Voyez à la fin du volume, à V Appendice
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art ; mais la quantité de travaux vraiment remarquables est assez grande pour qu'on puisse s'applaudir de retrouver en un tel état la peinture et la sculpture françaises. Il est bien difficile sans doute de juger à première vue d'une telle quantité de tableaux et de statues; et cette revue sommaire, faite rapidement au sortir d'une visite préparatoire, n'a d'autre valeur qu'une impression. On sait, en effet, qu'en traversant pour la première fois les salles d'une exhibition on éprouve une sorte de migraine particulière qui pourrait s'appeler la migraine de rouverture. Les couleurs papillotent devant les yeux, les tableaux dansent avec des aspects bizarres dans leurs cadres d'or, les statues prennent des attitudes excentriques, et tout se brouille devant les pupilles du critique à son premier coup d'œil, comme dans une sorte de cauchemar, j'ajoute de cauchemar charmé.
<c Nous n'avons fait encore, ainsi que la foule, qu'un tour assez rapide dans les salles de l'Exposition et dans le jardin, peu fleuri jusqu'ici, où se dressent les statues et s'étalent les bronzes. Mais cet examen accéléré nous a suffi pour nous convaincre que, parmi les 1491 objets de peinture, dessins, aquarelles, pastels et miniatures, les 419 objets de sculpture, gravure en médailles et en pierres fines, les 43 œuvres d'architecture, et les 189 œuvres de gravure et de lithographie (qui forment en tout 2142 objets d'art exposés), beaucoup, à coup sûr, méritent l'attention la plus scrupuleuse et même les éloges les plus mérités de la critique.
<c Le Salon de 1873 est, nous disait une ligne du H-
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vret de celte année, la quatre-vingt-dixième exposition officielle depuis Tannée 1673 — et, dans l'histoire des Salons depuis deux cents am, l'Exposition de 1873 ne sera pas, je crois pouvoir l'affirmer dès aujourd'hui, des moins marquantes. L'art s'y fait toujours un peu petit; la peinture historique, la peinture religieuse, ce qu'on appelle la grande peinture^ y occupe sans doute moins de place qu'on ne souhaiterait, qu'on n'espérerait peut-être. Mais, à tout prendre, mainte page magistrale s'y rencontre, et dans la peinture de genre, l'habileté, l'invention, l'ingéniosité sont si grandes que celui-là serait bien hardi qui oserait imprimer ou prononcer le mot de décadence. Peutêtre le mot véritable, que nous expliquerons au courant de nos critiques, serait-il transformation.
« Je voudrais signaler, quitte à demeurer fort incomplet, ce qui m'a tout d'abord attiré et frappé. Dès l'entrée, et dans le grand salon carré, la Retraite, de de M. Détaille, d'une vérité saisissante ; le Coucher du soleilj sur la plage de Yillerville, de M. Daubigny; le Retour de chasse dans les Gaules^ de M. Luminais; l'admirable Épisode de la guerre de Hongrie, de M. Michel Munkaczy; fJ^té, dePuvis de Ghavannes; la Piscine de Bethsaïda^ grand tableau poussé au noir, de M. J.-P. Laurens, qui exposait, en 1872, f Exécution du duc d'Enghien; le paysage de M. Chintreuil, Pluie et Soleil^ et, si l'on veut même, les Mystères de Bacchus^ de M. Jobbé-Duval, — tous ces tableaux, fort attachants en vérité, vous sollicitent et vous retiennent. Puis, si l'on parcourt, en se guidant sur la liste alphabétique, les diverses salles de TExposition, que d'oeuvres en-
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core on rencontre tout à fait dignes d'attention!
« M. Alma-Tadéma expose deux études diverses de l'antiquité, les Vendanges à Rome^ dans le goût de son espèce de Frisey de Tan passé, et la i/omie. M. Edmond André a peint les préparatifs de l'exécution des émigrés pris à Quiberon (1795). Il est à remarquer, au surplus, que les costumes élégants et colorés du Directoire sont à la mode. Debucourt fait école. Madame Angot a gaillardement donné le ton. M. Anker est représenté par deux tableaux, tOurs de neige et le Jeu du berceau. H. Antigua expose une sorte de gageure dans le goût des tableaux de Yan Schendel, les Ombres chinoises. Je n'ai vu de M. Appian que son lugubre épisode de la guerre qu'il appelle Souvenir. Berne-Bellecour expose le Jour des fermages; Bonnat, un superbe Barbier turc et un Scherzo (une mère souriant à son enfant) qui est un chef-d'œuvre. Bonvin et Brandon, absents depuis quelque temps, reparaissent cette fois, et font plaisir. M. Emile Breton a envoyé un superbe Effet de neige^ et M. Jules Breton une Paysanne bretonne qui ne vaut point ses Bergères picardes. Deux jolis tableaux de M. John Lewis Brown (épisodes de la campagne de 1870). Cette campagne, au surplus, a porté bonheur à ses peintres beaucoup plus, hélas I qu'à ses pauvres et braves soldats.
« M. Gabanel expose deux Portraits de femmes; M. Cermak, un Épisode de la guerre du Monténégro (1862); H. F. Ghaigneau, deux bons tableaux, Paysage et animaux, et làBarbizonnière, M. Élie Delaunay a deux portraits singulièrement vivants, et qui lui font bon*-
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neur. Carolus Duran, outre son grand tableau, Au bord de la m&r (c'est le portrait de Mlle Groîzetle), et son LUtle Jacques j — un enfant vêtu de bleu se détachant sur un fond bleu, véritable symphonie en bleu majeur^ — a sculpté un buste de bronze d'une intensité de vie remarquable. Peyen-Perrin groupe une centaine de petites pêcheuses, grandes comme le doigt, sur une plage de Normandie.
« M. Eugène Giraud, H. A. Glaize, M. Gide figurent au Salon avec des œuvres de mérite; M. Hamon y reparatt avec une grande toile un peu difficile à comprendre, mais attirante et charmante, le Triste Rivage, où l'Amour console Ophélie. M. Hamon aime les rébus^ mais, cette fois, son énigme est tout à fait poétique. M. Harpignies a envoyé deux paysages, M. Hébert une Madonna adolorata et une Tricoteuse qui n'a rien des tricoteuses de l'héberlisme. Le succès du Fortran du général Chanzy, par M. J.-J. Henner, sera très-grand, et son joli Portrait de Mlle E. D. le doublera encore. H. F. Humbert a peint une Dalila sinistre et amaigrie qui n'est point sans défaut, mais qui fera tapage. M. Jalabert se noie dans le rose et l'azur. Il imite Chaplin. A chacun ses admirations.
« Mlle Jacquemart a peint ilf. Bufaure^ tableau qui ne vaut point le Portrait de M. Thiers^ et Mme A.... de C...., qui ne vaut point M. Dufawre. M. Eugène Lambert continue à jouer avec les petits chats, et ces chatteries font plaisir. On n'a pas plus d'esprit avec plus de vérité. M. Manet a deux tableaux au Salon dont l'un est une merveille de vie et de couleur, c'est le Bon Bock. Un gros homme boit de la bière et fume sa pipe. Ce
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n*est pas grand'chose, dirait-on, et c'est excellent. M. Gb. Marchai, avec ses deux paysages, le Matin et le Soir en Alsace^ est certain d'attirer les suffrages de la critique. On regarde ces tableaux rustiques et l'on rêve.
«Nous connaissions, pour les avoir vues à VExposi* tion des envois de Rome^ les toiles de MM. Luc-Olivier Merson et de M. Blanc. M. de Nitlis, l'auteur de ce petit paysage napolitain tout ensoleillé et poudreux de l'an dernier, envoie au Salon une Éruption de Vésuve, J'ai retrouvé en 1873 un des triomphateurs d'autrefois au Saion des refusés^ M« Gustave Colin, dont le ta* bleau accueilli ne vaut point l'ancien tableau refusé.
« M. Pasini conduit toujours en Orient le public, qui ne s'en plaint pas; M. Patrois, comme par le passé, fourbit consciencieusement ses armures, M. Philippoteaux expose la première esquisse de son Panorama des Champs-Elysées; M. Pille se platt un peu trop aux séductions blettes des vieilles femmes du dix-huitième siècle hollandais; M. Protais a lestement croqué une halle de chasseurs à pied dans un bois verdoyant^ M. Robinet polit ses cailloux, M. Schenck carde ses moutons, M. Toulmouche pourléche ses Parisiennes. A vrai dire, on le voit, nos peintres ne se modifient guère. M. Yibert et M. Worms ont toujours beaucoup d'esprit. M. Yvon, qui n'exposait plus, fait acte de présence, et clôt à peu près la liste des peintres.
« Quant aux sculpteurs, ils sont bien représentés par la charmante Jeune fille à la fontaine de M. Schœnewerk, et la Danseuse égyptienne^ d'une grâce exquise, de M. Falguière, qui expose, en même temps, un ta-
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bleau. VÈve naissante de M. Paul Dubois est une œuvre fort remarquable aussi. »
Au reste, contentons-nous de juger ici ceux des artistes qui ont obtenu des récompenses au Salon de 1873. Le lecteur trouvera, à l'Appendice, la liste de ces décorés et de ces médaillés.
Le jury de 1873, à vrai dire, a étrangement décerné les récompenses. Je tiens à le répéter dans ce livre.
Les artistes 9 il faut le reconnaître, sont prompts à trouver que les critiques qui s'occupent de peinture ou de sculpture ne s'entendent pas toujours à leur métier. Ils sourient volontiers, nous l'avons dit dans la Préface de notre première édition, des jugements de leurs juges et lés renvoient sans façon à l'école. Ils n'ont pas toujours tort, et j'avoue qu'on a rencontré plus d'un critique qui s'entendait aux choses de l'art comme un aveugle aux couleurs ou un sourd à la musique, Beethoven excepté. Mais, sans compter que tout homme libre a bien le droit d'exprimer sans façon l'opinion qu'il a d'une œuvre publiquement exposée, l'impression qu'elle lui cause, la sensation particulière qu'elle lui fait éprouver — toutes choses qu'un critique de bonne foi traduit selon son tempérament propre — il faut avouer que les jurys composés d'artistes commettent au moins autant d'erreurs qu'en pourraient commettre des jurys composés d'hommes de lettres.
« Eh quoi! voilà, s'est dit le public, en lisant la liste des récompenses du Salon de 1873, voilà les noms que le jury a trouvés bons à médaillerl Mais la plupart d'entre eux sont inconnus et leurs œuvres ont fort peu
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attiré notre attention ! » Qu'on n'ait point donné la médaille à Corot, comme il en était question, pour ne pas récompenser le passé, qu'on Tait refusée à M. Henri Lévy, je le regrette, mais je n'insiste point. Ce qui est plus étrange, c'est de rencontrer au premier rang des médaillés, M. Guesnet, l'auteur d'un /îo/and àRoncevaux, dont je ne nie point les qualités, mais dont je blâme l'aspect théâtral. L'œuvre de M. Luc-Olivier Merson , la Yistoriy qui obtient, comme le tableau de M. Guesnet, une première médaille, se rapproche du moins davantage de l'idée qu'on se fait d'une toile ainsi récompensée.
M. Edouard de Beaumont a obtenu une seconde médaille. En 1872, nous avions dit nettement ce que nous pensions du tableau alors exposé par M. de Beaumont ^
En 1873, le peintre s'est amendé. Il y a une jolie idée dans la petite toile qu'il appelle : Où diable l'Amour va-t'U sç nicher? C'est un couple de jeunes gens qui fredonne, au haut de la tour Saint-Jacques ou de Notre-Dame, la chanson des vingt ans. L'antithèse de ces vieilles pierres et de ces jeunes gens, des gueules hideuses des gargouilles et de la nuque de l'amoureuse est agréablement traduite. La Fin d'une chanson est une anecdote de mélodrame ou d'opéra-comique. Un donneur de sérénades vient d'être surpris et tué à la porte de sa belle. Pâle, elle accourait à ses cris; elle le trouve étendu sans vie, et se précipite sur son cadavre. M. de Beaumont a noyé la scène dans une sorte