LES HEURES
PAUL BAUDOUIN
ristique. Il aimait la fresque. Il consacra une partie de sa vie à en retrouver les secrets. Cependant il n'évita point des fautes capitales. Ses fresques du porche de Saint-Germain-l'Auxerrois, peu de temps après leur exécution, commençaient à se détruire. Elles sont aujourd'hui en ruine. Leur délabrement atteste qu'il y a des précautions à prendre et des fautes à éviter. S'il avait pu les recommencer, sans doute Mottez les eût-il faites inaltérables; mais il est mort sans avoir laissé d'élèves, et son expérience a été perdue pour tout le monde comme avait été perdu le fruit de ses recherches et de ses travaux.
Il y avait donc lieu de renouer la tradition, et il était nécessaire qu'un cours de fresque fût professé par un homme d'expérience, ayant consacré à la pratique de ce procédé une grande partie de sa vie et susceptible de faire connaître les résultats de ses méthodes en même temps qu'il ferait son profit des trouvailles faites par d'autres si on les lui proposait. Les jeunes gens bénéficient ainsi des recherches de leurs aines.
Il n'est pas vrai de dire que le procédé est simple, qu'il peut s'apprendre en quelques heures.
On pourra citer le passage célèbre où Vasari raconte que Michel-Ange ayant accepté les travaux de la Sixtine et ne connaissant rien des procédés à fresque fit venir des spécialistes florentins, leur fit expliquer comment ils procédaient et, au bout de huit jours, les renvoya dans leur patrie pour s'enfermer, farouche, dans la chapelle et travailler seul. Mais ce serait une illusion que de croire à la possibilité, pour chacun, de suivre l'exemple du maître. Michel-Ange avait du génie. On peut ajouter qu'à l'époque où il travaillait le procédé était dans l'air. Michel-Ange en avait entendu parler toute sa vie. Il l'avait vu pratiquer par ses amis ou ses émules. Il savait d'avance les précautions à prendre et les fautes à éviter. Il n'avait plus besoin que de mettre la main à l'œuvre. Ajoutons d'ailleurs que son inexpérience lui valut de graves déceptions et que Vasari nous raconte aussi comment il eut à recommencer des surfaces tout à coup tombées et à retoucher d'autres parties moisies ou décolorées. Ajoutons que l'état actuel de l'œuvre laisse beaucoup à désirer.
Le procédé n'est donc pas aussi commode qu'il le paraît. Il exige un long apprentissage. Il faut
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d'abord être un maçon. Il faut ensuite être un artiste.
Il n'est même pas inutile d'avoir des notions précises sur la composition chimique des murs que l'on a la charge de décorer, sur la nature du sol dans lequel s'enfoncent les fondations, sur les réactions diverses que l'on est en droit d'espérer ou de redouter selon que le terrain est humide ou sec, selon que le salpêtre se décèle ou non, selon que le mur est formé de moellons, de briques ou de tous autres éléments.
Le choix des couleurs,leur composition chimique, les réactions qu'elles sont susceptibles de manifester selon les climats, selon les cas, selon les façons dont elles sont préparées, selon leur nature propre et selon, aussi, les mélanges dont elles peuvent être l'objet, ne sont pas non plus chose indifférente.
L'expérience, en ces matières, est la souveraine maîtresse de vérité ou d'erreur. Mais l'expérience exige de la continuité. Et c'est précisément cette continuité qui pourra être assurée par l'enseigne-
ment pratique de M. Baudouin et de ses successeurs.
Ce cours est essentiellement technique. Il exige par conséquent un enseignement pratique. Il ne rend aux jeunes gens de l'École des Beaux-Arts de grands services que parce qu'il est professé de la manière la plus spéciale et la plus professionnelle. Le professeur est à pied d'œuvre, mélange luimême la chaux et le sable, il enseigne les propriétés — heureuses ou non — du mélange qu'il pratique, il envisage en quel cas ce mélange doit être fait selon telles proportions et en quels cas ces proportions doivent être modifiées.
Ce cours ne fait donc double emploi avec aucun de ceux qui existaient déjà. Travailler la matière pour façonner l'enduit, calculer son degré d'humidité, choisir les couleurs, savoir comment elles se comporteront en telles ou telles circonstances atmosphériques et comment elles réagiront les unes sur les autres, tel est, pour son essentiel, l'objet de ce cours. Affiner et développer le sens décoratif, tel en est aussi le résultat.
L'intérêt individuel des jeunes gens se trouvera, d'ici peu, d'accord avec les intérêts de l'art français.
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Il y a, dans le midi de la France, un certain nombre de travaux qui ont toujours été exécutés à fresque et qui sont actuellement réservés à des artisans italiens qui arrivent en groupe, chaque année, et qui exécutent ces travaux sans même essayer de faire oeuvre d'artiste. Décoration de plafonds, de porches, de vérandas et de pergolas, décoration de façades et de portiques, cours intérieures couvertes ou non, il y a pour nos artistes de très nombreuses occasions d'exercer leur talent.
Les commandes de peinture à fresque peuvent devenir importantes même à Paris. Qu'il s'agisse d'édifices publics ou d'édifices privés, les architectes et même les particuliers ont une tendance aujourd'hui manifeste à préférer ce procédé. Plusieurs façades de maisons, à Paris et en province, ont été décorées à fresques par M. Baudouin. On devine quel avenir illimité s'ouvrirait devant les fresquistes si ce genre de décoration se multipliait peu à peu \ ne fût-ce qu'à Paris ou dans les provinces méridionales...
Il se peut que M. Paul Baudouin, par ses re-
I. M. Paul Baudouin a décoré à fresque dans sa Normandie natale toute une chapelle.
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cherches de trente ou quarante années, son obstination et ses exemples, ait rendu à notre art décoratif un service inappréciable. Il a eu l'honneur de retrouver et d'enseigner les antiques procédés dont Léonard de Vinci et Cellini enseignèrent les secrets dans leurs livres. En corollaire de son enseignement et comme preuve d'efficacité il laisse un chef-d'œuvre. Ce sont deux titres dont il y a peu d'artistes vivants qui puissent s'enorgueillir.