TENDRESSE DE CŒUR
Placé aussi à contre-jour, ce panneau représente des amoureux dans une lumière crépusculaire, sur un fond de fleurs et d'arbustes prospérant contre une habitation dont nous ne voyons qu'une haute fenêtre fermée par des persiennes qui laissent filtrer un peu de lumière. La jeune femme est vue de dos. Elle porte la même jupe rouge, le même corsage décolleté, mais sa chevelure blonde est un peu plus foncée. Elle laisse pendre sa main vers un jeune homme brun en costume moderne qui se penche comme enivré vers ce gage qu'on lui abandonne. Elle est appuyée à une grille de fer forgé à grandes volutes que font briller sur certains angles les reflets venus de trois lanternes vénitiennes par lesquelles se varient à l'infini les éclairages en reflets où le jaune (à cause du papier
de cette couleur) domine. Un singe porte l'une de ces lanternes. Il est au premier plan, à notre droite, posé sur un sol jaune qu'enrichit une guirlande de feuilles et de fleurs posée à terre comme une bordure végétale.
C'est une scène nocturne où des reflets de lumière artificielle se mêlent aux reflets de l'atmosphère du soir. C'est une scène intime dans un décor de parc. Le dos de la jeune femme est d'un modelé charmant. On admire que dans cette boiserie ancienne le costume moderne du jeune homme paraisse si naturel. Les plans sont nettement accusés. Chaque chose est à sa place et l'ensemble est très fondu, très vif et très harmonieux.
Dans chacun de ces panneaux, il y a de magnifiques morceaux (voyez par exemple le nu du faune blessé, la poitrine de la jeune mère, le dos de la jeune amoureuse), mais cela vaut par l'ensemble, par les proportions heureuses, par la sobriété du détail, parla gaîté du coloris, par la parfaite adaptation à l'espace et à la destination. C'est donc, à proprement parler, de la peinture décorative, riche de tons, spirituelle, et exécutée avec une tendance constante vers le style.
GASTON LA TOUCHE