VI PRÉFACE
qu'offrent les prix anciens, groupés avec méthode et interprétés de bonne foi, pour la pénétration de phénomènes ignorés ou obscurs du temps passé. Les découvertes qui en résultent ne satisfont pas une curiosité spéculative seulement; elles répondent à des préoccupations d'ordre tout actuel. Au milieu des discussions contemporaines, où s'échangent surtout des idées, touchant les destins de la société future, ces recherches apportent des faits positifs : elles opposent, aux concepts imaginatifs et aux plans issus du pur raisonnement des hommes d'aujourd'hui, le témoignage d'expériences précises et de lois en quelque sorte mécaniques que les hommes d'hier ont tentées ou subies. Elles méritent l'attention des sages qui, sans égoïsme mais sans chimère, veulent le bien.
C'est aussi le but que se propose le présent ouvrage et, tout imparfait qu'il demeure, il constitue par son mode de composition, un élément d'information sérieuse. Une sorte de conclusion s'en dégage tout d'abord : les prix de l'argent, de la terre, du travail, ceux de toutes les denrées et marchandises n'ont jamais cessé d'être libres; aucune contrainte légale, aucune entente privée ne sont parvenues à les asservir; les évolutions économiques ont été
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indépendantes des changements politiques ou sociaux, aussi bien au moyen âge qu'aux temps modernes ou de nos jours.
La première partie de la Fortune privée, l'Argent, nous a révélé que les capitalistes contemporains sont tous, et nécessairement, de date récente; ceux d'autrefois ayant été par la force des choses dépossédés; tandis qu'cà la place des fortunes anciennes, détruites, de nouvelles surgissaient, plus grandes qu'il n'y en avait jamais eu naguère'.
De la seconde partie, la Terre, il ressortait que le servage disparut sous l'influence de causes exclusivement matérielles : la poursuite, par les maîtres du sol, d'une opération avantageuse; qu'il y eut ainsi une période, au moyen âge, où tous les paysans furent propriétaires du fonds qu'ils cultivaient et qu'ils avaient acquis sans capital ; que le morcellement, pour les terrains
1. Accessoirement il était prouvé que, ni les altérations monétaires des rois, aux xiv® et xv' siècles, ni le système de Law au xviu® siècle, n'ont eu d'influence sur l'évaluation du prix des marchandises, dans le commerce, comme on l'a cru jusqu'ici; — que le taux de l'intérêt (argent loué) n'a pas suivi les fluctuations du prix des choses (ou de l'argent vendu); — que la décroissance du pouvoir d'achat de l'or et de l'argent n'est pas constante, comme on l'avait dit souvent, — ce pouvoir ayant, au contraire, subi d'énormes variations de hausse et de baisse durant les six siècles qui ont précodé le nôtre, — et que ces fluctuations n'ont été signes ni de prospérité ni de misère; — enfin qu'il a existé au moyen âge une féodalité purement