‹ Péchés primitifsChapitre 2 sur 5 · S DUCS DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

S DUCS DE BOURGOGNE

Fig. 70. — La punition du péché au Moyen âge. (Du Mitte- Iaelterliches Hausbuch du prince de Waldburg-Wolfeeg, xve siècle).

quitter avec plaisir de leur terrible besogne] tandis que les martyres des saints rappellent les horreurs bizarres des répressions judiciaires.

On ignore généralement qu'à côté de nombreux sujets religieux, Jean van Eyck peignit des sujets profanes d'un caractère très léger, en représentant des femmes nues à leur toilette, ou des bains ou étuves de femmes, qui ornèrent les murs des palais princiers du temps. Ce détail mérite d'être souligné car il corrobore l'hypothèse émise plus haut, au sujet de son rôle de messager amoureux du duc de Bourgogne.

Mais c'est surtout dans les créations fani astiques et réalistes de Jérôme van Aken, plus connu sous le nom de Bosch, que nous retrouvons la hantise du Péché sous toutes les formes. Doué d'un génie créateur vraiment admirable, le peintre de Bois-le-Duc donne une importance prépondérante à ce monde profane et diabolique, que les premiers primitifs n'avaient fait qu'effleurer.

Dans ses Jugements derniers, où pullulent les scènes de massacres et de lubricité sadiques dans ses Tentations de saint Antoine, où nous voyons de pieux anachorètes aux prises avec la luxure et les démons personnifiant les autres péchés capitaux ; dans son Chariot de foin, de l'Es curial, où le foin représente le péché ; dans ses Délices terrestres, du Prado, où des centaines de

figures d'hommes et de jeunes femmes nues se livrent aux joies corruptrices de l'amour charnel ; dans ses Aveugles, ses Grands poissons mangent les petits, son Enfant prodigue, ses Mendiants batailleurs, ses Christ aux outrages et tant d'autres encore, nous voyons revivre tous les péchés, tous les vices de cette cour de Bourgogne, dont les mœurs, à la fois voluptueuses et féroces, les croyances tour à tour mystiques et' sataniques, se continuèrent pendant les règnes des princes lubriques et guerroyeurs qui suivirent, tels Maximilien d'Autriche (gendre du Téméraire) et Philippe le Beau, le prince de très paillarde mémoire.

Pour bien comprendre l'époque de Charles- Quint et le caractère complexe de ce grand potentat, il est nécessaire de rappeler en quelques mots ses ascendants et ses proches, qui tous joignirent à des dons exceptionnels des écarts de conduite regrettables.

Machiavel, qui connut fort bien le grand-père de Charles- Quint, lorsqu'il fréquentait sa cour en qualité d'ambassadeur de Florence, décrit ainsi l'empereur Maximilien :

« Dissipateur et besoigneux ; inconstant et irrésolu, défiant et crédule, il est homme de guerre et sait commander une armée où il fait régner la discipline. Plein de courage dans le péril il ne le cède à personne comme capitaine... » D'un autre

côté, nous savons que sa bravoure et sa galanterie envers les femmes le firent surnommer, comme François Ier, le roi chevalier. Ami des arts, on raconte que Durer, parvenant difficilement à se hisser à la place qu'il devait occuper pour achever certaine peinture murale;, il ordonna à un gentilhomme de sa suite d'aider le grand peintre allemand à se placer sur son échafaud et que, le courtisan se montrant humilié de devoir rendre un tel service, Maximilien lui dit :. « Je puis d'un paysan faire un noble comme vous, mais d'un noble je ne saurais faire un aussi grand artiste ! »

Malheureusement ces belles qualités étaient ternies par des vices de tous genre. Sa luxure était grande ; n'importe quelle femme, quelle que fût sa condition, lui semblait bonne pour assouvir ses passions. Dans ses colères épouvantables, il s'attaquait avec une rage sans égale à tous ceux qui le contrariaient, ou qui simplement n'étaient pas de son avis. Ne le voyons-nous pas à Worms, en 1495, relever le défi d'un obscur gentilhomme français, Claude de Balbé, qui avait osé provoquer les Allemands, et le vaincre en un combat singulier ? Quoique catholique, il va, dans sa colère, jusqu'à braver les foudres de l'Eglise. Dans ses lettres, il ne craint pas de s'attaquer même au Pape. Il le traite de « Maudit prêter pape » (sic) et ajoute qu'il mérite d'être chapitré d'importance

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