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dans la même situation vis-à-vis Vun de Vautre que lorsque l'un des deux était l'objet d'une protection spéciale.
De même les différents corps d'état étaient entre eux, au point de vue du salaire, dans le même rapport où ils sont aujourd'hui, où ils avaient été au moyen âge. Le maçon est actuellement payé 3 fr. 40, le charpentier 3 fr. 70, le peintre 3 fr. SO; aux XVII* et xviii^ siècles le maçon recevait, avonsnous dit, de 3 francs à 2 fr. 30; le charpentier gagna en moyenne suivant les époques de 3 fr. 18 à 2 francs; le peintre et le couvreur de 3 fr. 30 à 2 fr. 50. Aux mêmes époques ces professions haussèrent, aux mêmes époques elles baissèrent; si bien que le prix général du travail obéit aux mêmes influences et paraît suivre des lois identiques, quelles que soient la qualité des travailleurs et la distance qui les sépare. Il va de soi que, suivant leur capacilé, la besogne dont ils sont chargés, la manière dont on les occupe, la rétribution de ces divers ouvriers du bâtiment est très variable, inférieure ou supérieure aux moyennes qui précèdent. On donne au Havre jusqu'à 4 francs au sculpteur sur pierre, sous Louis XIV; on paye un menuisier à Tannée, nourri et logé, à la même époque, sur le prix de 50 centimes par jour en Limousin. Notre xix° siècle voit encore de semblables inégalités. Le plâtrier, le paveur, le plombier, le serrurier, reçoivent des salaires équivalents. Les différences que Ton constate d'une province à l'autre viennent
parfois de la diversité du prix de la vie entre les régions de l'ancienne France: le plus souvent elles n'ont d'aulre base que la saison, et la valeur respective des individus. En Normandie par exemple, un scieur de long à la journée gagne 2 fr. 65 vers la fm du règne de Louis XV, un menuisier, nourri, n'est payé par un hospice de Rouen que 90 centimes. 11 importe peu dès lors que certains charpentiers touchent 2 fr. 60 en Lorraine, tandis que ceux d'Alsace n'ont que 4 fr. 95, que ceux qui étaycnt les galeries des mines de Carmaux, dans l'Hérault, reçoivent 2 fr. 25, et ceux du Berry 1 fr. 60. Au moment de la Révolution (1790), les maîtres maçons de Paris touchent 3 fr. 60, les compagnons 3 francs, les garçons 2 fr. 16, — les mêmes ouvriers gagnent, en 1899, 8 francs, 6 fr. 50, et 5 francs. — Les salaires étaient peu dilTércnts dans l'Italie du nord; à Turin par exemple, ils ne dépassaient pas 2 fr. 60. Au contraire, dans la Grande-Bretagne, ils atteignaient déjà le chiffre de 5 francs.
Les autres corps d'état se prêtent moins aisément que ceux-là aux comparaisons, parce que les prix, payés au mois ou à l'année, comprennent suivant les cas le logement et la table. Même en tenant compte de ces avantages, on est frappé du taux minime des salaires annuels ou mensuels en regard des salaires journaliers. Le rapprochement nous montre que le prolétaire d'autrefois devait être très exposé à manquer d'ouvrage; puisque la
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garantie du vivre et du couvert lui semblait si précieuse que, pour l'obtenir, il n'hésitait pas à sacrifier le tiers, la moitié parfois, de ce qu'il aurait gagné à la journée. De nos jours le boulanger nourri, hors Paris, gagne 1 fr. 33; le boulanger des xvn^ et xvni^ siècles était payé de 225 francs à Orléans, à 160 francs à Nîmes. En comptant pour l'année deux cent cinquante jours de travail ces chiffres correspondent à une paye journalière de 90 à 64 centimes. En 1790 les garçons brasseurs n'ont que 240 francs par an à Paris, les ouvriers boulangers ont 180 à Besançon.
S'il est des tapissiers à la journée qui touchent 3 fr. SO, il en est d'autres à Vannée auxquels on ne donne que 42 centimes. Le tanneur à l'année n'a que 173 francs, tandis que le tanneur à la journée reçoit un salaire journalier de 1 fr. 20, soit 300 francs par an. De même le cordonnier à la journée était payé, il y a cent ans, 2 fr. 20, et le cordonnier à l'année 60 centimes seulement. Dans toutes les professions nous retrouvons les mêmes disparités; elles ont pour effet d'affaiblir l'ensemble des recettes de la classe laborieuse. Dans l'industrie du tissage, les patrons, qui exigeaient un minimum de fabrication, accordaient aux ouvriers une sorte de prime. Un « tixier » en toile travaillera (1610) chez un maître de Seine-et-Oise ; il sera hébergé, logé et recevra 429 francs par an, soit 1 fr. 71 par jour ouvrable dans lequel il devra faire 6 mètres de toile commune. Ce n'était pas une mauvaise spécu-
lation pour le maître. La façon de la toile d'étoupe pouvait être évaluée à cette époque à 62 centimes le mètre; le travail de son compagnon représentait une valeur de 3 fr. 72; il ne lui coûtait en espèces que 1 fr. 71, et la diCTérence de 2 francs était loin d'être absorbée par les frais de nourriture. On stipulait en outre qu'au-dessus de 6 mètres par jour, si le tisserand en faisait davantage, les deux tiers lui appartiendraient, le troisième tiers restant ati patron. Il s'agit là d'un ouvrier très capable; plus tard d'autres tisserands n'ont que 1 fr. 20 et 90 centimes par jour. A Aumale (Seine-Inférieure), le peigneur de laine se contentait de 86 centimes, exactement le salaire des fileurs en Catalogne.
La moyenne des ouvriers de métier, non nourris, était de 2 fr. 20 au moment de la Révolution; elle est aujourd'hui de 3 fr. 55 dans la grande industrie, de 3 fr. 20 dans la petite et se trouve supérieure h la moyenne du salaire des femmes de près de moitié dans la petite industrie, de plus de moitié dans la grande. Les ouvrières des manufactures gagnent actuellement en général 1 fr. 72; celles des métiers domestiques 1 fr. 64; la diiférence est donc plus grande entre les ouvriers des deux sexes qu'entre les journaliers mâles et femelles. Cela peut tenir à ce que les bras des femmes sont plus appréciés ou plus rares dans les campagnes; à ce que le sexe faible est cantonné dans un assez petit nombre de professions industrielles, que par suite