LE PLAFOND DU PETIT-PALAIS
L'espace à couvrir se composait de neuf cents mètres carrés de surface convexe divisés en quatre voûtes en longueur par quatre coupoles surbaissées. Un mur semi-circulaire borne d'un côté cette galerie. L'autre côté donne sur le jardin intérieur. Cette décoration est donc protégée en partie contre les intempéries, mais elle est aussi en partie exposée à toutes les variations de température, puisque c'est une galerie ouverte. C'est à peu près la disposition des fameuses loges de Raphaël au palais du Vatican. Tout le monde sait que, malgré la douceur relative du climat romain et malgré la perfection supposée des procédés techniques de Raphaël, ces fresques illustres sont allées se détérioriant au cours des siècles, et qu'il a paru indispensable, pour les protéger, de fermer cette galerie par des châssis vitrés du côté de la cour Saint- Damase.
L'ambition de M. Paul Baudouin est d'avoir retrouvé des procédés de peinture à ce point inaltérables que l'éventualité d'une clôture vitrée doive
être à jamais écartée malgré les pluies abondantes et l'humidité presque constante du climat parisien *.
Du point de vue décoratii le parti pris adopté par M. Baudouin est à peu près irréprochable. Il a choisi une idée très simple et très générale : la représentation des Saisons considérées comme les symboles des âges principaux de la terre, et il a voulu exprimer les émotions intellectuelles et plastiques que cette idée lui suggérait par un surgissement de belles formes et par de beaux accords de couleur. Dans une certaine mesure il a voulu être un philosophe, dans toute l'acception du terme il a voulu être un peintre et un décorateur.
Afin que ses idées sur la formation et la transformation du cosmos fussent très claires mais non dénuées d'un certain symbolisme, il a considéré les quatre coupoles comme quatre points de repos qui n'interrompent pas le cours des saisons, et il a représenté : l'Hiver ou la Période de souffrance,
I. Les bleus sont pour le fresquiste les couleurs les plus dangereuses. Peut-être le lapis-lazuli — qui coûte fort cher — est-il indispensable. Dans la décoration du Petit-Palais certains bleus paraissent avoir pâli.
le Printemps ou l'Éveil de la nature, TÉte' ou l'Hymne au Bonheur, TAutomme ou le Repos magnifique de la terre.
La galerie étant semi-circulaire, cette division suggère la pensée que le cycle se continue dans l'inconnu et que peut-être à travers les âges tout se détruit pour se recommencer indéfiniment. Qui sait si notre planète — sous l'influence de causes que nous ignorons — ne connaîtra pas de nouveau le refroidissement et la mort totale pour, en les âges futurs, s'éveiller à nouveau sous la caresse d'un autre soleil et recommencer un cycle de jeunesse progressive et de lente décrépitude... Il est bon que l'idée d'une peinture décorative ait cette universalité et que la façon dont elle est traduite garde assez d'ampleur et de généralité pour laisser à l'imagination des spectateurs l'occasion de se jouer au delà des « sujets » délimités par le dessin avec plus ou moins de précision.
Si l'on compare l'ampleur et la beauté simple de cette idée générale aux sujets dont la signification est à peu près strictement limitée au sens précis de l'action qu'ils représentent ' on