LE DÉSIR DE PLAIRE
Sur un fond de parc roussi par l'automne, un peu de ciel transparaissant, une jeune femme décolletée en corsage de lingerie légère et jupe rouge, très blonde, très colorée, se penche audessus d'un petit étang où elle se mire et où dorment des nénuphars. D'un joli geste elle se pique
dans les cheveux une rose rouge. A ses pieds et à sa droite, un singe se regarde au même miroir et tenant aussi une rose rouge tâche d'imiter son geste. A sa gauche, posés sur l'herbe rousse, il y a un chapeau entouré de fleurs et une ombrelle grise renversée.
Le rouge de cette jupe est magnifique et sobre. Il enrichit les jaunes mêlés de vert des frondaisons retombantes du marronnier et se retrouve en reflet léger dans le petit étang.
Gentille vision d'une minute heureuse de coquetterie féminine! Cela est très élégant, très harmonieux, très gai, très vif, très libre, d'une tonalité brillante et d'un modelé suffisant pour qu'il y ait l'illusion de vérité sans que la scène tout entière cesse d'être subordonnée au mur pour prendre une vie trop indépendante ou tendre vers le trompe-l'œil. Les rouges diffus parmi les verts et les gris forment une harmonie heureuse.
BONTÉ d'ame
Sous les branches retombantes d'un marronnier d'automne qui laisse transparaître à l'horizon une
GASTON LA TOUCHE
échappée de ciel clair, assise sur une prairie à côté d'une indication d'eau dormante, une Jeune femme vêtue de la même jupe rouge et du même corsage de lingerie légère montre gentiment ses épaules charnues, son gentil visage attentif et sa chevelure blonde dans laquelle se joue le soleil diffus. Elle soutient de la main gauche le bras blessé d'un faune cornu couronné de lierre qui est assis à côté d'elle, ses jambes velues repliées sous lui, et de l'autre main elle assujettit sur cette blessure une bande de gaze blanche. A côté d'elle un singe retire des objets d'une boîte de pharmacie posée à terre. Dans le fond on aperçoit l'automobile grise à filets jaune d'or en forme de berline qui, dans sa course, a blessé le faune sylvestre encore mal aguerri contre ce nouveau danger.
Du point de vue couleur ce panneau nous offre donc une tache rouge rose très vif sur des diaprures de verts mêlés de jaune et encadrés par la vaste tache jaune du marronnier et la grande tache verte de la prairie herbue au bord de laquelle dort le gris bleuté du petit étang.
La plupart ne verront dans ce panneau que le sujet qui est spirituel, joli, amusant et exécuté
avec brio. J'admire l'harmonie brillante et sobre de ce coloris distribué avec bonheur selon l'ordre préconçu d'un décorateur qui sait que la distribution des taches de couleur constitue, dans une décoration, le travail préliminaire et essentiel d'où tout le reste dépend.
On remarquera que l'automobile donne à cette peinture une date que précisaient bien moins nettement le chiffonné de la robe de la jeune femme et sa façon de se coiffer. Cela date d'hier. Cependant il faut faire un effort d'observation pour remarquer un détail si délibérément contemporain. Cette automobile a été indiquée avec tact. Dans une certaine mesure elle se confond avec le paysage d'arrière-plan. Elle est le prétexte d'une tache de couleur qui est indispensable au tableau parce qu'elle enferme la composition et donne à l'ensemble, dans le domaine de la couleur, sa stabilité. Il est curieux de constater à quel point se fond dans la conception décorative ce motif qui aurait pu être anecdotique ou d'un réalisme gênant. On ne peut oublier cependant l'intention spirituelle qui nous amuse en nous laissant supposer l'effarement devant ces gros engins modernes de
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toute la petite population mythique des vieilles forêts peuplées de faunes aussi peu ennemis des gracieuses jeunes iemmes modernes qu'ils ne l'étaient autrefois des nymphes ou des bergères.