SO L'AIGLE PÊCHEUR DE SARATOGA-SPRINGS
c'était le serpent à sonnettes qui frôlait les grantles herbes; le coyote qui, le poil hérissé, froissait les arbrisseaux placés sur sa route; l'écureuil dans les arbres, les coqs de bruyère dans les clairières. C'étaient des déchirements inouïs, des cris aigus, des plaintes étranges. Le vent qui s'engouffrait dans cette forêt viei^e se mêlait à tous ces bruissements inconnus, et pénétrait mon âme d'une terreur dont mon camarade seul n'éprouvait pas les atteintes. Il est vrai que Mayne-Reid revenait du Mexique, où il avait fait la guerre à Santa-Anna avec les généraux Scott et Taylor, et que, sans compter tous les dangers courus par lui au milieu des combats de cette étrange campagne, il s'était mille fois exposé, parmi les Indiens, à la recherche d'une aventure imprévue, d'une émotion ou d'un plaisir.
Nous n'avions à redouter aucun péril au centre d'un pays civilisé; mais, quelque convaincu que je fusse de cette sûreté, je n'en éprouvais pas moins un sentiment indicible, produit par l'aspect d'une nature sévère et toute nouvelle à mes yeux.
Tout à coup, au détour d'une route de traverse, un spectacle terrible s'offrit à mes regards. Des nuages de fumée obscurcissaient le ciel , une flamme dévorante s'enroulait autour des troncs d'arbres et crépitait avec un bruit pareil à la détonation d'un millier de carabines. Le feu avait pris à la forêt vierge, par la négligence de quelques bâcherons , et l'on voyait ces pauvres diables , tout effrayés du désastre dont ils étaient la cause involontaire, assis sur la route et regardant d'un air hébété les progrès de la conflagration. Jamais incendie plus grandiose ne s'était trouvé sur mon passage; et la prairie en feu au milieu de laquelle je m'étais vu prêt à périr en 1843 n'offrait pas aux yeux étonnés un tableau aussi effrayant que celui de ces ■ arbres se tordant dans une suprême agonie et tombant tout à coup dans le brasier ardent.
Le cheval qui conduisait notre boggey manifestait cei^
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