PRÉFACE. XIII
dont il faut conserver la date et fixer le souvenir. Ils réparent bien vite les épouvantables maux de l'invasi n et de ce que Paul-Louis Courier appelait si bien les Ulustres pillages.
Au moment d'entreprendre la publication de ce livre de jugements, de Médaillons et de Portraits, je me rappelle justement un mot de Louis XY, qui me sembla fort impertinent, au temps jadis, et qui me parait aujourd'hui contenir une bonne part de vérité. <c Ahl sire, lui disait quelqu'un avec une nuance de reproche; sire, nous n'avons point de marine I — Vraiment? fît le roi avec un sourire; eh bieni et celles de YernetI » Le souverain, évitant les propos sérieux, ramenait toute grave question sur le terrain de la plaisanterie et supprimait une discussion par un trait d'ironie. Certes, il avait franchement tort, et il jouait ainsi avec les premières gouttes de pluie de ce déltige qui, disait-il, viendrait après lui, et devait submerger ses héritiers. Mais, à tout prendre, les marines de Vernet pouvaient certes bien figurer à l'avoir de son règne, et les artistes de son temps qui tenaient le pinceau ou le ciseau consolaient à bon droit la France de ses généraux de boudoir et de ses guerriers à la Soubise.
C'est quelque chose, en effet, et, mieux que cela, c'est beaucoup que la supériorité d'une nation dans les travaux d'art et les questions de goût. Ce relief, cette sorte d'artistique auréole que garde encore la France la console déjà d'une partie de ses effroyables malheurs. On a vu que notre ennemi, toujours si prompt à s'inquiéter de ce qui peut se produire