I.e mot est de lui
JULES CHERET
partit pour l'Angleterre. Il s'engagea chez un patron dont la spécialité' était d'imprimer des catalogues pour magasins d'ameublement. Il entra ensuite dans une imprimerie où il apprit à composer et à imprim.er des tableaux-annonces pour brasseries. Il passa ensuite chez un e'diteur de partitions établi dans la Régent-Street et s'y occupa de composition typographique et d'illustrations pour les couvertures de musique. C'était déjà de la décoration. C'est là qu'il rencontra le parfumeur Rimmel, homme de goût et ami des artistes, qui lui confia le soin de composer des illustrations pour un poème humoristique célébrant la parfumerie. Rimmel était à la tête d'une maison puissante. Illustrées ou non, ses étiquettes représentaient une dépense d'une centaine de mille francs par an. Chéret persuada à Rimmel de devenir son propre imprimeur, devint l'organisateur de ce service, et finit par obtenir une commandite d'une vingtaine de mille francs* pour revenir à Paris établir un atelier d'imprimerie typographique.
La première affiche illustrée qui fit liamboyer
I. Qui alla peu à peu en grossissant, mais n'atteignit jamais cinquante mille,
sur les murs de Paris le jaune vif et le vermillon de Chéret date de 1867. Elle célébrait les plaisirs du bal Valentino. Le succès fut grand. Commencée avec une seule presse, l'affaire se développa jusqu'à exiger l'établissement de onze machines. C'était la prospérité. Chéret dessinait, transportait sur pierre, tirait et imprimait lui-môme. Il se faisait aider par des ouvriers, mais il ne se laissa jamais remplacer, jusqu'au moment où il céda l'affaire à la maison Chaix. Pendant cinq ou six ans il demeura Directeur de l'entreprise, et renonça enfin — pour la peinture — à une direction qui exigeait la totalité de son temps et de son attention.
Le catalogue des affiches composées et tirées par Chéret, établi à force de recherches par M. Béraldi, comporte environ quatre cents numéros. Beaucoup d'entre elles sont célèbres, quelquesunes sont des chefs-d'œuvre, pas une peut-être n'est sans intérêt.
On me pardonnera d'avoir précisé ces détails biographiques. Ils ne paraîtront pas sans intérêt à
JULES CHERET
ceux qui croient que les hérédités, le milieu familial et social, les habitudes professionnelles, le genre d'éducation et le plus ou moins de difficultés rencontrées par un artiste au début de sa carrière jouent un rôle important dans la formation de son caractère, le développement progressif et l'orientation de sa sensibilité.
Même l'apparence physique, pour un psychologue, n'est pas un élément d'appréciation dénué d'importance. Pour bien comprendre l'œuvre et la vie de Toulouse-Lautrec, il n'est pas inutile de savoir qu'il fut disgracié par la nature, petit, souffreteux et bossu. Ceux qui ont eu la chance de rencontrer Jules Chéret se font une idée plus nette de son art si équilibré, si sain, si élégant et si français, si parisien, si évidemment en accord avec une bonne santé physique et morale : Très grand, très mince, très agile, l'allure et le geste vifs, enthousiaste comme au temps de sa première jeunesse, le teint rose avivé par la neige des cheveux en coup de vent et de la moustache blanche, la parole ardente et d'une bienveillance constante, Jules Chéret porte allègrement ses soixante-quinze ans '.