A M. DUVAL
Ex-élôve ùè récole polytèchnîqu<3; -^ ingé^ nîetir citU; — grand eûnetni de» candidats Bians passé te M au soif, candidat sans passé le 25 an matin ; — petit-flls de l*illustré promoteur des saines doctrines desquelles rBfiipereur lui-même... — Gendre de feu M.Dassier en son vivant trente fois millionnaire et banquier ; — banquier, lui aussi, quelque peu, je crois bien, à Paris; — propriétaire des château et dépendances de MaroUes ; — Grand remueur de terres et de moellons; — grand perceur d'allées; —
gi^and semeur d'écus ; — visiteur fréquent et satisfait de ses domaines ; ^- nullement âgrl*culteur, à mon avis; —jeune homme; ^ tfêsaimable; — etc.
Car j'en oublie, bien sûr, mais j'en suis innocent, et si M. Duval, dont la signature sè fait suivre avec complaisance de boii tiomlbfè de ses qualités, veut bien me les commun^uôr toutes, je rectifierai :
Monsieur,
Vous vous êtes trompé. Dans le potit chapitre de mon livre que vous s1gnaleE« d^ V absentéisme, je n*ai point voulu vous désigner
« J'ai fait un tableau. — J'en dois les éléments à l'expérience et à l'observation. — Peut-étrô, comme celle de cent autres, l'étude de Vôtre propriété m'a-t-elle servi : — ce serait un dô ses mérites.
• Vous vous y êtes reconnu. — Dix autres m'eïi ont dit autant, et sans m'injurier, de Mon-
trichard, des environs d'Orléans, de Vendôme, où je ne suis jamais allé.
€ J'en suis tout fier. Voilà autant de preuves que mon portrait est ressemblant. — Mais que voulez-vous que j'y fasse ? — Dois-je donc amende honorable de ce que mon tableau est bon; et, comme on fit à un illustre, me forcerez-vous à demander pardon d'avoir dit la vérité? Les bûchers de la sainte inquisition ne sont plus là; vous pouvez les regretter, non moi.
€ Tournons moins au tragique- et permettez cette anecdote : — Un jour un rapin habile se mit en devoir de produire un type et le réussit à souhait. Il avait emprunté les traits de vingt-cinq femmes charmantes. L'une d'elles reconnut son nezet, outrée de n'avoir fourni au tableau que ce frivole condiment, elle sauta sur le peintre et lui voulut arracher les yeux.
« De même, voulez-vous donc avoir aussi la coquetterie d'arracher les miens?
« D'un premier coup, vous accusez la vivacité du jeune homme dont on n'admire pas tous les premiers essais.
« Vous prononcez le terme jpeu bienveillant^ presque celui de défaut de courtoisie ; je n'avais pas cependant dit un mot de vous. —• Et cette réponse directe où vous me nommez, machinant l-effet des attaques, vous la lancez précisément la veille de l'élection, et quand je ne puis plus répondre.
€ Vos reproches, deux seuls, se retournent donc vers vous. — Je m'afflige sincèrement de vous entendre ainsi, vous-même, qualifier vos procéd*és beaucoup plus durement que je n'aurais voulu le faire.
« Quinze jours après on votait sur vous-même. — J'aurais pu agir comme vous l'aviez fait. Monsieur. — Comparez donc et que cette leçon vous serve.
« Vous prenez intérêt à mes cultures, vous souhaitez que je m'y consacre exclusivement,
et repoussez, en jolis termes, le mâîiâat de député qui Tiendrait m'en distraire. (7est raillerie choisie/délicate, mais vieillie ; avant detrônv€r cette bonne fortune, que vous la ramassiez, elle avait fâcheusement traîné deux ou trois fois dana les colonnes du journal officiel, — fortes colonnes, vos appuis. — Et c*est dommage, car ce petit Jeu d'esprit est d*effet si efficace, que j'aurais pu être tente de le retourner aujourd'hui vers votre situation; votre candidature de seconde main étant elle-même tombée à plat, cette fine plaisanterie s'y serait, ma toi, appliquée justement, comme emplâtre taillée exprès pour vos blessures.
« N'aviez-vous pas flairé ce danger ? — ;^II faut
du flair; et non pas armer l'adversaire.
«K On comprend mieux que « — moins qu'un autre, vous devez laisser passer les utopies socialistes plus ou moins déguisées — > — Lesquelles, s'il vous plaît ?
« Et pourquoi?— Parce qtie vous êtes-- « pe-
tit-flls de l'illustre promoteur des saines doc- " trines desquelles l'Empereur lui-même... »
— Je le veux bien. Et je salue. -
« Mais pourquoi décrocher les portraits des aïeux, en un jour de suffrage uaiversel ?
« Est-ce pour l'aïeul que nous votons ?— Ditesle. — Est-ce pour vous-même? — Ah ! remettez le portrait à l'armoire, et parlez-nous de vous.
« Bon Dieu ! que fêriez-vous donc si vous étiez marquis ?
« Ne voyez-vous pas que vous allez faire croire aux simples que, faute de neuf, vous avez ber soin de ce vieux vernis^
€ D'autant mieux que, vingt lignes plus bai^, vous écrivez cette phrase vraiment terrible et qui pourrait vous écraser si je la laissais tomber sur vous : — « Il faut des hommes sérieux, connus de longue date , et, présentant, dans un passé honorable, des gages indiscutables de l'avenir, i
% Ah ! vous ne croyez pas vous présenter hv
jours après. Vous parliez pour votre grandpère,
« Etourderie d'enfant terrible qni, choqué, jase sans se rendre compte, pour le lendemain , de l'effet de sa naïveté.
€ Ce passé sans pages était pour moi peut-être, auquel cas, pour se laver de tout soupçon d'outrage, il lui importerait de se faire suivre d'un mot explicatif. — Ce petit trait malin m'était destiné. ■— Et c'est vous qu'il a blessé I —Pauvre jeune homme! — Presque à mort. ^ Que i'en sois fâché !
€ Car il faut être indulgent. — Mes enfants, vous dites, ainsi, souvent, aux vieux, des duretés irréfléchies. Pensez donc un peu que nous avons beaucoup travaillé depuis vingt-cinq ans que nous sommes hommes. Et n'oubliez plus iu'il y a vingt-cinq ans vous n'étiez encore que etit bébé à nounou.
Vous voyez, cher et jeune monsieur , que, à
d'assez grosses choses, nous nous contentons de sourire ; — tristement un peu, nous voudrions vous voir plus sages.
« Le contact des affaires et des hommes arrondit les angles : — vivez, vous en viendrez-là.
«Et, peut-être,aussi, plus tard, comme nous, vous souvenant, acquitterez-vous quelque autre écart de jeunesse , égaré dans vos jambes, par cette petite tape amicale.
iU.
< Cher monsieur J'ai relevé <ses personnalités de la première à la dernière page de votre opuscule. Je ne les ai pas épuisées. J'en condense ici quelques-unes, en quelques phrases, et veux m*en tenir-là*
« Ces petites particularités, en effet, intéressent peu la galerie. — Et, si je n'avais eu que d'elles à parler, je n'aurais pas écrit une ligne.
« Je vais les clore d'un mot.
«Je veux m' empresser de reconnaître que vous êtes un voisin agréable, prodigue d'emprcsse»
ments et d'aménités. Votre commerce est plein de charmes et je suis toujours touché de vos visites.
« Je vais plus loin : —Quand votre femme descend de carrosse devant ma chaumière et vient inviter ma femme à ses dîners, — où celle-ci n'est jamais allée, notez-le, — je me sens honoré et tout orgueilleux.
« Comme hommes, mon très-cher voisin, restons amis. Je suis tout à votre service.
€ N'agitons que des questions de principes, au-dessus de nolis.
« Votre cordial et tout dévoué voisin, »