SA DÉFAITE
Nous nje voulons de vous à aucun prix, même avec le bienfait.
Ce que vous vfenez de lire flans les pages qui précèdent 'est vrai comme la vérité — vrai à. faire peur.
Comprend-on, en effet, ce qne deviendrait Le Million si, au lieu de rester au bord de notre •société démocratique, la dominamt encore de sa hauteur, mais tremblant, toujours prêt à Ja ^te, 1^1 faifait am oontreire, ^tAi^^fm^, prësen-
tant non le dos, la poitrine, et si, adoptant nos voies, il s'avançait au cœur. Ce colosse serait chef; et, avec sa puissance d'appétits, à sa volonté nous mangerait.
Il est despote, donc d'incomptabilité absolue.
Despotisme ou démocratie, — Tun ou l'autre, mais jamais le mélange. L'un chasse l'autre.
§ P"* — Trop inhabile
Ne redoutons pas de lui cette politique. Le Million ne se fera pas démocrate, ce serait trop d'habileté.
Non, bouffi d'of gueil, il se tient à hauteur de palanquin, hors du regard. Ou, quand il veut descendre, inhabile à marcher, il tombe ; on le voit à plat ventre, souillé, à niveau de reptile ; il fait rire et répugne.
Il ne saurait se tenir à taille d'homme, droit et digne.
S'il était homme simplement, il n'aura,it pas
cent, mille parts d'homme à lui tout^ seul ; de quel droit?
Simplement homme, de quel droit viendrait-il faire le lot des autres, hommes comme lui, ses égaux!
On m'a fait visiter un château dans lequel il y avait vingt cuisines, celles des entrées, des rôtis, des desserts, des j)âtisseries, des aides, des* chefs ou dignitaires, etc., cent cinquante cuisiniers : — le tout pour nourrir un seul homme.
Et ses besoins ? — AUon donc : — et ses plaisirs.
Un homme, non pas : — un demi-dieu. Celui-là n'a que cette raison d'existence. Qu'il tombe, un jour, au rang des hommes, vous le verrez sécher comme requin hors de l'eau.
Les demi-dieux furent des Grecs, — ils ne seront jamais citoyens français de l'époque. — Trop bas ou trop haut, comme vous voudrez — non à notre taille.
% Il ^ Sa Prisée
Million, envisagez bien votre situation exacte et comme il nous est facile de nous passer de vous, de nous moquer de vous.
Je vous suppose ici, au château, trônant sirr vos tapis haute- laine,' respirant nos adorations et accaparant la moitié de la commune. Cette moitié, comme un des plateaux d'une "balance; nous tenons l'autre, foulés, serrant les coudes.
Maréchaux, charrons, cordonniers, commerçants, bourgeois, vignerons, laboureurs, nous tous petits, massés l'un sur l'autre, de ce côté; nous avons nos bardes à peine : — de votre côté, vêtissez vos fourrures, lestez-TOus de vos sacs, appuyez fort.
Dans cette balance, pesons-nous.
Vous êtes le fort, nous sommes les faîMes'? — Dérision !
— Supposez dans cette société, si singulièrement partagée, j^ie, tm jour, fatigués d'être
conspués sans inerci, le cordonnie^, le tàilleui^, le boulanger, le marchand, le laboureur, en- ^ semble, partent. Ils émigrent, ils disparaissent, ^
La vie .sociale, d'un cou^, est arrêtée. ^
Mais vous ? — vous voilà pris comme kt trébuchet. ^ \ . ' .
Ferez-vous vos souliers, vos habits, votre pain, vos labours ? — Inapte à vous servir d'une cuillère sans valet, vous disparaîtrez vousmême, crevé de misère, sous votre table frangée d'or, laquelle vous* n'aurez pas su garnir.
— Supposez le contraire — eord<niiiier, boulanger, vigneron restent à leur place, façonnant le cuir, la pâte, le sarment; et c'est vous qui disparaissez. "^
Eux, font souliers, pain, vin, sans -plus s§ troubler ciTvq minutes. Bien plus, cent fertilisent l'endroit que, vous prélassant, vous stérili- ^ siez et jettent, sur la place commune, de nouveaux produits par eux créés; la commande augmente, le bien-être se répand, le niveau s'élève. ^
De vous, il est question comme du fôtu que ', la bourrasque envole.
Voilà votre poids.
Les utiles partent, l'inutile reste, — tout s'affaisse, tout meurt.
' Les utiles restent, l'inutile part. — On ne le reconnaît qu'au bien-être.
Eux, petits, ne seraient rien ? — mais ils sont tout.
Et vous seriez tout, grands ? — Vous n'êtes rien.
Quand vous voudrez, Million, partez donc, — on vous salue.
Non pas vous, vos sacs d'écus.
Naïf. — Vous vous y trompez encore.
§ III — Valet ou Libri
Enfin, voyons-y donc clair, mes amis.
Aristocratie ou Démocratie^ — Faisons un choix décidé.
Si Aristocratie. — Très-bien — prenons des chefs et courbons-nous. — Ici, le million est logique même nécessaire. Il donnera Taumône, ou le fouet à son gré.
Non, dites-vous. —
Démocratie, plus d'aplatissement, direction de nous par nous-mêmes. — A merveille. Eh !
soyez donc logiques à votre tour. — Prenez-vous vous-mêmes et non le demi-dieu des nuages.
, Le million est ce demi-dieu, le premier ennemi à combattre. C'est Togre des démocraties, c'est le monstre qui les dévorera toutes.
Ou, la démocratie, par les lumières et le travail, dissoudra le million et l'éparpillera en bien-être pour tous, — ou, comme cent et cent fois, comme toujours, le million la fascinera, l'achètera, la souillera et la balaiera à Tégout. I Croyez- vous que je ne me sois pas senti , courbé sous la honte, en entendant, autour de moi, dans mon pays» dans ce cœur de la B'rance,
errer, soos les efforts géminés du mitlion ces accusations flétrissantes que vous ayez entendues comme moi et que cet odieux mot résume : Vendus î
Vous voulez vous gouverner vous-mêmes, et vous constituer en société libre.
Première loi : — Ne prenez pas des matirea.
E&t-C3 assez clair? - L'homme libre appelle son égal.
Le maître supp oe le valet.
Le million est le maître.
Vous seriez son valet.
Rejettez le Million.