‹ Peintres et sculpteurs contemporainsChapitre 2 sur 151 · DE LA DEUXIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA DEUXIÈME ÉDITION

L'ART FiRANÇAIS EN 1873-74

En donnait une édition nouvelle de ces études sur les Peintres et les Sculpteurs cantemparains^ nous éprouvons le désir de mettre notre livre au courant du mouvement artistique, en faisant rapidement connaître les progrès de notre école française depuis Tan dernier.

L'art en France est, comme on dirait en style com« mercial) dans une situation excellente. L'année 1873 peut, de ce côté, être satisfaite de son bilan. Notre pays s'est hautement affirmé, au point de vue de l'art,

celte Exposition de Vienne, où ses peintres et ses sculpteurs ont occupé le premier rang. Le ^ Salon de cette même année, sans offrir beaucoup de ces œuvres éclatantes qui marquent une date nouvelle, était cependant assez riche en tableaux remarquables pour compter parmi les plus intéressants. Le concours pour les prix de Rome a été fort bon : rarement lauréat exposa une composition meilleure que la toile de M. Aimé Mdrot. En revanche, l'Exposition des envois de Rome nous eût révélé une déplorable faiblesse, si

ij PRÉFACE.

Ton n'y eût admiré le groupe fier, et digne d'un artiste de la Renaissance, que M. Mercié a appelé Gloria victis» Cette dernière œuvre fait honneur, non-seulement à un homme, mais à une école. Il y a donc, sinon progrès artistique, en France, au moins maintien d'un excellent niveau. Sans doute, les œuvres vastes et, comme on dirait en souriant, le grand art sont parfois négligés et le phis souvent sacrifiés à ce goût particulier pour l'anecdote, la peinture amusante, les petits tableautins que garde aujourd'hui le public ; mais la somme de talent dépensé chaque jour est vraiment considérable : on la met seulement en circulation, non pas en lingots, mais en menue monnaie.

Le Salon de 1873 aura affirmé et consacré bien des réputations déjà sympathiques. Les toiles magistrales de M. Bonnat, les portraits de M. Henner, les tableaux de MM. Détaille et de Neuville, les essais curieux et colorés de M. Humbert, le Christ mort de M. Henri Lévy, sont autant de choses qui méritent de survivre à l'année qui les a produites. En sculpture, M. Dubois et M. Falguière se sont bravement maintenus à leur rang, et tous les noms salués en France ont été acclames à Vienne, où l'Autriche donnait au monde Thospitalité de sa science et de son goût.

M. de Neuville^ que nous venons de nommer, a eu cette bonne fortune de rencontrer, au Salon, non-seulement le succès^ mais la popularité. Au lendemain de 1870, son tableau, les Dernières Cartouchesy reproduit partout^ est aussi populaire que le Soldat- Laboureur le fut au lendemain de 1815. La toile de M. Détaille, En Retraite^ moins dramatique au point de vue de Tinté-

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Téty plus serrée et plus personnelle au point de vue de > l'art, n'aura pas rencontré le même accueil auprès de la foule. Ces deux tableaux resteront d'ailleurs les deux toiles caractéristiques du Salon de 1873.

II ne faut pas oublier, parmi lés curiosités de l'année, la magnifique, l'unique exposition des objets japonais rapportés par M. Cernuschi de son voyage en Asie et réunis, pendant un mois, au palais des Champs- Elysées. Cette étonnante collection méritait le vif sue* ces qu'elle obtint; on la retrouvera, paratl-il, dans une façon de musée spécial que fait bâtir pour elle M. Henri Cernuschi*.

Le tableau des événements artistiques, dont nous faisons suivre cette revue rapide *, donnera d'ailleurs sur l'état actuel des Beaux-Ârls dans notre pays, les renseignements les meilleurs; mais on peut, en parlant de l'art contemporain, dire, comme M. Bersot, parlant un jour de l'École normale : <c I| y a du moins maintenant un coin de France qui va bien. » !

Détaillons un peu — quoique trop vivement — ce que nous venons de dire du Salon de 1873. Le mieux est encore de reproduire les notes prises sur le moment môme et, si l'on peut dire, dans la fièvre de la première visite :

« L'exposition de 1873, disions-nous dès ce premier coup d'œil,est particulièrement intéressante. Sans doute elle n'offre, pas plus que les derniers Salons, de ces œuvres supérieures qui font date dans l'histoire d'un

1. Nous donnons à V Appendice un souvenir à cette Exposition.

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