‹ Peintres et sculpteurs contemporainsChapitre 12 sur 151 · XXVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXVI PRÉFACE

plutôt dévorés de la soif d'acquérir que secoués du désir de bien faire, et qui, dans leurs rêves, entrevoient plus volontiers la porte de Thiôtel des ventes que les marches du Panthéon. Je connais maintes exceptions, il est vrai, mais la généralité, à coup sûr, tient plus au bruit que fait le marteau d'ivoire du commissaire-priseur en tombant sur la table d'adjudication qu'au son fantastique des trompettes fabuleuses de la gloire. On devient pratique dans un tel siècle. Parmi les peintres, les uns sont délicats et fins comme des marchands de dentelles, les autres tapageurs et hauts en couleur comme des décorateurs d'enseignes. Mais comptez ceux qui vivent face à face avec leur rêve, l'œil sur l'idéal, comme hier le vieil Ingres, comme aujourd'hui ce sympathique et profond Gh. Gleyre, l'admirable peintre des Romains passant sous le joug ?

En dépit de tout cependant, Vart français^ et je comprends l'école belge sous cette qualification, est encore le grand art moderne et domine de toute sa hauteur l'art étranger contemporain. C'est donc avec joie et à la gloire de nos peintres que je publie ce livre où l'on trouvera le tableau de ce premier Salon de la République qui donne à quelques-uns, au lendemain des sinistres années de 1870 et 1871, l'impression d'un réveil, d'une renaissance, d'une floraison nouvelle. J'y ai ajouté des Médaillons et des Portraits de peintres dont les noms ne figuraient pas tous dans le tableau de notre art national en 1872. Une étude complète sur Gavarni vient ensuite, et j'ai réuni à ces pages une lettre sur le Salon de 1864 qui

PRÉÇAGE. xxvir

ajoute certains traits à des physionomies de peintres esquissées dans le courant du livre.

Que si Ton voulait connaître à présent ma profession de foi artistique, je répondrais qu'il ne faut point la chercher dans une préface, mais dans ce volume tout entier. J'ai dit sur tout et sur tous mon opinion sincère, je l'ai dite en me rappelant cette parole de Fié* vée dont tout critique, tout écrivain devrait se souvenir : a Je parle toujours de quelqu'un comme si je lui parlais à lui-même; » j'ai dit ce que je ressentais en présence de telle ou telle œuvre, et ne se juge-t*on point soi-même en faisant connaître le sentiment intime qui vous agite devant une œuvre d'art? J'aime l'art pardessus tout, non-seulement en dilettante, mais encore en philosophe et je dirai en moraliste. Je l'aime parce qu'il rend l'homme meilleur en l'affinant, et je répéterai bien haut qu'il faut développer vaillamment, car par là aussi les peuples se révèlent. Une journée au Louvre vaut une leçon de morale. Non pas que nous aimions, en art, Vutile et la leçon; non pas que nous voulions faire, comme Proudhon, d'un peintre un pédagogue ; mais nous croyons que la vie, ' dans ses manifestations élevées, l'harmonie de la couleur, le charme du dessin, tout ce qui séduit, saisit, enthousiasme, pénètre, produit un généreux effet sur les âmes. Et c'est pourquoi nous demandons aussi à l'artiste non- seulement de brosser vaillamment une toile, ce qui est d'ailleurs le premier des mérites, mais de choisir encore dans le monde ce qui mérite d^être offert en spectacle. Mais par-dessus tout, nous aimons, qu'on nous comprenne bien, la vie, la

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