‹ Paysans! Le million c'est l'ennemiChapitre 22 sur 23 · CAPITULATION DU MILLION · texte numérisé non relu

CAPITULATION DU MILLION

La guerre que la démocratie doit déclarer au million est précise dans son but ; — Le détruire, le réduire aux porportions démocratiques, le disséminer au profit de tous.

Scandale, — rassemblé sur un seul point ; répandu sur beaucoup, — bienfait.

Souffrez que je vous montre le monceau de

fumier de ma cour de ferme : — amas plein de promesses et qui m'enchante, parce que je sais ce qu'on en peut tirer ; mais, vraiment, peu propre, et, entassé, là, sur la pierre, inutile en son amoncellement. — Voyez échoir la saison : — je le divise, le disperse, Tétale ; à tous un peu. C'est la fécondité que j'ai répandue. — Voilà le million.

Mais guerre exemplairement douce en ses moj^enspas un cheveu arraché de votre tête, million, pas une paille arrachée à vos parfums.

Dans votre massive obésité, je vous compare à la belle Provençale, la femme aux quatre cents kilos pesant. Elle s'asseyait sur quatre chaises rangées de front, elle mangeait la part de dix et ses boursouflures sentaient le vieux oing, avant l'heure de la décomposition, laquelle, hélas! ne peut se faire attendre.

C'est un monstre. — Et vous !

Que les niais paient deux sous pour aller voir, en la barraque, cette infirmité, je le veux bien ; mais, pour Dieu ! que la science trouve un moyen d'empêcher ces pauvres belles provençales d'enfler de la sorte, de s'inutiliser pour tous, de manger comme dix et d'offenser l'odorat.

t Et vous, million? — Assis sur quatre places

et mangeant dix parts. — Comme elle est le

monstre physique, — vous êtes le monstre

économique.

— Un honnête coureur de mondes me disait, à ce sujet : — « En tous pays, j'ai vu les professions vraies nourrir ceux qui les exercent, assez péniblement. Elles donnent l'aisance aux plus habiles, et c'est beaucoup. Je n'en ai rencontré aucune qui, honnêtement, pût faire gagner la brochette de millions. — Les professions qui dirigent leurs industriels vers ces engraissements sont occultes, ina-

vouées; dans les Calabres on en pourchasse quelques-unes avec des gendarmes. »

Ces derniers sont, jusqu'à ce jour, les seuls médecins qu'on ait su trouver pour soigner cette hydropisie, cette enflure malsaine que les sciences économiques et les démocraties réprouvent à l'unisson et appellent le million.

Particulièrement, pour les cas agricoles de ce mal chronique, j'ai proposé une autre médecine : — l'Instruction (1).

Dans ce pays d'égalité, de quelque côté que je me retourne, je vois : — inégalité des fortunes, inégalité des conditions, inégalité d'instruction, et j'entends les fortunés, les honorés, et les instruits crier, comme en chœur : "— — Nous voulons Tinstruction pour tous.

Je ne veux pas voir que votre chœur est forcé et que vous cédez à la pression de l'époque. Souffrez que je vous prenne au sérieux

(1) Nos Campagnes, ch. VIII.

et que, sérieusement, je demande Tinstruction pour nous tous.

Avec cette égalité mère nous en aurons assez, et, sans choc ni cahots, la richesse et les honneurs perdront leur nom, les conditions se nivelleront, les fortunes, dispersées, auront créé le bien-être, et les privilèges, abattus dans la poudre, féconderont les mérites, seules hases légitimes des distinctions.

Ainsi je consentirais volontiers que notre guerre aux abus et aux privilèges fut réduite à ce seul engin : — l'instruction. — J'ai confiance ; poussée avec cette arme elle serait sufâsammeiàt efâcace.

§ V' — Avis

Mes goûts sont si peu sauvages que, au fort dm oombât> je veux vous donner, ô million, une recette pour votis tirer d'affaire.

Vieux débris doré de l'ancienne idole^ — vous

êtes placé à l'entrée d'une société nouyelle et recevez encore, avec les adorations des sots, les coups de chapeau d'usage qu'envoient indifféremment tous ceux qui entrent dans le temple; ne vous trompez pas sur leur signification. — Cette société se constitue démocratiquement. Le jour où elle saura ses droits, quand la lumière sera faite dans ce temple démocratique où chacun aura sa place à Taise et la voudra propre, — elle le nettoiera, Taraignera, le balaiera et jettera au tas tous les encombrements récents ou antiques. — Ce jour-là justice vous sera faite : vous rejoindrez, à la décharge, les parasites écrasés et les vieux tessons.

Vos jours sont comptés. Plus vous vous serez obstiné sur les hauteurs, plus vous tomberez de haut* Plus vous vous raidirez, plus vous serez cassé à vif, comme un ressort tendu*

— Ce que vous avez à faire ? -^

Voire attitude est périllesue. Vous barrez la route au courant, que voulez-vous? — Eh!

suivez -le, — ou, s'il vous répugne tant, dissi-

mulez-vous, détournez-vous, ouvrez, capitulez.

Exemple :

Voilà votre grande propriété avec laquelle vous essayez de battre de la fausse monnaie philanthropique. Eh bien, mettez moins d'alliage et battez-la moins fausse.

Vous l'avez reconnu : vous ne parvenez pas à nous abuser. Votre système, fardé d'humanitarisme, est égoïste uniquement. Vous pensez à vous, à vos plaisirs, à votre influence, à )a continuité de vos privilèges, au rôle que vous désirez jouer, et vous essayez de draper ce rô)e en la tournure qui vous paraît le plus proôtable à vos visées.

Moins de larges volutes, — qu'on voie le soutien ; moins de broderies, — l'étoffe; moins de mots, ■— des choses.

Votre système de grande culture Jest jugé et condamné.

C'est la faim.

Pourquoi ne pas essayer de la petite qui nous rassasie.

Comment ?

Mais nous en avons vu des essais — imitez Pierre, imitez André (1)

Prenons une hypothèse.

§ II — Ouverture

' Vous divisez , vos 600 hectares en cent lots et, pour chacun, une petite maison que vous y élevez économiquement avec les débirs de vos gigantesques et ruineuses constructions.

Comptons.

— Je vous ai constitué, avec une bonne volonté toute gracieuse, un revenu net de 13,000 fr, — Ce qui est moins fabuleux c'est que la combinaison que voici va vous économiser le million que vous êtes en chemin de dépenser : •-

(1) Ci dessus, 3* partie, ch, I^'.

Soit CBMiiiante boc^ ici^e croies ôe revesv aztmiel qu'elle touï mei -lins Li juaÀn.

— Ven parions pas a capiiaiîsôAs vnîqœment d'après 13.'»jirancsdereTenBsà5^ ^hqa pas à 6, à 7, etc., taux de tos banques» je tocs réduirais trop. — A5 pour cent, c'est une somme de 2eO,C€0 francs que vous avez accroctée là.

Je TOUS en ofire pins du double.

Autre excellente amôre.

— Je sais bien que cette goutte d'or, dans Totre océan, n'est rien ; qu'elle n'a de Taleur, pour vous, qu'en raison de la pose agréable qu'elle Vous ùdt prendre.

Je Tais doubler, quintupler les aTantages de la pose. — Vous TaTlez composée agaçante, je veux TOUS la rendre majestueuse.

Magnifique aflËJre !

Acceptez donc, et écoutez !

§ m — Contrat

Dans vos 100 petites maisons-, vous appelez 100 familles de prolétaires et leur dites :

< Voici 6 hectares de terre, deux vaches, un âne, une petite charrue et la herse. La maison est proprette, je vous y installe. CultîA^ez la terre en liberté. — Et, dans les cas embarrassants, venez me voir, je serai là, dans le centre, au château ; j'ai appris leaucoup de choses, je vous conseillerai.

« Voici mes conditions : — Je veux que vous

ne me deviez rien ; mais que, par votre travail,

vous parveniez à gagner la petite propriété que

- je vous confie. — Vous me paierez un fermage

annuel de 250 francs.

€ Sur ces 250 francs j'en prendrai 150 pour moi, ce qui, par vos 100 lots, me constituera un revenu de 15,000 francs pour ma terre. — Les 100 autres francs, comme une sorte de fonds d'amortissement, seront mis en réserve à votre profit, dans les termes que je vais expliquer.

« Je divise le prix de chacune de vos petites r

parts de 6 hectares en 120 actions de 50 francs chacune — soit 600,000 francs, chiffre représentatif du capital de ma propriété, et 6,000 fr. pour le capital de chacune de vos parcelles.

« A chaque échéance semestrielle, sur vos 125 fr. de fermage, je prends 50 fr. qui vous achètent une action — de sorte que, au bout des premiers six mois, vous êtes propriétaire d'un cent vingtième de votre propriété ; suivant ce système, à la fin de Tannée vous aurez deux actions ou deux cent vingtièmes; au bout de deux ans vous aurez quatre actions, et ainsi de suite.

« Chaque somme de 50 fr. que vous me payez, ainsi, contre une action ou part de propriété, je remploie moi-même à ma banque et vous en sert rintérêt à 5 0/0. — De telle sorte que dès la fin de Ja première année, votre première action vous a rapporté 1 fr. 25.

« Ces intérêts se capitaliseront tous les ans et, comme exemple, dès la fin de la 3* année, vous aurez 6 actions et un compte ainsi établi :

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« Continuant. — Au bout de la 5** année vous aurez une réserve de 559 fr. 47 c. ; c'est-à-dire 11 agitions dont une gagnée par les Intérêts de votive réserve.

» Après 7 ans, ces intérêts vous auront gagné 2 actions en plus, après 8 ans 3 en plus.

» Après 10 ans, vous aurez 1,273 fr. 46 c. ou 25 actions et un reste, et vos seuls intérêts vous en gagneront une par an en plus des deux qu'achette toujours annuelle t votre fermage.

» Après 20 ans, vous aurez à votre réserve 3,347 fr. 99 c. et vous gagnerez 5 actions par an vous acheminant, ainsi, d'autant plus vite vers la pleine libération que vous approchez plus le but.

» Enfin à l'expiration de la 29® année cette combinaison vous donnera 6,308 fr. 70 c,

» Par le payement de votre seul fermage, vous aurez gagné les 120 actions constituant la totalité du capital de votre petite ferme plus un reste de 308 fr. 70 c. ; — vous en serez défini-

— loi ^

tivement propriétaire, ji'aurez plus aucun fermage à payer et là pourrez vendre, échanger, partager comme il vous plaira.

» Vous pourrez même acquérir tes 1^0 actîtwïs avant la 29® année et vous en profiterez sfire ment; — car toutes les fois qufTl tous conviendra de placer le produit d^ vos bénéfices à 5% vous aurez la faculté &e tes Terser^ la caisse sociale et vous obtiendrez autant d'actions produisant intérêts que vous versei^ez de fois 50 fr.

• Si vous êtes courageux, tous aurez soldé avant 15 ans. Les trois quartis d'entre vous solderont avant la 20*^ année, ©t lés moins lieureux seuls seronl forcément, propriétaires, efl-

tièrement libérés, par le jeu de ma combinaison à la 29® année. »

§ IV — Perspective

Monsieur le grand propriétaire, essayez un peu de Tapplication de cette théorie, ou quelqu'autre visant les mêmes fins. Et vous aurez

fait vraiment quelque chose de bon et d'utile.

Vous aurez élevé à la petite propriété, c'està-dire au bien-être et à la moralisation, cent familles, mille avec leur suite, 10,000 par l'exemple. Et, au lieu que votre grande propriété ne fera, sérieusement jamais ses frais, par cette restitution que vous en aurez con- . sentie aux ouvriers qui la savent travailler, vous aurez obtenu d'elle la plus haute somme de produits qu'on en peut esp?rer dans l'état de nos connaissances.

Vous absorbez les produits sociaux, vous mangez sans compensation.

Vous êtes une dépense.

Par ce système, vous fournirez, au contraire, à la société, un excédant de produit qui l'enrichira, —

Vous serez une recette. Entre votre présent et cet avenir, il y aura l'abîme qui sépare le Passif de TActif.

Voilà pour tous.

Mais pour vous-mêmes?

Ah I cher seigneur, vous voulez l'influence, l'escabeau pour monter, les honneurs, les génuflexions, l'auréole. — Votre or est un puissant levier, je le reconnais : — la corruption le plus souvent réussit.

Mais si, dans votre voie, vous avez l'espérance, — dans celle que je vous indique, vous avez la certitude.

Comprenez- vous? — Je vous donne une clientèle tout à votre dévotion ,— et, sur votre passage, non des arcs de triomphe dérisoires élevés par vos agents et payés par vous, mais de vrais cantiques, à dix lieues à la ronde.

Conseiller général, député, maire, tout ce que vous voulez, — à souhaits — autant et quand

Tojs voTi'i.^z: c»:a'..I-f er ^^nt easemMe. Oaî. à la fois maire da Tillage et père de tonte cette po[»i:lat:i.-i au niîU»*i à^- laquelle il tous sera loisible de rvn «u vêler W enchanten^ents «lu r vâume d'Yvet-'t.

Faites cela, M^ns^i^'-e^ir, et vous qui, si àp^ement, dans vo< ^*»ri'- '-«:r'!ts. hier, me maudsssi'z, — me béni/ez demain.

Il fan Ira le noter ce jour, où vous ferez chanter pour moi, une messe 'ractions -îe gnVvï^ à lacia^elleJe votre château, — sera-ce a>sez dn'iie, — par votre cha[^laiii révérend.

Merci bien d^ votre révérence.

Ponr m'en sauver, je vais vous dire la vérité crue de 'a fin : — rim;^ârdoiinable.

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