XXVIII PRÉFACE
manifestation ardente, résolue de ce qui est notre existence quotidienne, notre passion dominante, notre grand ressort de lutte et d'activité. Tout artiste qui sincèremenf^se voue à Texpression réelle du milieu où il rçspire et se meut, est assuré de marquer par quelque coin saisissant et personnel. On est personnel, en effet, en étant non pas un reflet, mais un écho. Les grands hommes d'une époque sont ceux en qui cette époque s'incarne et par qui elle se manifeste à l'avenir. Tout poète qui a poussé le crique tant d'autres étouffaient autour de lui, tout peintre qui a jeté sur la toile les expressions de visage qu'avaient ses contemporains, — expression de calme si le temps est heureux, de douleur si l'heure est triste et troublée, — tout homme en un mot qui extrait de son temps la formule môme de ce temps est assuré de lui survivre.
C'est donc de Vimitation, sous quelque forme qu'elle se présente, imitation du moyen âge en architecture, des fresques de Pompéi en peinture, des drames espagnols en littérature, c'est de cette abdication de son tempérament national qu'il faut se garer en matière d'art. C'est à la nature, l'inspiratrice souveraine, qu'il faut aller tout droit et tout d'un élan. La vieille ' fable d'Antée a été créée comme à l'usage de tous les hommes qui s'occupent des choses de la pensée et de l'art. On ne retrouve des forces vives qu'en touchant 1» terre, qu'en se retrempant dans la vérité, dans la source natale. Tout ce qui, pour nous en tenir à nous, déforme, par exemple, notre génie gaulois, tout ce qui l'obscurcit et l'affole est haïssable. Gardons sa clarté, sa fierté, son acuité, tout ce qui en faisait la