LES DESSINS DS M. BIDA
médies altendrissfintes. lU'est imposé parla résistance, p&rla continuité de l'effort» et aussi» j'en sais enchanté» par son talent.
Talent froid, mais sincère, épris du vrai, point /actlisîêy ne livrant rien à ce maurais et rapide conseiller qui S'appelle le ehiCf étudiant tout diaprés nature : une ride du visage, un pan de drap, une poignée de cimeterre. M.Bida voit bien et rend bien. Qualités énormes et trop rares. Gar c'est une chose étrange que ces gens qui font métier de regarder et de fendre leurs visions ne voient souvent et ne traduisent que des chimères. Les peintres nous ont fait des Italie» des Orient, des Rome et des Venise de fantaisie. Est'-il donc si indifférent à l'homme d'avoir ce que possède l'objectif du photographe? Il paratt que oui.
Nous trouvions en 1867, à côté des aquarelles de M. Pils et de M. Browne, le plus parfait sans aucun doute des dessins de Bida. C'est le Massacre des Mame-^ /u/w. Quelle épouvantable tuerie et quel horrible drame! La cour est étroite, encastrée dans des maisons élevées, menaçantes» où chaque ouverture, chaque fissilre, chaque créneau est un ennemi. Point d'issue, une grille de fer borne ce cul-de-sac devenu coupe-gorge. Les mameluks sont enfermés là. lisse débattent dans le sang, ils se traînent sur le pavé rougi. Du haut des terrasses, des embrasures de fenêtres, pleuvent les balles. Les fusils allongent leurs grêles canons, les lourds pistolets se dégorgent sur ces hommes entassés et sans défense. Des assassins visent de partout. La cour est une boucherie; à droite, comme devant un étal, des corps sanglants ; les râles protestent, les mains se crispent. Un vieux mameluk, dont on tue le fils, vomit aux meurtriers une menace désarmée et montre le poing aux assaillants. Pas de poudre pour se venger. Effrayés, fous de terreur, sans cavaliers, blessés eux-mêmes, les chevaux bondissent vers le fond de la ruelle » se dressent
contre la grille, hennissent en la frappant de leur poitrail et s'écrasent dans une poussée féroce. Mer* veilleux morceau, chef-d'œuvre de Tartiste, animé de je ne sais quelle furie sauvage qui n*est pas la /tiria francese, mais bien plutôt une sombre colère, un courroux fataliste^ où semble passer l'air chaud du simoun.
Bida, au surplus, est un orientaliste achevé. Il y a rOrient de Bida, dans le monde des arts, comme il y a celui de Marilhat et celui de Decamps. Tous aussi exacts^ dans le sens photographique dont je parlais tout à rheure, et de plus chacun d'eux imprégné de la personnalité de l'artiste qui choisit, celui-ci les grands horizons, celui-là les pans de murs criblés de lumière, cet autre les attitudes de l'hemme et les curiosités des mœurs.
Le Mur de Salomonie Bida est célèbre. Tout le monde a vu ce dessin ou, sur le boulevard, sa lithographie. Les juifs de Jérusalem prient et pleurent au pied du grand mur qui supportait jadis le temple de Salomon le Hadji. La composition est sévère et originale à la fois. Les longues robes de pèlerins, les profils osseux et les barbes pointues se détachent vivement sur la grande muraille. C'est une œuvre d'art et un tableau de voyageur qui sait observer.
Mais j'attends la Bible qu'onnouspromet pour juger ce talent honnête, élevé, consciencieux et sérieux. M. Bida, sans aucun doute, nous donnera des Juifs de Judée et des Arabes du désert, non des figurants de féeries ou des échappés de contes orientaux. J'ai vu d'ailleurs, au Salon des Champs-Elysées, dans les salles delà gravure, des eaux-fortes de Bracquemond, de Géleslin Nanteuil et de Hcdouin d'après les dessins bibli* qucs de Bida. Evangélistes en turban, Pharisiens en longues robes, saint Jean marchant vers le désert, avec rinspiration de Tapôtre de Donatello du palais Pitti, tout