‹ Paysans! Le million c'est l'ennemiChapitre 13 sur 23 · DU BÉTAIL · texte numérisé non relu

DU BÉTAIL

Grande propriété, si, malgré vos arrogantes attitude;^, Texploitation forestière vous place, en face de la petite propriété, dans un si affligeant état d'infériorité, peut-être allez-vous retrouver l'avantage par le bétail.

Résolument, vous Taffirmez en ces termes :

« Nourrissant un bétail vingt foià plus nombreux que les maigres cheptels trouvés par itioi à l'origine. »

Vinçt fois; — c'est beaucoup.

Maigres cehptels ; — enrichit là période, mais, peut-être, appauvrit trop complaisamment vosanciéûiies j^rmes.

§ P — Passé

Je lh*en rajjpelle certaine, établie dans une mariière dé vieille succursale d'abbaye; bâtiments Magnifiques, d*où sortaient des vaches grasses^, de superbes moutons et des ix)nlains gambadant dëri*ière leur mère, à ravir d'aise un éleveur éraérite. — Bruyante et animée lia* guère, aujourd'hui moriie et slieneieuse, inutile, perdue dans la solitude de friches que vous lui avez faite, et revêtant, lentement, contrainte, sa ceinture de bois comme un douloureux habit de deuil.

J'ai pu compter de la route, sortant de cette seule ferme, douxe à quinze riches pièces de gros bétail, six cbevaox, deux cents moutons et j'admirais.

La grosse ferme que vous cultivez aujour-

d*hui par délégués, que chacun citait et allait voir, que vous faites raser par le pied pour la reconstruire sur un nouveau modèle , vingjt pas plus loin, avec des dépenses et des débauches de luxe que nous ne saurions pas chiffrer d^s nos villages; cettepi-devant ferme-école — qu'un homme fort mais pauvre avait créée et fécondée, — qu'un homme trente fois millionnaire avait laissée s'affaisser et dormir, —que le caprice de l'or détruit aujourd'hui pour la refondre, — ce domaine célèbre nourrissait un bétail deux à trois fois plus nombreux que le précédent.

Vous en aviez neuf autres, moindres je le veux ; mais, si petites que les établissent les besoins de votre cause, vous ne pouvez pas leur attribuer moins de deux charrues pour chacune, conduites par deux paires de chevaux ou bœufs, six vaches et cent moutons; ce^'qui, avec les dix-huit chevaux, cinq cents moutons, et trente cinq vaches des deux premières, fait un total de cinquante-quatre bêtes de trait, quatre-vingtneuf vaches et quatorze cents moutons. — Ou,

comme on compte en apiculture, prenant dix moutons pour une tête, — l'équivalent de deux cent quatre-vingt-trois têtes de gros bétail pour moins de cinq cents hectares cultivés.

Sur ce calcul, vous accordant tputea les concessions qu'il vous plaira, vous arriverez toujours aux environs de une demi -tête de bétail par hectare.

Chacun sait, aujourd'hui, que la trèsrbonne culture obtient une tête de gros bétail par hectare. — La mauvaise tombe de un huitième à zéro.

Livrées à elles-mêmes, vos petites fermes auraient donc louvoyé vers la moyenne.

Vu les singularités de ces temps où fleurissent : des Opéras dorés de quarante millions; des officiers, non moins fleuris, de deux cent mille francs d'éjuoluments annuels; des financiers pouvant gagner — j'écris gagner — des dizaines de millions; des armées, — qui tuent, — dotées de huit cent millions; en face d'une

agriculture, — qui nourrit, — dotée de cinq millions.

Considérant, au milieu de notre prétendue démocratie, mille et mille autres éléments conjurés pour, sa' perte :

Nous estimons que Tétat moyen de vos petites fermes exploitées en semi-liberté, méritaient la médaille de bronze.

D'un coup, vous voulez, vous, la médaille d'or.

Rien ne vous empêche de vous la décerner vous-même.

Mais, puisque vous provoquez notre avis^ s'il vous plaît, comparons :

,§ II — Présent

Dans votre grande iferme unique, vous avez : vingt chevaux, dix jvaches, quatre cents moutons, total soixante-dix pièces de gros bétail.

Vos petits fermiers, quç vous traitez si fiè^ement, vous dépassaient de plus de deux cents têtes.

C'est le début. — Vous grandirez. — L'avenir VOUS glorifiera.

J'admettrai ce que vous voudrez, l'impossible s'il vous convient, par exemple, même que vous arriverez au maximum, une tête de gros bétail par hectare : sur vos deux cents hectares, vous atteindrez alors deux cents têtes et vous serez encore inférieur. •

Restant dans les limites du réel, la vérité est, grande propriété , que votre début date de cinq ans, que vous en êtes arrivé au point que j'indique et que, tandis que vos petits fermiers nourrissaient leurs bêtes avec leurs produits, vous achetez, à qui veut en vendre, des montagnes de foin, de paille, d'avoine pour votre bétail, et, Dieu me pardonne, de blé pour vos serviteurs.

De sorte que ces luxueux palais agricoles, loin d'être des foyers de production, par le fait, ne présentent à l'étutle agronomique qu'un centre de consommation et d'absorption.

■tentaMM

§ in — Avenir

Et je TOUS compare avec vous-même ! avec vos petits tenanciers d'hier !

Que serait-ce donc si je vous mettais en regard de vos acheteurs de demain ?

De ces cent familles de prolétaires travailleurs, — peu soucieux du bois de Boulogne, de son lac entouré de dentelles et de souillures, ignorant de son tûrf scandaleux où Ton gagne, à côté, cent trente mille francs pour la longueur

d'un nez de cheval (1), — mais sérieux et ap-

pliqués à cultiver chacun six de vos hectares, et chacun nourrissant , sur ces cent petits domaines : — une bête de somme pour labourer et trotter en carriole, un porc pour ses repas, et trois vaches pour inonder de veaux, de beurre et de lait, tous les nécessiteux des environs, par eux ainsi élevés au^ien-être.

Que venez- vous parler de vos bétails? C'est par cesaptitudes, ce travail des vrais intéressés

(1) Ck>urses de juin 1899,

que le bétail de vos fermiers sera doublé, que le vôtre sera quadruplé.

Voilà cette petite propriété fécondante que vous honnissez dans vos petits écrits, que vous écrasez de vos millions, mais qui, démocratisée c'est-à-dire, libre et instruite, vous désagrégera pièce à pièce et vous remplacera.

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