EXPLICATIONS GRAMMATICALES
Q.—Comment faut-il faire cet exercice ?
R.—Cet exercice peut être fait simultanément en adressant aux élèves de chaque division des questions en rapport avee leur degré d'avancement et leur capacité.
Q.—Donnez-en des exemples.
On commencera par demander aux élèves les moins avancés combien il y a de noms dans la première phrase. Ils répondront: trois—souris, souricière, lard.
M.—Pourquoi le mot souris est-il un nom ?
E.—Parce qu’il désigne un animal.
M.—De quel genre est-il ?
E.—II est du genre féminin, parce qu’on peut mettre devant la ou une.
M.—A quel nombre est-il ?
E.—Il est au singulier parce qu’il ne désigne qu'un être,
M.—Comment ce mot s’écrit-il au pluriel ?
E.—I1 ne change pas, parce que les noms qui finissent au
(1) Cet exercice doit se faire simultanément aux élèves des différents degrés, en ne demandant à. chacun que les choses qu'il # déià vues,
— Gi —
singulier par s, x, z, ne changent pas au pluriel; on dit ne sotiris, des souris.
On fera des questions analogues pour tous les noms contenus dans le morceau.
Q.—Quelles questions fera-t-on aux élèves du second groupe ?
R.—Ces élèves sont censés connaître les adjectifs et les pronoms, On pourra donc leur faire Jes questions suivantes:
M.—Combien d’adjectifs dans le morceau ?
E.—Trois: un dans le titre prudente, et deux dans le texte imprudente et moindre.
Î.— Pourquoi prudente est-il un adjectif ?
E.—Parce qu'il marque une qualité de la sours
M.—A quel genre et à quel nombre est ce mot ?
E.—Au féminin singulier, parce que l’adjecti: s'accorde en genre et en nombre avee le mot auquel il se rapports
[.—Ecrivez cet adjectif sous ses quatre formes grammaticales ?
E.—Prudent, m. s.
Prudent-s, m. p.
Prudent-e, f. s.
Prudent-es. f. p.
On fait donner la règle de chacun de ces cas en ÿ joignant
es exemples,
M.—De quel mot est formé l'adjectif jm prudente ?
E.—Du mot prudent auquel on a ajouté le préfixe im, ce qui lui donne une signification contraire.
M.—Quel est le féminin de l'adjectif moindre ?
.—I1 s'écrit au féminin comme au mascul.n parce que les adjectifs qui finissent Par Un e muet au masculin ne changent pas au féminin.
M.—Donnez les Pronons de la première phrase et dites à quelle classe ils appartiennent ?
E.— Laquelle et on. Le premier est un pronom relatif, et le second un pronom indéfini.
On fera des questions semblables pour tous les pronoms du morceau, en faisant toujours donner la règle,
Q.—Quelles questions adresserez-vous aux élèves du troisième groupe ?
R.—S'ils savent les verbes et s'ils en connaissent les rapports grammaticaux avec le sujet et les divers compléments, on pourra procéder de la manière suivante:
M.—Combien de verbes dans la première phrase ?
E.—Deux, passait et avait placé.
M.—Analysez le premier et dites avec quels mots il est en rapport ? :
E.—Ce verbe est tantôt neutre et tantôt actif: neutre,
lorsqu'il signifie aller d’un lieu à un autre; actif, lorsqu'il signifie traverser, transporter, transmettre. Dans Je passe tous les jours, il est neutre; dans Je passe la rivière, je passe des marchandises, je passe un objet à quelqu'un, il est actif. Dans une souris passait, il est neutre, de la 1ère conjugaison, régulier, au mode indicatif, au présent et à la troisième personne du singulier. Son sujet est souris et son complément indirect souricière dont le rapport est marqué par la locution prépositive: auprès d’. Avait placé est un verbe actif de la première conjugaison régulier, à l'indicatif, au plus-que-parfait et à la 3ième personne du singulier. Son sujet est on, son complément direct lard, son complément indirect laquelle pour souricière. On avait lacé quoi ?—du lard,—dans quoi ?—dans laquelle. c’est-à-dire a souricière. On pourra faire de semblables questions sur tous les verbes du morceau et faire récapituler aux élèves des différentes divisions toutes les règles de grammaire qu'ils ont étudiées.
Un maître de la pédagogie moderne a résumé comme suit les exercices qui composent la lecture expliquée.
Le maître lit d'abord à haute voix le morceau entier, ou un fragment, et il en Partage ensuite la lecture entre plusieurs élèves, en insistant surtout sur ce qui doit être expliqué. Mais il est d’abord utile avant d’entrer dans le détail d’une lecture, de la dominer dans son ensemble, d’en saisir le sujet ainsi que l’idée générale qui s’y trouve développée; car beaucoup d’explications risquent de n'être Pas comprises par l'élève si celui-ci ignore ce qui suit ou ne saisit pas Penchetneanenst des idées. Il s’agit moins, en effet, dans une leçon de ce genre, de donner des définitions particulières et éparses que de faire une vraie leçon de langue française, C’est Pour cela que le maître chargé de cet exercice doit s’a pliquer à montrer comment une Phrase est amenée par la précédente, le lien qui les unit, comment elle prépare celle qui suit; comment encore tel mot est si bien à sa place qu’il ne saurait être déplacé ou remplacé par tel autret il mettra en lumière le mot valeur, l’idée essentielle, et fera ensuite
umer en quelques phrases claires et brèves ce qui aura été dit.
Pourra par exemple, adresser les questions suivantes: “Qu’a voulu dire l’auteur ? Qu'’a-t-il voulu démontrer, nou: prouver ou nous apprendre?” Enfin, la leçon de lecture expliquée peut fournir un sujet de rédaction.
—Tous les môts indistinctement ne doivent pas être expliqués. Les uns sont tellement familier aux enfants qu’il serait
ou ns + } +
puéril de les expliquer, à moins que ce à donner une définition claire et corre traire, sont des termes scientifiques dont la définition même, pour être comprise, nécessite un certain degré de culture. Mais ce dernier cas ne se rencontre guère si le livre a été bien choisi.
—]l y a diverses manières de définir un mot :
Par la vue et la description de l'objet dont on heureusement pour la plupart des mots de peut s’aider de ce moyen commode; tels sont les expressions métaphysiques) :
Par les Synonymes; mais il faut remarquer ici, qu’à rigoureusement parler, il n’y a pas de SYnonymes, et qu'entre chacun des mots que nous appelons, il y a des différences plus ou moins sensibles, mais dont il est aisé de s’apercevoir lorsqu'on essaie de traduire ces mots les uns par les autres. Ce moyeu revient à celui que nous avons signalé en premier licu. Si une idée peut-être exprimée au moyen d’un terme scientifique et d’un terme vulgaire et que l’on s'adresse à des jeunes enfants, on aura soin de choisir le terme vulgaire, ce qui ne veut pas dire trivial ou grossier. Mais il faudra se garder de rendre un mot obscur par un autre mot plus obscur encore. Enfin, si le mot a plusieurs sens ou s’il est l'homonyme de quelques autres, i au les différentes
ne soit pour les habituer cte; les autres, au con-
parle; (malnotre langue on ne les termes abstraits,
il faudra le signaler en indiquant au table orthographiques qui les séparent .
—1l sera bon de remonter du sens figuré au sens propre, pour redescendre de celui-ci jusqu'au sens figuré: mais c’est là une partie fort difficile, et comme ce travail s'exerce sur des mots abstraits et allégoriques, il sera bon, pour en faciliter l'intelligence, d'employer l'explication étymologique, s'il s’agit d'élèves assez avancés, pour la bien inculquer.
—Par l'explication ét ymologique, qui présente l Permettre aux enfants de faire connaissance avec de mots, cette Connaissance leur servira quand il s'agira de trancher quelque difficulté d'orthographe. Enfin, sans parler #t® et latin, on peut leur donner quelque idée des racines si utües quand on veut écrire correctement une langue,
avantage de les familles
VIL Dela lecture expressive.—('e n’est pas assez de savoir lire Pour soi, il faut -encore savoir lire pour les autres; c’est-à-dire qu'il faut savoir bien lire. Et bien lire est un art qui conduit
à bien parler, qualité indispensable à tous au sein de nos sociétés modernes.
Remarquons que dans la lecture expressive il ne s’agit plus, comme dans la lecture expliquée, de rendre compte de chaque mot et de sa valeur, mais 1! faut par l'expression de la voix, rendre les senliments exprimés par un auteur dans un ouvrage.
Celui qui lit à haute voix doit dire plutôt que lire, dire avec sentiment, intelligence et grâce. Pour cela, il est absolument nécessaire qu’il comprenne ce qu’il a à exprimer. Il doit, de plus, savoir diriger sa voix à son gré, ‘‘pour qu’elle soit comme l’interpète fidèle d’un texte qui, sans elle, est lettre morte.”
D'autres qualités sont encore nécessaires à la lecture expressive. Chasteau les résume très bien dans les lignes qui suivent:—"“Le maître veillera donc à ce que la voix soit bien choisie comme volume et comme ton; à ce que l'élève parle intelligiblement, car une diction ferme, aisée et nette est plus qu’un agrément, c’est aussi le signe et l’auxiliaire de la pensée que l’on précise et que l’on met en relief. Après le choix du ton et de l'expression il faut remarquer l'accent des élèves, s'appliquer à détruire en eux certaines habitudes de prononciation très défectueuses comme ?n pour un, comme les finales longues et traînantes. Le maître doit encore veiller à ce que la respiration du lecteur soit prise à propos, au moment opportun, à ce que la ponctuation soit fidèlement observée, -ar nous savons que l’on ponctue mieux encore avec la voix qu'avec la plume, et qu’une grande partie de la clarté, de l’in-
térêt même du récit provient de l’habile distribution des points et des virgules que l'auditeur entend sans qu’on les fasse trop sentir.”
Les conseils de l'abbé Lagacé que nous avons cités au chapitre de la Lecture courante trouvent ici leur place.
VIIL.-Récitation et exercice de mémoire.-Nous l'avons vu, il ÿ à un instant, l’art de bien lire est un acheminement vers l’art de bien yarler. Par conséquent, la lecture expressive ne saurait se séparer de la récitation.
Au moyen des exercices de mémoire, on fait acquérir aux élèves ce qui leur manque le plus au point d
l étroit dans
tireront un
n. Le goût
1, car on est toujours p pages qu’on a apprises par cœur et récitées à haute voix, mais il faut choisir avec soin le morceau que l’on donne à apprendre aux élèves.
Nous devons faire du par cœur un exercice SPECIAL, ayant pour objet la langue maternelle, et, occasionnellement, le développement de la mémoire, l'éducation de l'imagination et la formation du goût(1).
(1) Voir Notes Pédagogiques, page 66.
NOTES PÉDAGOGIQUES
Lecture—Diction—Récitation de mémoire : Quelle que soit la méthode employée, la leçon de lecture doit toujours comprendre pour les commençants: 1° une revision de la leçon précédente; 2° quelques explications sur les nouveaux éléments à étudier: 3° la lecture de ces éléments par le maître; 4 la lecture collective; 5° la lecture individuelle. Le texte de la leçon doit être écrit au tableau noir, en caractères d’imprimerie et au-dessous en caractères manuscrits, de manière que les éléments se correspondent. Les enfants seront immédiatement exercés à reproduire ces caractères. Car il est nécessaire
w’ils s’habituent à lire le plus tôt possible l'écriture autographiée.
’enseignement simultané de la lecture et de l'écriture, imposé par le programme, les y formera sans effort, et les dispensera de s’exercer à lire dans ces recueils si improprement appelés manuscrits jadis en usage dans les classes.
Il n’est pas opportun d'enseigner toutes les lettres de l'alphabet avant de commencer la lecture des mots. Mieux vaut erñseigner deux ou trois lettres pour commencer, et étudier tout de suite de petits mots qu’on peut former avec ces lettres. On forme des mots nouveaux à mesure qu’on amène des lettres nouvelles.
Les éléments de la lecture connus et possédés, il faut amener les élèves à lire couramment, grâce à une longue et patiente pratique. Voici dans quel ordre gradué peuvent se succéder tout d’abord les différentes parties d’une leçon de lecture courante: 1° le texte est lu par tous les élèves à la fois très lentement, de façon à détacher, à scander chrque syllabe, mais sans aucune intonation particulière; 2° le sens général du morceau, ainsi que celui de chaque phrase et de tous les mots un peu difficiles, est expliqué par le maître; 3° le maître lit ensuite le morceau avec l’intonation convenable; 4° après, vient la lectnre collective avec intonation; 5° puis, la lecture individuelle; 6° pour finir, des exercices combinés d'orthographe et de rédaction orale ou même écrite.
Plus tard, la nature et l’ordre de ces exercices seront un peu modifiés; 1° lecture par le maître; 2° explication par le maître et les élèves; 3° lecture individuelle par les élèves; 4° exercices combinés d'orthographe et de rédaction.
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