Élève de Toussaint. Médaille de deuxième classe en
main gauche tient appuyé contre sa hanche le masque bizarre qu'il appliquait tout à Theure sur son visage. Hélingue avait jadis représenté l'histrion assis et élu* diaut son rôle. M. Ludovic Durand nous le montre sortant du thé&tre, tout heureux encore de son succès : c'est une œuvre achevée que ce marbre d'une pureté superbe. Nul défaut; ces jambes ont la grâce et la solidité du corps humain jeune et beau; le dos de l'histrion est une merveille de modelé, et le personnage tout entier est admirablement proportionné. C'est jusqu'ici l'œuvre de M. Durand la plus remarquable qu'il m'ait été donné de regarder et, je n'hésite pas à l'écrire, d'admirer.
M. Antonin MerciéS élève de Falguière et. prix de Rome, nous envoie de l'Académie de France un buste de bronze, DalUay une télé étrange, la lèvre et les narines relevées, la coiffure michelangesque, et un David dont les traits offrent^ avec la Dalila, une ressemblance telle qu'on croirait que l'artiste a choisi le même modèle pour la tète de la femme et celle de l'enfant. David est représenté debout, le talon sur la tête de Goliath, remettant au fourreau le glaive qui a décollé le géant. Le visage a l'expression étrangement terrible et placide de l'exécuteur. Je ne sais pourquoi ce David m'a fait songer au Persée de Benvenuto Cellini qu'on voit à Florence. Ce corps élégant et hardi est exécuté d'une façon telle qu'on a pu murmurer tout bas que M. Mercié en avait moulé certaines parties comme ce sculpteur Mignot dont parle Diderot, et qui exposait en 1763 un Samson moulé sur le modèle vivant. Il n'en est rien pour M. Mercié, dont le succès est très-vif, et qui, jeune comme il l'est, nous promet un sculpteur de race.
1. Élève de MM. Jouffroy el Falguicre. Prix de Rome en 1868. 1'* médaille en 1872. Décoré la même année.
JTai eu, pour la YelUda de MaUidronS alors qu'elle se détachait, dans sa blancheur de marbre, sur le fond des lilas de la Pépinière, au Luxembourg, une sorte de passion. Je l'ai revue depuis, dans la pénombre du Musée. Elle est toujours charmante ; c'est une des bonnes productions de la sculpture romantique. Son seul défaut est de sembler avoir, non pas un visage, mais un masque. Maindron, âgé aujourd'hui de soixante et onze ans passés, expose une statue encore, un pl&tre, VInspiration mvsieale. Nous serons fidèle à nos vieux souvenirs, et nous n'évoquerons que la Vellèda inspirée devant cette inspiration en pifttre.
L'auteur d'un buste de la République qui fut adopté par l'HAtelde Ville, au lendemain du 4 septembre, M. Bippolyte Moulin % expose une statue énigmati-quement appelée Victorior-Mors. C'est une Victoire enveloppée d'un suaire, tenant une tête de mort d'une main, une faulx de l'autre. Le sculpteur a donné à cette mort les traits réguliers de Napoléon I*^, le grand tueur d'hommes. Cette apparition est saisissante et inspirée.
C'est ensuite un essai nouveau. La sculpture a pour défaut de se traîner toujours dans les mêmes sujets : les Phryné, les Mucius Scœvola, les Vierges et les Nymphes lui suffisent. Il faut dire que, lorsque la sculpture entend se moderniser, elle risque de devenir vulgaire, comme cette figure de Moissonneuse^ que M. Desouehes' montre vêtue d'un jupon de tricot, et qui, malgré certaines qualités robustes, ressemble un peu trop à ces personnages que les Hollandais placent dans leurs jardins.
1. Élève de David (d* Angers}, médailles de 3* classe en 1838, de 2* classe en 1843 et 1848, rappel en 1859.
3. Élève de M. Barye. Médailles en 1864, 1867 et 1869. 3. Élève de M. Geoffroy-Dechaume.
M. Canier-Belleuse* n'a point cherché à renouveler son art, mais il a sculpté un marbre ravissant, chaste* vraiment séduisant et jeune, Psyché abandonnée. Elle est assise, demi-nue, tenant d'une main un poignard, de l'autre la lampe qui lui a montré son amant endormi. Les genoux, d'una pureté, d'une jeunesse admirables, sont pressés l'un contre l'autre ; ses cheveux sont coiffés à la manière des femmes de la Renaissance : elle est coquette et charmante cette figure, un peu mondaine peut-être, mais qui fait le plus grand honneur à l'homme de goût qui l'a composée.
Les bustes attirent d'ordinaire les yeux du public lorsqu'ils représentent un personnage connu. Les passants ne jugent pas abrs l'œuvre d'art, ils discutent la ressemblance. A ce compte, le buste de M. Gérome, par Carpeaux, leur paraît exagéré. En revanche, le buste de Victor Cousin, par M. Becquet^, et celui de M. Thiers, par Carrier- fielleuse, ont frappé la foule par leur vérité. Le buste sculpté par Carrier-Belleuse est celui dont M. Thiers disait en riant : « Mais je ne me reconnais pas dans ce marbre I Mais ce buste n'est pas le mien : c'est celui de Rivet. » 11 est pourtant fort ressemblant, ridé, malin, l'œil pénétrant, la bouche fine, avec la houppe désormais historique. Je le préfère à beaucoup d'autres.
M. Barlholdi*, l'auteur d'un groupe exécuté avec le produit d'une souscription alsacienne, la Malédiction de rAlsacôy a exposé les portraits de MM. Erckmann et Ghatrian, en plâtre, réunis côte à côte, fraternellement et sous le même manteau. L'œuvre est remarquable, et la physionomie pleine d'une bonhomie souriante
1. Ëlève de David (d'Angers). Médailles de 3* classe en 1866, rappel en 1863, médaille en 1866, médaille d'honneur en 1867. Décoré en 1867.
.2. £lève de Rude. Médailles en 1869 et 1870.
' 3. Blève dX Schelfer. Décoré en 1865.
d'Erckmanii et le visage m&le et franc de Gbatrian sont rendus avec bonheur, pourtant je n'aîme pas ce groupe qui place ainsi les deux écrivains sur un même socle. Passe pour le buste des Gracques ; mais ce genre de sculpture donne aux deux écrivains alsaciens une solennité qu'ils n'ont point et ne veulent pas avoir.
Le buste du général baron Renault, par M. Gustave Grauk S est tout à fait vivant et énergique. Ce sont' bien là les traits maigres, énergiques et creusés du vieux général, Renault rarrière-gardey comme on l'appelait en Afrique. Tué à Ghampigny, le général Renault laissera un nom glorieux, et on aime à retrouver ses traits si militaires et si sympathiques.
M. A. Davaux' nous montre un Louis Rouilhet presque insolent, qui ne ressemble guère au po6te aimable et bon que nous avons vu passer. Deux bustes mieui réussis, ce sont ceux des docteurs Ricord et Demarquay, par M. Doubleraard*. Il y a là, d'ailleurs, dans ce Salon, tout un Panthéon de grands hommes plus ou moins petits. Étex * enfonce dans un collet d'habit le
1. Grauk (Gustave), né à Valenciennes, vers 1825, élève de Pradier. Il a exposé : Bacchante et Satyre (1857); Omphale (1859) ; Faune (1861); Saint-Jean-Baptista (1863) ; la Victoire couronnant le drapeau français (1864); Dupuytren (1869). On lui doit les bustes ou les médaillons des maréchaux PélissieTf Mac-Mahon^ Niel et
^araguey-d'Hilliers, du duc de Coigny, de VImpérairice Eugénie, de Mlle Favartj de Samson, du comte de Montalivet) etc.
M. Grauk a obtenu le prix de Rome en 1851, une médaille de 3' classe en 1857, une de 2* classe en 1859, une de 1'* classe en 1861, un rappel en 1863, une V médaille à l'Exposition universelle de 1867 et la croix en 1864.