LES DESSINS DE M. BIDA
cela vit, parle.et s'agite dans le milieu historique: c'est du Renan mâle.
En revanche, il faut bien le dire, M. Bida n'a pas compris Alfred de Musset, ou du moins les dessins qu'il a exécutés, pour Tédition superbe de Charpentier, ne traduisent pas l'impression que l'on ressent à la lecture du poëte. Je ne les condamne pas, ces dessins, elles admirerais volontiers s'ils illustraient, par exemple, les œuvres de Casimir Delavigne. Mais Lormzacdo (et c'est un des bons dessins de la collection), n'estpas ks Enfants d^ Edouard et U Fils du Titien a plus de passion au cœur que Don Juan d! Autriche. M. Bida l'a oublié. Notre Musset est, comment dirais-je ? moins boutonné et plus emporté que cela. Il se meurtrit le front et se laboure la poitrine de ses ongles. Il souffre ou croit souffrir, ce qui revient au même. Il s'exalte, il se lamente, il pleure. Il eût demandé un souffrant et un malade pour traduire ses cris et ses visions de poëte. ^^grisomnia:
Celui qui ne sait pas, durant les nuit brûlantes Qui font pâlir d'amour Tétoile de Vénus, Se lever en sursaut, sans raison , les pieds nus. Marcher, prier, pleurer des larmes ruisselantes
Celui-là, Musiset ne lui eût certes pas donné le nom que Victor Hu?:o jelait à Louis Boulanger: « Mon peintre; » à celui-là, Musset eût dit, avec sa nerveuse et hautaine franchise:
Grand homme, si Ton veut, mais poëte, non pas.
Les dessins de M. Bida, — c'est un reproche, — sont trop corrects. Il y manque un peu de celte fougue romanesque, de ce détaillé coloré que M. Eugène Lami avait beaucoup trop exagéré dans ses aquarelles. Ces personnages ont trop de style et pas assez de fantaisie. L'étroite réalité est leur domaine. Us n'ont pas cette
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tîe affinée, ce tempérament tfélus, et par conséquent, de damnés, que leur a donné le poêle. Hassan, par exemple, pour M. Bida, est un Turc comme un autre, Hassan, cette personnification du caprice et du doute; Mimi Pinson, une grisette en col plat, mais trop jolie et pas assez piquante. Celle-là (la Mimi du dessinateur) ne mettra jamais en gage son bonnet sans cocarde qu'elle ne porte pas sur Toreille. Elle se mariera, prendra quelque petite boutique à son nom, travaillera (je ne l'en blâme point) et n'aura pas beaucoup d'enfants, mais simplement parce qu'on n'en fait pas beaucoup à Paris, La Mouche^ pour être juste envers M. Bida, a pourtant bien du charme, et dans le desisin. destiné à accompagner le récit d'uti souper chez Mlle Bachel, l'artiste a vraiment égalé récri?ain, C'est bien cela, voilà bien cette maigre jeune fille, séduisante dans son négligé, charmante, irrésistible dans son intelligente laideur, « en robe de chambre, un foulard sur l'oreille, jolie comme un ange, » — il y a jolie. — « Rachel et moi nous commençons à lire P/ié^rô... D'abord elle récite d*iin ton monotone, comme une litanie. Peu à peu, elle s'anime. Nous échangeons nos remarques , nos idées sur chaque passage. Elle arrive enfin à la déclamation. Elle étend alors son bras droit sur la table ; le front posé sur la main gauche, appuyée sur son coude, elle s'abandonne entièrement... elle pâlit, elle rougit. Jamais je ne vis rien de si beau.» Et de. fait, il n'y a pas non plus de dessins qui vaillent celui qu'a inspiré à Bida cette page de Musset.
Bida, pour me résumer, manie le crayon en maître, et C'est une des rares personnalités de l'art français qui ait conservé, dans cette cohue mercaiitile, sa dignité, dûtelle paraître sécheresse, le goût du travail, dût-il sembler difficulté de créer, et encore une fois, par-dessus tout, cette qualité qui fit les grands maîtres italiens, les Qhirtâttdajo et lefe Lippl : — la religion du vrai.
LA FQNTAINq ^T GU^TAVC; DOiUS» 131