Élève de M. CabaneL
mais c'est là un effort évident vers un sentiment moderne, saisissant, et nous ne saurions le trop louer.
J'aime beaucoup encore, et pour la même raison, malgré sa couleur cércuse et savonnée, le Mobilisé^ de M. Léon Perrault *. Une jeune femme, éperdue, retrouve sur le champ de bataille — dans cette étemelle neige des champs de carnage de 1870-71 — son mari frappé à mort, et tenant encore un revolver à la main. Au loin brûle une ville pillée. La veuve serre dans ses bras un petit enfant adorable et inconscient, qui suce son doigt avec un geste charmant, renouvelé du tableau des SabineSf de David. Le sujet, un peu mélodramatique, est traité avec soin, dans la gamme aimable de M. Bouguereau. Mais ce n'en est pas moins une bonne toile, digne tout à fait d'attirer et l'attention et le suffrage du public.
M. Armand Dumaresq' expose la Défense de Saint" Quentin au 8 octobre 1870, lorsque M. Anatole de la Forge, à la tète d'une poignée de gardes nationaux, pompiers, ouvriers et paysans, repoussa une assez forte colonne de soldats allemands. Cette noble page méritait certes d'être représentée et rendue populaire. Elle est une de celles qui nous lavent de tant d'au-
1. Perrault (Léon); né à Poitiers, élève de Picot. Médaillé en 1864.
% ÂRMAND-DuMAitESQ (GhaHes-Ëdouard) , né à Paris, le 1*' janvier 1826> élève de M. Couture.
On lui doit : Christ des naufragés (1850) ; Saint Bernard prêchant la Croisade OSbH) 'y le Martyre de saint Pierre (1853); Portrait du comédien Prévost; Christ; Départ pour les Croisades; une Mort glorieuse (1855, £x. un.) ; Prise de la grande redoute à la heUaiUe de la Moskotoa (1857) ; la Mort du général Bixot (1859) ; Épisode de la hataiUe de Solferino {i%^\)\ Charge de la division Desvaux à Soî/'mno (1863); la Garde du drapeau (1865); Charge de cuirassiers d£|/tou()866); Cambronne à Waterloo (1867); Retour de Vtle d'Elbe (1868) ; Défense de Saira-Quentin, le 8 octobre 1870 (1873); etc.
M. Ârmand-Dumaresq a obtenu une médaille de 3* clai^So en 1861, un rappel en 1863 et la croix en 1867.
très hontes. Mais pourquoi M. Dumaresq l'a-t-il peinte d'une manière si mélodramatique? Le tableau tout entier, avec son groupe au premier plan, ce drapeau tricolore qui flotte au fond de la rue, sur la barricade, près du canal, cette scène théâtrale ressemble au baisser de rideau d'un cinquième acte. Les physionomies des patriotes résolus à leur œuvre, celle du préfet, des gardes nationaux, sont en revanche bien saisies, bien rendues. Je reproche un peu trop de tons criards à ce noble épisode, qui eût gagné à être rendu plus simplement.
C'est le reproche que j'adresserai, avec plus de raison, à M. J.-A. Beaucé ^ qui peint le général Martimprey à Magenta. Mais, cette fois, la couleur est criarde sans être, comme chez M. Dumaresq, de la couleur. Des arbres en bois se détachent sur un ciel pâle;, un cadavre d'Autrichien est couché à terre, comme un soldat de plomb. Aucun élan, aucune furia francese. Cette furie, je la retrouve, du moins, dans le grand . tableau, beaucoup trop gris, et comme enveloppé de brouillard, la Bataille de Traktirde feu J.-L. Sorieul *. Il y a là, du moins, en ce vaste cadre, des qualités de vie. Les types russes et français sont biep étudiés ; la composition générale, qui manque d'unité, atteint en revanche au mouvement et à l'élan. Mais tout cela est terne, fondu, et: le sang même qui coule est sans couleur. Peut-être Tarliste eût-il avivé toute la toile si la mort ne l'eût arrêté au milieu de son œuvre.
M. Eugène Ginain ' remonte plus loin que M. Sorieul
1. Beaucé (Jean- Adolphe], né à Paris, élève de G. Bazin. Il a obtenu une médaille de 3* classe et la croix en 1864.