ont droit de commander; le seul qui ne soit pas chez lui c'est le travailleur isolé, celui-là n'a que le droit d'obéir. Pour exercer le commerce de la boucherie, il faut, en bien des localités, passer avec les jurades un bail minutieux, oii, non seulement les prix de la livre de bœuf, de mouton et de porc, mais aussi la quantité de gigots à laquelle chaque habitant peut prétendre, la façon dont on coupera et débitera la viande, sont soigneusement spécifiés. Et quand les pouvoirs publics n'avaient pas légiféré sur la matière, les confréries s'en étaient depuis longtemps emparées. On connaît leurs disputes mémorables les unes avec les autres, les homériques procès auxquels elles se plaisent, les formalités graves qui président à la cooptation des nouveaux membres. A voir les cérémonies, les serments et les onctions laïques qu'il faut pour affilier à Paris un cordonnier aspirant à la maîtrise, on dirait qu'il s'agit de graduer un docteur ou de consacrer un prêtre!

Dans le sein de chaque communauté quelles contentions, s'il s'agit des dignités, entre les ambitieux « jurés chapeliers », les « généraux des œuvres de maçonnerie » ou les « gardes du mélior des orfèvres », qui veulent rentrer dans la jurande plus souvent qu'à leur tour, et, s'il s'agit des marchandises, quels nids à chicane que ces vétilleux articles qui forment le codex de chaque industrie, la nature des matières premières, les détails et les dessous de leur façonnage, imposés sous peine d'amende, toute la collection des « manuels Rorot » versée dans la législation! Et le tout aboutissant à l'impuissance, particulièrement en ce qui concerne les salaires des diverses professions, qui ne sont pas plus affectés par cet appareil qu'un chêne ne l'est d'un coup de poing.

Ils demeurent en effet très bas, ces salaires des xvn^ et xvni^ siècles, et la proportion de 3 à 4, que nous remarquons en 1899 entre la paye du journalier et celle de l'ouvrier de métier, et qui avait aussi existé au moyen âge, se maintient dans les temps modernes. La journée du maçon, type moyen de l'artisan, oscille au xvn® siècle de 3 francs sous Henri IV à 2 fr. 30 sous Golbert, contre 2 fr. 28 à 1 fr. 70 donnés au journalier. Au xvni" siècle le maçon gagne de 2 fr. 84 au temps du ministère de Fleury à 2 fr. 30 au moment de la Révolution, pendant que le manœuvre recevait 2 fr. 10 ou 1 fr. 64. Les deux genres de labour se trouvent en définitive, aujourd'hui qu'ils sont libres tous deux,

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