DU BLÉ
La grande propriété affirme produire :
i Cinq fois plus de bois , — vingt fois plus de bétail, — et aussi plus de blé... >
Ici , Texpression est moins emphatique mais non moins inexacte*
Par des chiffres, disons'^le-lui.
§ P' — £e Blé par la Grande Propriété
Vous cultivez deux cents hectares. — Que pouvez-Yous ensemencer en blé ? — suivant les méthodes nouvelles d'assolement> le quart peutêtre, — le cinlquième si vous faites bien, — le sixième si vous faites mieux.
Je vais supposer le quart comme plus avantageux à votre assertion. — Et, malgré ce retour fréquent du blé, je vais vous accorder un produit de trente hectolitres par hectare. — Produit, comprenez-le bien , que vous n'atteindrez jamais en moyenne, ^uels que soient vos efforts et vos sacrifices.
Cinquante hectares, donc, par trente hectolitres : — quinze cents hectolitres. — Tel est le maximum possible de votre récolte en blé.
§ II — Le Blé par le Fermage
Vous dites : — i Plus qu'à aucune époque ses champs n'en ont donné. > — Vous vous trompez. Ecoutez :
Déduction faite des bois, prés» «te.» nous avons admis 500 hectares cultivables.
L'assolement de vos anciens fermiers, que condamnent toutes les écoles modernes, la plus désavantageuse pour leur production, les condamnait à ensemencer le tiers en blé soit 166 hectares.
Aussi, au lieu de 30 hectolitres par hectare dont nous favorisons vos calculs, nous accablerons les leurs sous un chiffre moitié moindre, — 1^ hectolitres, —
A vous le maximum, à eux le minimum.
Et, malgré ce partage, dont leur cause pourrait se plaindre, la multiplication de leurs deux ohiffres donne pour produit à la culture de vos fermiers : 2,490 hectolitres, chiffre supérieur au vôtre de près de mille hectolitres.
'§111 — Prix de revient y 'pour le petit
Mais il y a cette autre manière de compter :
Vos fermiers avaient leur famille.
Et, remarquons ceci, sagement, ne se chargeaient de la ferme que quand la famille était vendue. — Quatre, cinq, six, huit enfants.
Ces patriarches ont les vraies vertus prolifiques. En eux réside la sève et la fécondité des nations.
Me parlerez-vous du citadin toujours gêné, forcé, par vos conventions guindées de ce que vous appelez le monde, à mesurer sa race à ses ressources étriquées?
Celui-ci, n'ayant point à doter, se soucie peu des théories de Malthus. Il laisse agir la. nature. — Il reçoit avec joie ses enfants quand ils lui viennent. Dès qu'ils savent marcher, il les conduit le regarder agir. Et, voyant faire leur père, les enfants diaviennent sobres, cowageux, forts, dans peu le secondent, et, plus tard TenrichisH sent.
Pendant que la mère, donnant le sein, soignait les mille détails intérieurs ; sous sa garde, les plus petits se formaient déjà à devenir de petits pastours, autour des haies des jardins;
les grandes flUes conduisant les troupeaux; rainé faisait les charrois et s'exerçait à la seconde charrue. — Tandis que le père, tenant en main la première, — bras et tête, à la fois, pensait et agissait; — calculait, disposait, dirigeait, commandait; interrogeait sa terre, la préparait lui lançait la semence, avec ce geste d'empire qu'admira le poëte, et lui ordonnait, en eflFet, de par le droit du travail, de produire et de nourrir : — lui, les siens et vous tous qui ne produisez pas, — prétendus riches, oisifs, impuissants, — les clients de ce patron, — les pupilles de ce fort.
Et sa terre Tentendait.
A cet ami de tous les Jours, qui la soignait de ses mains, qui pas une heure ne la quittait; désireuse de payer tant d'efforts, de fatigues, et de labeurs ; reconnaissante ; sa terre lui accordait le blé pour un prix un peu moins élevé que son prix de vente.
1 franc 50 cent, le décalitre, quand il le ven-
dalt 2 franc = 20 francs rhectolître, prix de vente ; — 15 ft^ncs prix de revient.
Et ce petit vivait.
§ IV — Prix de revient ^ pour le grand
Grand, quel prix payerez-vous votre blé ? — Voilà la question.
Pensez-y. — Lui, avait l'engrais ; —vous. Tachetez ; — il avait ses bras pour rien, — vous payez chèrement les vôtres ; — et, chèrement, vous obtenez ces services mercenaires, — quand il avait les sollicitudes éveillées du mattre que rien ne remplace. — Lui, n'avait ni banque, ni primes, ni Champs-Elysées, ni Opéra ; mais son affaire, uniquement.
Hélas I — Et il vivait ! ■— seulement.
Voilà l'agriculture. Il s'agit, là, de produire Si, pour donner 100, votre exploitation exige 200, elle n'est pas un produit, eUe est une dépense. — Elle ne donne pas, elle engouffre ; elle
— Su -
ne dispense pas le bien-être» elle l'absorbe en égoïste.
Vous voulez du blé, vous en aurez.
Mais que coûte-t-il ?
Si son prix dépasse le chiffre rémunérateur, Fagricttlture qui le produit ne mérite pa» ce nom sérieux.
C'est de la fantaisie.
§ N --Le Blé par la Petite Propriété
Il y u. encore une troisième manière de calculer, -*- celle de l'avenir^ — ceUe de la petite propriété*
Celle-ci, en deux mots, résume les deux autres et les illumine.
Supposez donc, comme t5i-dessus, vos 600 hectares aux mains de ces 100 prolétaires, armés . de leur outil si intelligent dans leurs mains, — lourd pour vous, léger pour eux ; — et accordezleur,, de même que nous l'avons fait pour vous, le quart de leurs terres en blé.
Voilà 150 hectares qui no produisent plus le minimum, comme sous les petites fumures des grandes pièces, mais au moins votre propre maximum :
150 hectares à 30 hectolitres, c'est-à-dire 4,500 hectolitres, au lieu de vos 1,500.
Et, non plus à un prix dérisoirement luxueux comme le vôtre, non plus au prix de revient, ni même au prix tout juste suffisant du fermier avec ses ' (fermages et ses lourdes cRarges; — mais, produit direct d'un travail direct, sans autres frais que les déboursés, économique au premier degré, au plus haut point rémunérateur.
Vdilà la fécondité, voilà l'abondance.. . .
L*^ bi^n-rêtre pour tous, — les produits riches et à bas prix.
Voilà le blé.
Non par vous, mais par votre contraire :
La petite propriété.