LE LAC DES SAISIO.NS
destination au moment où le jour s'incline vers roccideiit. Il a ainsi vu, sur son passage, les rives éclairées tour à tour par l'atmosphère limpide du matin, par les teintes chaudes et vives du midi, par les lueurs affaiblies du soir. l'atigué d'admiration, il entre dans le port à l'heure du repos, et involontairement cette idée se présente à son esprit ; que sa course offre la frappante image de la vie humaine. Celle-ci est-elle, en effet, autre chose qu'une journée de roule, dont les principaux accidents et les émotions les plus vivra prennent place au milieu du voyage?
J'avais fait, certain jour, le voyage que je viens de décrire en quelques pages, et, assis sur la piazza de l'hôtel, je songeais à mon retour à New-York , car j'avais terniiiié mes affaires, lorsque je vis arriver deux nègres poilant dans un panier à deux anses un saumon gigantesque qui pesait à vue d'œil environ cinquante kilos.
< Tudieu! quel monstre 1 m'écriai-je. Onques de ma vie jn n'ai vu de saumon aussi énorme!
— Ohl mais les Français n'ont pas encore tout vu, » répliqua, en forme de réponse, un quidam assez drôlement équipé , assis ou plutôt couché dans un » rocking-chair « , et faisant des copeaux à l'aide d'un morceau de bois et d'un grand couteau-poignard.
J'allais relever cette impertinence, lorsque, en jetani les yeux sur mon interlocuteur. Je reconnus un de mes anciens camarades de « trappe », Horace Mead, de Philadelphie, dont j'ai déjà parlé au chapitre de la chasse aux bisons publiée dans mon volume de Chasses dans VAraérique du Nord.
« Je ne me trompe pas, mon vieil ami, m'écriai-je, c'est bien vous ?
— Eh 1 mon Dieu , oui. Je ne vous reconnaissais pas : c'est seulement au moment où vous avez parlé que le son de votre voix a réveillé mes souvenirs, « fit Mead en me serrant les deux mains à l'américaine , de façon à les arracher à mes poignets, s Et que faites-vous donc à Alhany? ajouta-t-il.
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