L ENSEIGNEMENT DE M. BAUDOUIN
Pourquoi ce genre de peinture fut peu à peu supplanté par la toile marouflée sur les surfaces murales, c'est un problème qu'il serait difficile d'élucider. Peut-être cela résulte-t-il tout simplement de l'ignorance où se trouvaient la plupart des peintres des procédés matériels qu'implique ce genre de décoration. C'est pourquoi quelques artistes et écrivains d'art ^ ont obtenu qu'un enseignement pratique de la fresque fût organisé à l'Ecole des Beaux-Arts. Les raisons qu'ils ont fait valoir étaient d'ordre historique et d'ordre actuel.
11 est superflu de rappeler les services éminents que ce procédé de peinture a rendus, de tout temps, aux peintres décorateurs. En Egypte, en
I. Peut-être mes articles au journal Le Temps ont-ils en leur temps contribué efficacement à préciser ces aspirations.
PAUL BAUDOUIN
Grèce, dans Tltalie antique, dans l'Italie du Moyen Age et de la Renaissance, en Allemagne, en France*, on peut dire que partout ce procédé a été employé par les plus grands artistes et leur a donné l'occasion de produire des chefs-d'œuvre.
Ce procédé est éminemment décoratif. Il force l'artiste à travailler pour un espace déterminé. Quand on travaille à fresque, il faut que l'œuvre se fonde dans le monument dont elle devient partie intégrante. Il faut, par conséquent, que l'artiste se soumette au style de l'édifice, à son rythme, à ses proportions, à sa destination et à son atmosphère spéciale.
Les fragments de fresques antiques retrouvés intacts et d'une fraîcheur de coloris étonnante, les fresques du Moyen Age et celles de la Renaissance attestent que ce procédé peut et doit être inaltérable. Il résiste aux injures du temps, et, dans une grande mesure, aux intempéries. Des peintures à fresque nous ont été conservées en des pays et en des circonstances qui n'auraient point permis à
I . On peut citer Avignon, Dijon, Brinay, et maintes autres découvertes relativement récentes de fresques des xv« et XVI* siècles.
des peintures sur toile de parvenir jusqu'à nous. L'immutabilité qu'implique ce procédé a été dans beaucoup de cas une garantie contre les pillages ou les dégradations. Faites pour les monuments, les fresques ont partagé le sort des monuments. Elles ont par conséquent subsisté dans un grand nombre de cas pour porter témoignage d'une époque devant les générations lointaines.
Cet excellent procédé était tombé en désuétude. Peut-être serait-il injuste de prétendre qu'il ait été entièrement abandonné '. Mais en ces dernières années, les artistes qui avaient voulu revenir à la peinture à fresque avaient toujours fait leur œuvre isolément. Ils avaient fait eux-mêmes leur éducation. Quand ils sont morts, ils ont emporté avec eux dans la tombe ce qu'ils avaient pu retrouver de l'ancienne tradition et ce qu'ils avaient pu y ajouter d'invention personnelle et de don particulier.
Le nom de M. Mottez est, à cet égard, caractc-
I. On doit citer notamment la fresque de M. d'Espouy placée à contre-jour au-dessus de la porte d'entrée dans l'intérieur du Panthéon. La « Chambre funéraire» exécutée à fresque par M. René Piot date d'une dizaine d'années. Les récents travaux de M. Barberie à Tarbes ont été importants,
PAUL BAUDOUIN
Cliché D. Freuler