‹ Pédagogie à l'usage de l'enseignement primaireChapitre 89 sur 206 · Dûcwrs de la méthode, 1'* partie · texte numérisé non relu

Dûcwrs de la méthode, 1'* partie

accomplit cet acte de Tesprit qu*on appelle juger, et alors ellemême s'appelle le jugement. Le même nom, comme il arrive pour toutes les autres facultés intellectuelles, désigne la faculté en puissance, la faculté en acte et le produit de l'acte.

On dit d'un enfant qui récite sa leçon sans la comprendre, qu'il n'a que de la ménooire; de celui qui la récite et la comprend, qu'il a de la mémoire et du jugement. Avoir du jugement^ c'est comprendre ce qu'on dit, ce qu'on lit, ce qu'on fait ; c'est, par rapport à autrcrî, ne pas se tromper dans Pappréciation des personnes et des choses, les voir telles qu'elles sont. Le jeune homme qui, dans le choix d'une profession, se décida & suivre les etmseils de sa famille et, nue fois décidé, persévère, fait preuve de jugement ; la jeune fille qui veut être couturière à cette seule fin d'être toujours bien habillée fait preste d'étourderie. On entend de la même manière les expressions : avoir du bon seaSy avoir le sens commun. Il y a toutefois me noance entre le bon sens et le sens commun. Le sens oomiBiun est une aptitude à juger commune à tous les homme» tik en vertu de laquelle tous les hommes ont eertaines Botioœ; mais souvent la majorité se trompe, l'opinion commune est une erreur (le mouvement du soleil autour de la terve, l'esdarage). Le bon sens au contraire n'est pas sujet à Terreur; 0 désigne cette qualité de tous les esprits sages, quoique thIgaires, qui voient juste quoique ne voyant pas loin. C'est dire en. quoi le bon smis difftoe de la raison, en quoi il lui ressemble. B ne se trompe pas; en cela, il est la même chose que la raison, mais il s'exerce surtout dans le domaine des faits, de» dhioses eoncrètes; la raison va plus loin, elle donne la sdenee. En général, le bon sens saisit le fait, la raison saisit le principe. Dans l'un et l'autre cas, c'est la faculté da isgemeni qui est en jeu.

Avoir de l'esprit, autre expression du langage usuel, n'est pas la même chose qu'avoir du jugement. Le mot esprit désigne une seule qualité de l'esprit, la vivacité, la promptitude à saisir les rapports apparents des choses, parfois même les simples rapports des mots, et à les exprimer sous une forme brillante, imprévue, qui surprend et éblouît; c'est surfout l'œuvre de l'association des idées, mais sans le contrôle de la raison. Aussi a-t-on dit avec vérité « qu'on peut être un sot avec de

respdt, tandis qu'on ne Test jamais aree du jagement ^ », et « qu'un peu de bon sens fait éranouir beaucoup d'esprit^. )> Réunissez les deux, si vous le pouvez, mais ne saciifîez pas le premier au second : « €e n'est point un grand avantage d'aroir l'esprit tif, si on ne Ta juste; la perfeetion d'une pendule n'est pas d'aller yite, mais d'être réglée" ». En reyanche, entre le jugement ou le bon sens et le gotiy il y a un rapport étroit : le goût est le jugement appliqué aux oeuvres littéraires et artistiques, car, selon la définition de Voltaire, il est « le sentiment délicat des beautés et des défauts dans tous les arts » t qu'est-ce autre chose que ht" discernement du yrai et du faux^ avec une application spéciale? Enfin, dans la conduite de la vie et nos relations avec nos semblables, le jugement devient le tact,^ c^esi-à-dfre le discernement de ce qu'il ctmvient de faire ou de ne pas faire, de dire ou de ne pas dire.

0D voit par là de quelle importance est la eniture du jugement. Toutes les autres qualités de l'esprit ont des usage» bornés : il est utile « dans toutes ks parties et dans tous lesemplois de la vie. Ce n'est pas seulement dans les sciences qu'il est difficile de distinguer la vérité de l'erreur, mais aussi dan» la plupart des sujets dont les hommes parlent et dans lesaffaires qu'ils traitent. H y a presque partout des routes différentes, les unes vraies, les autres fausses; et c'est à la raiscm d'en faite le choix. Ainsi la principale application qu'on devrait aivoir serait de former son jugement et de le rendi^e aussi exaet qu'il peut l'être; et c'est à quoi devrait tendre la plus grande partie de nos études. Ce soin est d'autant plus nécessaire qu'il est étrange combien c'est une qualité rare que cette exactitude de jugement. On ne rencontre partout que des esprits faux qui n'ont presque aucun discernement de la vérité, qui prennent tontes choses d'un mauvais biais , qui se paient des plus mauvaises raisons et qui veulent en payer les autres ; qui se laissent «nporter par les moindres apparences; qui sont toujours dan» l'excès et dans les extrémités; qui n'ont point de serres pour se tenir fermes dans les vérités qu'ils savent, parce que^c'est plutôt

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