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LE SALON DE M. EDMOND ROSTAND

L'exacte et parfaite adaptation de la peinture à l'espace particulier qu'on lui concède, à la destination de la pièce et au caractère général du reste de l'installation, telle estencore la qualité essentielle — du point de vue décoratif — de la vaste frise que M. Gaston La Touche a exécutée pour le grand salon de la propriété de campagne à AL Edmond Rostand à Cambo. Cette vaste maison rustique est, à l'extérieur, de style basque, sorte de style-chaumière à qui donnent son caractère les poutres de bois apparentes sur la façade, les murs recouverts d'un crépi, et de vastes toitures à plan très incliné pour l'écoulement des eaux de pluie qui sont, en ce pays, abondantes et persistantes. A l'intérieur, c'est une sorte de palais organisé avec tout le raffinement moderne.

De l'antichambre on découvre la cage toute blanche de l'escalier principal que M^''' Dufau a enrichi de quelques médaillons ovales d'une exécution très heureuse. Dans le premier salon, le mur du

fond est occupé par une interprétation vigoureuse mais littérale d'un paysage méridional animé de figures de paysans par M. Henri Martin, et cette pièce communique par des arcades avec le salon principal autour duquel, sur trois côtés, règne la frise décorative de M. Gaston La Touche. Le cabinet de travail du poète se trouve à l'extrémité de ce salon, prenant l'air et la lumière sur la terrasse d'où l'on découvre le jardin à la française. Des rayons de bibliothèque couvrent les murs jusqu'au double delà hauteur d'homme et laissent admirer derrière leurs grilles dorées des reliures anciennes et des livres précieux. Cette bibliothèque laisse à découvert deux espaces de dimensions relativement restreintes où M"® Dufau a fait maroufler d'un côté une réplique de son Automne du musée de Luxembourg, de l'autre côté une peinture de même style exécutée dans la même gamme de couleurs où des nus de jeunes femmes se jouent parmi les bassins d'un jardin classique. Enfin, à l'autre extrémité du salon principal et s'équilibrant, dans la pensée de l'architecte, avec ce cabinet de travail, se trouve une salle à manger sur la cheminée de laquelle est placé un vaste portrait de M"^^ Edmond Rostand

GASTON LA TOUCHE

par Henri Caro-Delvaille. Pour cette salle à manger M. Gaston La Touche a peint quatre dessus de porte infiniment agréables et qui s'harmonisent avec les pilastres de style classique recouverts, sur les indications du peintre, d'une charmante couleur vert d'eau.

Dans cette maison d'amateur d'art où lesmeubles anciens du style le plus riche voisinent avec de merveilleuxparavents delaquenoire rehaussée d'or, avec des objets de prix, des meubles recouverts de tapisseries anciennes, des porcelaines pre'cieuses et des bibelots japonais, chinois ou français, en cristal de roche, en jade, en or ou en laque dorée, il convenait que la frise décorative évoquât des scènes de fête élégante, des jeunes femmes aux belles épaules, des jeunes hommes aimables, des personnages de fantaisie, de rêve, de caprice, des groupes qui s'amusent eux-mêmes en se souriant les uns aux autres et en admirant réciproquement leurs beaux costumes et leurs élégances. Il fallait que cette frise décorative, par un lien sensible, établît une sorte de transition heureuse entre le style relativement classique de la disposition architecturale intérieure accentuée par les meubles

anciens et le sentiment moderne qui se respire dans ce home où vit un poète de notre temps, iiomme de théâtre par excellence et Parisien des plus raffinés. Il était désirable que cette peinture eût un air précieux, que le coloris en fût riche et discret, que les rouges y fussent chatoyants comme des soies lustrées, que les verts y fussent mêlés de reflets de soleil et que les jaunes y prissent des tonalités d'ambre et d'or. Si l'on voulait a contrario la preuve de cette nécessité imposée par « Tàme du lieu » il suffirait de constater le désaccord que crée dans cette atmosphère le panneau pourtant vigoureux et en soi digne d'admiration, de M. Henri Martin, Cette peinture est puissante, énergique, elle respire le plein air, la campagne, une sorte d'animalité instinctive et panthéiste. Elle est dans cet intérieur en désaccord avec tout le reste. On pense à une paysanne robuste, saine, bien portante et infiniment honnête, mais qui ne s'harmonise pas avec le milieu ultra-élégant où elle se trouve par hasard. On imagine que M. Henri Martin n'est pas allé à Cambo et qu'il s'est contenté d'exécuter aux environs de Toulouse, sur l'un des motifs qui lui sont familiers, une peinture à la dimension du mur qu'il s'agissait de couvrir.

GASTON LA TOUCHE

Cliché Crevaux

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